Ingérences russes : Glucksmann et Tondelier veulent muscler la riposte contre X et TikTok

Par Éclipse 06/08/2026 à 12:09
Ingérences russes : Glucksmann et Tondelier veulent muscler la riposte contre X et TikTok

Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier réclament des sanctions radicales contre X et TikTok, accusés de faciliter les ingérences russes. Leurs propositions, allant jusqu’à l’interdiction temporaire des plateformes, relancent le débat sur la régulation des réseaux sociaux en France et en Europe.

Des responsables politiques français exigent une action ferme contre les plateformes numériques complices des tentatives de déstabilisation

Alors que les services de renseignement français et européens confirment une campagne systématique de désinformation russe visant des figures politiques nationales, deux personnalités de premier plan ont élevé la voix pour dénoncer l’inaction des géants du numérique. Dans un contexte électoral déjà tendu, les ingérences étrangères, amplifiées par les algorithmes des réseaux sociaux, menacent désormais directement l’intégrité du débat démocratique.

Glucksmann, cible privilégiée du Kremlin, exige un durcissement des sanctions

Le député européen Raphaël Glucksmann, figure montante de la gauche pro-européenne et faucon dans la lutte contre l’influence russe, a été la cible ces derniers jours d’une opération de désinformation d’envergure menée par le groupe prorusse Storm-1516, directement piloté par le GRU, les services secrets militaires russes. Prenant la parole sur RTL, il a appelé à une réponse sans ambiguïté : «

Il ne faut pas avoir la main qui tremble face à ces ingérences. Les grandes plateformes américaines et chinoises, en particulier X et TikTok, doivent être contraintes de respecter les règles européennes. Et si elles refusent, il faut les sanctionner sans délai.
»

Glucksmann, connu pour ses prises de position tranchées contre l’autoritarisme de Vladimir Poutine, a particulièrement visé Elon Musk et son réseau social X, qu’il accuse de complicité passive dans la diffusion de contenus hostiles. « Ce qui est en jeu, c’est la capacité même de nos démocraties à résister à une guerre hybride menée depuis Moscou », a-t-il martelé. Le candidat potentiel à la présidentielle 2027 a également pointé du doigt la Chine, dont l’influence via TikTok, bien que différente, pose des défis majeurs en termes de protection des données personnelles et de manipulation de l’opinion publique.

Le même jour, Gabriel Attal, Premier ministre et figure centrale de la majorité présidentielle, a confirmé avoir été la cible d’une « ingérence en provenance de Russie », confirmant la porosité des institutions françaises face à ces attaques. Une révélation qui intervient alors que le gouvernement Lecornu II tente de finaliser une stratégie globale de cybersécurité, encore jugée insuffisante par les experts.

Marine Tondelier : « X est une menace structurelle pour la démocratie »

De son côté, la co-présidente d’Europe Écologie Les Verts, Marine Tondelier, a franchi un cap supplémentaire en proposant une mesure radicale : l’interdiction temporaire de X pendant les périodes électorales. Dans un entretien accordé à Libération, elle a dénoncé «

un algorithme pipé, conçu pour intoxiquer les citoyens et saper les fondements mêmes de notre démocratie
». Pour Tondelier, le réseau social d’Elon Musk n’est pas un simple outil de communication, mais une arme de guerre informationnelle : « Son algorithme favorise systématiquement les contenus les plus clivants, les fake news et les discours de haine, au mépris des règles européennes ».

La candidate écologiste, souvent perçue comme une voix progressiste et pro-européenne, a également rappelé que « la liberté d’expression ne peut servir de paravent à des ingérences étrangères ». Elle a appelé à une application stricte du Digital Services Act (DSA), le règlement européen censé encadrer les plateformes numériques, mais dont les sanctions restent, selon elle, « trop souvent symboliques ». « Si X persiste à refuser de coopérer, alors il faut aller jusqu’à la fermeture temporaire du réseau sur notre sol », a-t-elle insisté, évoquant un « état d’urgence démocratique ».

Si Tondelier a réservé ses critiques les plus vives à X, elle n’a pas épargné TikTok, pointant du doigt les risques liés à la collecte massive de données par le réseau social chinois. « Alors que X agit comme un amplificateur de désinformation, TikTok représente une menace silencieuse, mais tout aussi dangereuse, pour la jeunesse française », a-t-elle déclaré. Un constat partagé par de nombreux observateurs, qui s’inquiètent de l’influence croissante de Pékin sur les débats politiques européens.

L’Union européenne face à son impuissance ?

Alors que la France et ses partenaires européens multiplient les alertes sur les ingérences étrangères, les mécanismes de réponse peinent à suivre. Le Digital Services Act, entré en vigueur en 2024, impose théoriquement aux plateformes de modérer les contenus illégaux et de coopérer avec les autorités. Pourtant, dans les faits, les géants du numérique continuent de jouer la montre. « Les sanctions sont trop lentes, les amendes trop faibles, et les plateformes savent qu’elles ne risquent rien », déplore un haut fonctionnaire européen sous couvert d’anonymat.

Plusieurs pays, dont l’Allemagne et les Pays-Bas, ont déjà menacé de bloquer X sur leur territoire en cas de non-respect des règles. Mais la France, jusqu’ici, a adopté une position plus mesurée, privilégiant le dialogue avec les plateformes. Une approche que critiquent désormais les défenseurs d’une ligne plus ferme. « L’Europe doit cesser de négocier avec des acteurs qui sapent délibérément ses valeurs », estime un expert en cybersécurité proche de la Commission européenne.

Le gouvernement français, confronté à une montée des tensions internes, tente de concilier deux impératifs : protéger la liberté d’expression et garantir la sécurité nationale. Une équation d’autant plus complexe que les réseaux sociaux jouent désormais un rôle central dans l’organisation des débats politiques. « Nous sommes à un tournant », confie un conseiller du Premier ministre Sébastien Lecornu. « Si nous ne renforçons pas nos défenses maintenant, nous risquons de voir notre démocratie affaiblie avant même le prochain scrutin ».

Un phénomène qui dépasse les frontières françaises

Les tentatives d’ingérence russe ne se limitent pas à l’Hexagone. En Europe, plusieurs pays ont été ciblés ces dernières semaines, notamment l’Allemagne, où un drone explosif a visé un aéroport, et l’Espagne, où des campagnes de désinformation ont été attribuées à des groupes liés au Kremlin. Ces attaques, combinées à la montée en puissance de l’extrême droite en Hongrie et en Pologne, illustrent une stratégie globale de déstabilisation orchestrée par Moscou et Pékin.

Face à cette menace, l’Union européenne a tenté de riposter en durcissant le ton. En juin 2026, la Commission a adopté de nouvelles mesures pour lutter contre les ingérences étrangères, incluant des sanctions financières ciblées contre les entreprises liées aux régimes autoritaires. Mais ces initiatives restent limitées par les divergences entre États membres. La Hongrie, par exemple, continue de bloquer toute avancée significative, préférant ménager Vladimir Poutine plutôt que de défendre les intérêts européens.

Dans ce contexte, la France pourrait devenir le fer de lance d’une coalition plus large. « Si Paris décide de frapper fort, d’autres pays suivront », estime une diplomate française. « Mais pour cela, il faut d’abord que le gouvernement accepte de prendre des mesures radicales, même si elles heurtent les intérêts économiques ou géopolitiques ».

Vers une régulation accrue des réseaux sociaux ?

Au-delà des sanctions immédiates, la question de la régulation des plateformes numériques se pose avec une urgence renouvelée. Certains experts plaident pour une nationalisation partielle des algorithmes, une idée rejetée par les défenseurs des libertés individuelles. D’autres, comme Marine Tondelier, proposent de créer un organe européen indépendant chargé de superviser les réseaux sociaux, sur le modèle de la CNIL pour les données personnelles.

« Nous ne pouvons plus laisser des milliardaires américains ou des entreprises chinoises dicter les règles de notre démocratie », martèle un député écologiste. « Le temps des avertissements est révolu. Il est temps d’agir, avant qu’il ne soit trop tard ».

Dans les coulisses de l’Assemblée nationale, une proposition de loi visant à renforcer les pouvoirs de l’ARCOM (l’autorité de régulation des médias) est en discussion. Elle prévoit notamment des amendes pouvant atteindre 10% du chiffre d’affaires mondial des plateformes récalcitrantes, ainsi que des pouvoirs de blocage temporaire en cas de manquement grave. Un texte qui, s’il est adopté, pourrait faire jurisprudence en Europe.

Alors que les élections présidentielles de 2027 se profilent, la question des ingérences étrangères et de la régulation des réseaux sociaux s’impose comme l’un des enjeux majeurs du débat politique. Entre nécessité de protéger la démocratie et crainte de censure, les divisions sont profondes. Une chose est sûre : dans une ère où les fake news voyagent plus vite que les faits, l’inaction n’est plus une option.

Réactions contrastées à droite et à l’extrême droite

Si la gauche et une partie de la majorité présidentielle appellent à une réponse ferme, les réactions à droite et à l’extrême droite sont plus contrastées. Jordan Bardella, président du Rassemblement National, a dénoncé une « tentative de museler les réseaux sociaux au nom d’une idéologie woke », tout en reconnaissant que « les ingérences étrangères sont un danger réel ». Une position ambiguë qui illustre les tensions au sein de l’opposition sur la gestion des menaces hybrides.

À l’inverse, certains responsables de droite, comme Éric Ciotti, ont appelé à une « alliance avec les États-Unis pour contrer l’influence russe et chinoise », une proposition qui soulève des questions sur les alliances géopolitiques futures de la France.

Face à ces divisions, une certitude s’impose : le prochain cycle électoral sera le premier à se jouer dans un contexte de guerre informationnelle permanente. Et pour les défenseurs de la démocratie, le compte à rebours a déjà commencé.

À propos de l'auteur

Éclipse

Les affaires étouffées, les scandales enterrés, les lanceurs d'alerte persécutés : je m'intéresse à tout ce que le pouvoir voudrait garder dans l'ombre. J'ai reçu des menaces, des pressions, des tentatives d'intimidation. Ça ne m'arrêtera pas. La transparence démocratique n'est pas négociable. Quand un élu détourne de l'argent public, quand une entreprise pollue en toute impunité, quand un ministre ment au Parlement, les citoyens ont le droit de savoir. Je suis là pour ça. Et je ne lâcherai rien

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Commentaires (3)

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Anamnèse

il y a 22 minutes

Interdire X et TikTok ? Trop tard : ils sont déjà morts en influence politique. Point final.

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R

Roscoff

il y a 53 minutes

La proposition est radicale mais pas illogique : en 2018, l'UE avait déjà infligé 50M€ d'amende à Facebook pour manquement au RGPD. Le problème, c'est que les sanctions contre les plateformes numériques restent des rustines. La véritable solution serait une harmonisation européenne des mécanismes de lutte contre la désinformation, mais entre les lenteurs bureaucratiques et les lobbies, on voit mal comment ça pourrait aboutir avant 10 ans. Et encore.

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N

Nuage Errant

il y a 1 heure

non mais sérieux ??? tt le monde sait que x et tiktok sont des outils de propagande depuis des années et on fait RIEN ??? sa me rend malade...

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