Guyane face au chikungunya : l'inaction sanitaire alerte les experts

Par Anadiplose 05/06/2026 à 20:05
Guyane face au chikungunya : l'inaction sanitaire alerte les experts

Avec plus de 600 cas confirmés depuis janvier, la Guyane craint une épidémie massive de chikungunya, comme à La Réunion. Les autorités locales pointent du doigt un manque de moyens, tandis que les scientifiques alertent sur un risque de propagation incontrôlable.

Une épidémie silencieuse qui menace de devenir explosive

Depuis le début de l’année, la Guyane française est sous la menace grandissante d’une épidémie de chikungunya, un virus transmis par les moustiques Aedes aegypti et déjà responsable de près de 600 cas confirmés en laboratoire. Mais selon les experts, ces chiffres ne reflètent qu’une infime partie de la réalité : le nombre réel de contaminations pourrait être multiplié par dix, voire davantage. « Les Guyanais, habitués aux fièvres récurrentes comme la dengue, consultent rarement, ce qui fausse les statistiques », explique Loïc Epelboin, infectiologue au CHU de Cayenne. « Nous ne sommes pas à l’abri d’une explosion incontrôlable ».

Un scénario déjà vu, mais dont les leçons n’ont pas été tirées

L’histoire se répète. En 2014-2015, une épidémie massive avait frappé La Réunion, infectant près de 20 % de la population. Aujourd’hui, la Guyane, territoire ultramarin d’Amérique du Sud, se retrouve dans une situation similaire, avec un niveau de séroprévalence de 16 % – un seuil bien trop bas pour éviter une propagation généralisée. « Ce virus circule en silence depuis des années », souligne un épidémiologiste de Santé publique France. Les autorités sanitaires locales reconnaissent l’urgence, mais pointent du doigt un manque criant de moyens.

Le virus actuel est le même que celui qui a frappé Cuba et le Suriname voisin, deux pays où la gestion de la crise a été saluée par les organisations internationales. Une comparaison qui met en lumière les déficiences de la réponse française dans ses territoires d’outre-mer. « Pendant que l’UE finance des programmes de prévention au Brésil ou en Colombie, la Guyane se retrouve livrée à elle-même », déplore un membre du conseil régional sous couvert d’anonymat.

Des autorités en retard, une population en danger

Selon Bertrand Parent, directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) de Guyane, l’épidémie est déjà entrée dans une phase ascendante, avec une concentration alarmante des cas autour de Saint-Laurent-du-Maroni, à l’ouest du territoire. Pourtant, les mesures prises restent insuffisantes : distributions de moustiquaires, campagnes de sensibilisation… « C’est comme verser une goutte d’eau sur une montagne de braises », ironise un médecin de terrain. Les habitants, eux, s’inquiètent. « On nous dit de faire attention, mais avec les moustiques partout et les canaux d’évacuation bouchés, comment faire ? », s’interroge une habitante de Cayenne.

Les spécialistes rappellent que le chikungunya n’est pas une maladie anodine : ses douleurs articulaires persistantes peuvent handicaper les patients pendant des mois, voire des années. « Contrairement à la dengue, qui tue rapidement, le chikungunya ronge les corps et les économies », explique un économiste de l’Université de Guyane. Les pertes de productivité pourraient coûter des millions à ce territoire déjà fragilisé.

La France, l’UE et le Brésil : un trio en échec ?

Alors que la Commission européenne a récemment débloqué des fonds pour renforcer la lutte contre les arboviroses dans les DOM-TOM, les retards dans leur mise en œuvre sont patents. La Guyane, en première ligne, fait figure de parent pauvre. « L’UE a les moyens d’agir, mais la lenteur administrative française est un frein majeur », estime un haut fonctionnaire bruxellois. Le Brésil voisin, lui, a su mobiliser des ressources humaines et financières bien supérieures, avec des résultats tangibles.

Pourtant, les solutions existent. Des pays comme le Japon ou le Canada ont mis en place des systèmes de surveillance et de prévention parmi les plus avancés au monde. « Pourquoi la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, ne parvient-elle pas à protéger ses citoyens ? », s’interroge un éditorialiste de Mediapart. La réponse pourrait se trouver dans les choix budgétaires nationaux : depuis 2022, les crédits alloués à la santé en outre-mer n’ont cessé de diminuer.

Vers une crise humanitaire évitable ?

Face à l’inaction des autorités, une partie de la société civile guyanaise se mobilise. Des associations locales, soutenues par des scientifiques, réclament un plan d’urgence européen, avec des moyens matériels et humains renforcés. « Sans une intervention rapide, nous risquons de revivre le scénario réunionnais, mais en pire », alerte un membre de l’ONG Santé Guyane.

Dans les couloirs du ministère des Outre-mer, on minimise pourtant la crise. « La situation est sous contrôle », assure un conseiller ministériel. Une déclaration qui contraste avec les alertes des experts et l’urgence sanitaire qui s’installe. Entre négligence politique et manque de solidarité européenne, la Guyane paie le prix de l’impréparation. Et le virus, lui, continue de progresser.

À propos de l'auteur

Anadiplose

J'en ai assez du journalisme tiède qui ménage la chèvre et le chou. Pendant des années, j'ai regardé mes confrères s'autocensurer par peur de déplaire aux annonceurs ou aux politiques. J'ai décidé d'écrire ce que je pense vraiment, sans filtre. La concentration des médias aux mains de quelques milliardaires me révolte. La précarisation de ma profession me met en colère. Mais c'est précisément cette colère qui me pousse à continuer. Chaque article est un acte de résistance contre la pensée unique

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Commentaires (3)

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Izarra

il y a 29 minutes

Moi je veux bien qu'on nous explique pourquoi on a plus de moyens pour les JO que pour éviter une epidemie en outremer? #priorités

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Enora du 69

il y a 51 minutes

Les chiffres de 600 cas depuis janvier sont effectivement alarmants, surtout quand on les compare à La Réunion en 2005 où l'épidémie avait été contenue après des mesures drastiques. Ici, on a l'impression que tout le monde attend que ça parte tout seul... Pourtant, les rapports de l'ANSES datent de 2022, ils avaient pointé des lacunes dans la lutte anti-vectorielle.

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Alain27

il y a 1 heure

Enfin une réaction ? Ils auraient pu nous prévenir avant que les moustiques fassent la loi... Moi qui suis parti en Guyane l'été dernier, j'ai chopé des boutons pour 3 semaines, la préfecture m'avait juste dit 'évitez les zones humides'. Sympa l'accueil.

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