Une journée historique pour les droits sociaux : la CGT appelle à une grève sans précédent
Alors que le gouvernement Lecornu II reste sourd aux revendications des travailleurs, la France s’apprête à vivre une mobilisation d’ampleur inédite depuis des décennies. Pour la première fois depuis 1968, une grève générale pourrait contraindre l’exécutif à céder sur les salaires, notamment le SMIC et le point d’indice de la fonction publique. Les syndicats, portés par une jeunesse en colère et des retraités écrasés par l’inflation, tablent sur un mouvement massif, tant dans la rue que dans les entreprises.
Un mouvement intergénérationnel et interprofessionnel
C’est une première depuis plus de vingt ans : les jeunes, les salariés du privé et du public, ainsi que les retraités, unis sous la même bannière. Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT, n’a pas caché son optimisme lors de l’émission « Avant le 20h » : « Ça fait plus d’un an qu’il n’y a pas eu une grève interprofessionnelle du public et du privé. Et surtout, ça fait plus de vingt ans qu’une mobilisation de la jeunesse n’a pas été aussi importante. »
Les raisons de cette colère sont multiples : l’inflation qui grignote le pouvoir d’achat, les salaires bloqués depuis des années, et un gouvernement qui refuse toute revalorisation significative. « Il n’y a pas eu de coup de pouce du SMIC depuis 2012, soit quatorze ans sans augmentation réelle. Pourtant, le gouvernement continue de jouer la montre, comme s’il pouvait ignorer la souffrance des travailleurs », dénonce le responsable syndical.
Les revendications sont claires : une hausse immédiate du SMIC de 150 euros net par mois, une revalorisation du point d’indice dans la fonction publique, et un gel des prix pour éviter que l’inflation ne dévore les salaires. Des exigences qui, si elles étaient satisfaites, pourraient faire tache d’huile en Europe, où les syndicats belges et allemands observent avec attention la mobilisation française. « Nos collègues européens nous soutiennent, car ils savent que ce qui se joue ici aura des répercussions chez eux. En Belgique, par exemple, les salaires sont indexés sur les prix : quand l’inflation monte, les revenus suivent. Nous voulons obtenir la même chose en France », explique Vacheron.
Des actions variées : de la rue aux ateliers
Contrairement aux précédentes mobilisations, la CGT mise sur une diversité d’actions pour maximiser l’impact. Si les cortèges dans les grandes villes seront scrutés par les médias, ce sont les grèves dans les entreprises qui pourraient faire basculer la situation. « Demain, il y aura plus de grévistes que de manifestants. Dans certaines usines, des salariés organiseront des débrayages d’une heure, voire moins, pour perturber la production sans se ruiner », détaille Vacheron.
Les secteurs les plus touchés par la précarité, comme la sous-traitance ou le textile, devraient être particulièrement actifs. « Ces travailleurs, souvent des femmes, n’ont plus les moyens de vivre. Elles sacrifient une heure de salaire pour faire entendre leur voix, parce que le système les ignore », souligne le syndicaliste. L’enjeu n’est pas seulement symbolique : il s’agit de prouver que le droit de grève, constitutionnel, peut encore faire plier un gouvernement arrogant.
Les prévisions sont optimistes : l’État s’attend à entre 500 000 et 700 000 manifestants hors Île-de-France, mais les syndicats tablent sur bien plus. « Si trois millions de personnes ont défilé contre la réforme des retraites en 2023, demain, nous pourrions dépasser ce chiffre. La colère est immense, et les gens ne veulent plus se contenter de « clopinettes » », martèle Vacheron.
Le gouvernement face à son impuissance
Face à cette pression, l’exécutif semble désemparé. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a évoqué une « revalorisation du SMIC sur la table », sans préciser de montant. Une réponse bien timide face à l’urgence sociale. « Accepterait-on de travailler pour 1 500 euros par mois, quand les prix flambent ? », interroge Vacheron.
Du côté des rangs parlementaires, les réactions divergent. Richard Ramos, député MoDem du Loiret, a reconnu la réalité de la colère, mais reste évasif sur les solutions. « Il faut faire un effort envers les travailleurs, mais sans mettre en péril la compétitivité des entreprises », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « La priorité doit être donnée à la négociation, pas à l’affrontement. »
Pourtant, les observateurs s’accordent sur un point : le gouvernement n’a plus les moyens de tergiverser. Les précédents mouvements sociaux, comme ceux contre la réforme des retraites, ont montré que la rue peut faire reculer un exécutif. « Macron a cru pouvoir ignorer la colère populaire. Mais aujourd’hui, même ses alliés reconnaissent que le pays est au bord de l’explosion », analyse un politologue proche de la gauche.
L’Europe regarde, et les travailleurs aussi
Cette grève intervient dans un contexte européen tendu. Alors que certains pays, comme la Belgique, protègent les salaires de l’inflation, d’autres, comme la Hongrie ou la Turquie, instrumentalisent la crise pour affaiblir les syndicats. « La France pourrait devenir le fer de lance d’une nouvelle dynamique sociale en Europe. Si nous obtenons gain de cause, cela inspirera les travailleurs allemands, espagnols, voire italiens », espère Vacheron.
À l’inverse, une victoire du gouvernement français sur les travailleurs serait un signal dangereux pour toute l’UE. Une Europe sociale en péril, où le capitalisme sauvage triomphe au détriment des droits fondamentaux. « C’est pour cela que nos collègues européens nous soutiennent. Ils savent que notre combat est le leur », insiste le syndicaliste.
Les prochaines heures seront décisives. Si la mobilisation dépasse les attentes, elle pourrait marquer un tournant dans l’histoire sociale française. « Nous ne demandons pas l’aumône. Nous exigeons ce qui nous revient : un salaire décent, des retraites dignes, et une dignité retrouvée », conclut Vacheron. Le gouvernement Lecornu II aura-t-il le courage d’éviter le pire, ou faudra-t-il que la rue parle plus fort ?
La France à l’heure du choix : entre justice sociale et soumission au libéralisme
Cette journée du 5 novembre 2026 s’inscrit dans une séquence plus large, où les enjeux démocratiques et sociaux se mêlent dangereusement. Depuis des mois, les signaux d’alerte se multiplient : grèves locales, manifestations spontanées, ras-le-bol généralisé. Pourtant, l’exécutif persiste dans sa logique d’austérité, comme si les travailleurs devaient se contenter de miettes.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’inflation a atteint 8,5 % en 2025, et les salaires n’ont pas suivi. Résultat : le pouvoir d’achat a reculé de 12 % en cinq ans. Les retraités, dont la pension minimale est de 1 260 euros, sont particulièrement touchés. « À cet âge, on n’a plus les moyens de se soigner, de se chauffer, ou simplement de manger correctement. Pourtant, le gouvernement prépare un nouveau budget qui va aggraver la situation », s’indigne une militante associative.
Face à cette réalité, les alternatives politiques semblent s’éloigner. À gauche, les divisions persistent entre réformistes et révolutionnaires. À l’extrême droite, Marine Le Pen instrumentalise la colère sociale pour promouvoir son projet xénophobe et autoritaire. « La vraie question n’est pas de savoir qui va gouverner demain, mais comment éviter que le pays ne sombre dans le chaos », estime un économiste proche de la CGT.
Dans ce contexte, la grève du 5 novembre représente bien plus qu’un mouvement social : c’est un test pour la démocratie française. « Si le gouvernement refuse d’écouter, il devra assumer les conséquences. Une société qui étouffe finit par exploser », avertit Vacheron. Demain, la France sera-t-elle encore un pays où l’on peut vivre dignement de son travail ?
Le rôle des médias : entre couverture et récupération
Comme lors des précédentes mobilisations, les médias joueront un rôle clé dans la perception du mouvement. Certains titres, proches du pouvoir, minimiseront les chiffres, tandis que d’autres mettront en avant les violences isolées pour discréditer l’ensemble de la manifestation. « On sait déjà comment cela va se passer : les casseurs seront filmés en boucle, et les revendications des travailleurs seront reléguées au second plan », s’inquiète un journaliste indépendant.
Pourtant, les réseaux sociaux pourraient changer la donne. Grâce à des comptes militants et des lives citoyens, les images des grèves dans les entreprises et des rassemblements locaux pourraient contourner le traitement médiatique traditionnel. « Les gens veulent voir la réalité, pas la version édulcorée des chaînes d’info », souligne un militant.
Une chose est sûre : le 5 novembre ne sera pas une journée comme les autres. Que la mobilisation soit massive ou non, elle marquera un tournant. « Soit le gouvernement cède, soit il devra faire face à une colère encore plus grande. Mais attention : quand un peuple a faim, il n’a plus rien à perdre », conclut Vacheron.