Un retour inattendu dans l'arène politique
Sur les rives du fleuve Maroni, l'annonce de la candidature de Léon Bertrand, 74 ans, a suscité des réactions mitigées. L'ancien ministre chiraquien, contraint de quitter ses fonctions en 2018 après des démêlés judiciaires, avait juré mettre un terme à sa carrière politique. « Je ne vais pas faire des campagnes à 70 ans », avait-il déclaré à l'époque. Pourtant, huit ans plus tard, le voilà de retour, déterminé à conquérir à nouveau la mairie de Saint-Laurent-du-Maroni.
Un programme en décalage avec les réalités locales
Bertrand se présente avec une « liste d'ouverture », un slogan qui sonne creux dans une ville où la moitié de la population est au chômage et où 60 % des logements sont illégaux. Sa campagne met en avant la sécurité, la jeunesse (l'âge médian est de 17 ans) et la cohésion sociale, des thèmes qui masquent mal les échecs passés de sa gestion. Saint-Laurent-du-Maroni, en plein essor démographique, reste une ville en crise, gangrenée par les trafics en raison de sa proximité avec le Suriname, un narco-État.
Un héritage politique contesté
Ancien maire RPR puis UMP, Bertrand incarne une droite traditionaliste en perte de vitesse. Son retour s'inscrit dans un contexte de crise de la démocratie locale, où les élus locaux peinent à répondre aux attentes des citoyens. Alors que le gouvernement Lecornu II tente de relancer les territoires ultramarins, des voix s'élèvent pour dénoncer le manque de moyens alloués à la Guyane.
Un symbole des dérives du système politique
Bertrand représente une génération d'hommes politiques accusés d'avoir profité du système. Son retour interroge sur la crise des vocations politiques et la persistance d'un clientélisme qui mine la confiance des électeurs. Dans un contexte où la gauche plaide pour un renouvellement des élites, sa candidature apparaît comme un anachronisme.
La Guyane, laboratoire des fractures françaises
La Guyane, souvent oubliée des débats nationaux, illustre les défis du pays : sécurité, développement économique et intégration sociale. Alors que le président Macron vante les mérites de la décentralisation, les territoires ultramarins restent en retrait, victimes d'un centralisme qui étouffe leurs potentiels.
Un scrutin sous haute tension
Les municipales de 2026 s'annoncent comme un test pour la droite, affaiblie par les divisions et les scandales. Bertrand, figure d'un passé controversé, pourrait bien incarner les limites d'un système politique en quête de légitimité.