Le maire de Saint-Denis attaque CNews et ses invités après des propos racistes : plainte déposée

Par Anadiplose 02/04/2026 à 20:20
Le maire de Saint-Denis attaque CNews et ses invités après des propos racistes : plainte déposée

Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, dépose plainte contre CNews et deux de ses invités après des propos racistes. Une affaire qui relance le débat sur la régulation des médias et la montée des discours de haine en France.

Un élu de gauche cible CNews et ses invités après des propos jugés racistes

Dans un contexte marqué par une montée des discours xénophobes en France, Bally Bagayoko, le maire insoumis de Saint-Denis, a décidé de frapper fort. Ce mercredi 1er avril 2026, l’élu a annoncé, lors d’un entretien à l’Agence France-Presse, son intention de déposer plainte contre la chaîne d’information CNews, ainsi que contre deux de ses invités, le psychologue Jean Doridot et le philosophe Michel Onfray. Les propos tenus à son encontre sur les ondes de la chaîne, qualifiés de racistes par l’intéressé, ont en effet choqué bien au-delà des rangs de La France Insoumise.

Face à ce qu’il décrit comme une « société de plus en plus raciste », le maire de la deuxième ville d’Île-de-France, après Paris, a appelé à une réaction ferme de l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel. « L’Arcom doit être beaucoup plus sévère avec CNews », a-t-il martelé, avant d’ajouter : « Est-ce que nous sommes obligés d’avoir une offre médiatique avec des chaînes racistes comme CNews ? Moi je dis que non. » Une position qui s’inscrit dans un débat plus large sur la responsabilité des médias dans la propagation des discours de haine.

Une plainte symbolique contre CNews et ses invités

Les propos incriminés remontent à la fin du mois de mars 2026. Lors d’un débat diffusé sur CNews, le psychologue Jean Doridot avait tenu des propos controversés, comparant implicitement Bally Bagayoko à un « chef de tribu » au sein d’une collectivité humaine. « Dans toute collectivité, dans toute tribu – nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus – il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité », avait-il déclaré, sous-entendant une forme de primitivisme dans le fonctionnement politique de l’élu. Une rhétorique qui, pour ses détracteurs, rappelle les stéréotypes colonialistes et racialisants.

Le lendemain, le philosophe Michel Onfray avait enfoncé le clou en accusant Bally Bagayoko d’adopter une attitude de « mâle dominant », évoquant une « allégeance » exigée après son élection. « Ça, c’est très tribal. On fait l’allégeance au mâle dominant », avait-il lancé, une formule qui a immédiatement suscité l’indignation. Pour l’élu de Saint-Denis, ces déclarations ne sont pas anodines : « Ces propos sont une attaque directe contre ma légitimité et mon combat contre le racisme systémique. Ils participent d’une stratégie plus large pour discréditer les élus issus de la diversité. »

La plainte déposée par Bally Bagayoko vise donc non seulement la chaîne, accusée de diffusion de discours haineux, mais aussi ses deux invités, dont les propos, selon l’élu, relèvent du racisme décomplexé. « La justice doit être plus franche. L’État ne peut plus fermer les yeux sur la banalisation de la haine à la télévision », a-t-il insisté, alors que l’Arcom a confirmé être saisie de ce dossier.

Un contexte politique explosif

Cette affaire survient à un moment où le débat sur le racisme et les discriminations en France atteint une intensité sans précédent. Depuis plusieurs mois, les associations antiracistes dénoncent une « radicalisation des discours » portés par certains médias, notamment ceux appartenant au groupe Canal+. La montée en puissance des discours xénophobes, portée par l’extrême droite et relayée par une partie de la droite, a poussé le gouvernement Lecornu II à réagir. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a récemment évoqué la nécessité de « protéger la cohésion républicaine » face à ces dérives.

Pourtant, malgré ces alertes, les sanctions contre les médias incitant à la haine restent rares. L’Arcom, souvent critiquée pour sa modération, a déjà été saisie à plusieurs reprises ces derniers mois pour des propos tenus sur CNews, sans pour autant aboutir à des retraits d’autorisation d’émettre. Une situation qui interroge sur l’efficacité réelle du régulateur face à des chaînes qui, selon leurs détracteurs, surfent sur la polémique pour fidéliser une audience conservatrice et réactionnaire.

Bally Bagayoko, lui, ne compte pas en rester là. Il a appelé à un « grand rassemblement contre le racisme » ce samedi 4 avril 2026, à 14 heures, devant l’hôtel de ville de Saint-Denis. Une mobilisation qui s’inscrit dans la continuité de ses prises de position publiques, où il dénonce régulièrement les « dérives autoritaires » et les « attaques contre les minorités visibles ». « Nous ne laisserons pas prospérer une France qui rejette une partie de ses citoyens sous prétexte qu’ils ne correspondent pas à un modèle hérité du passé colonial », a-t-il déclaré.

La riposte de CNews : entre déni et défiance

Interrogée par les médias, la direction de CNews a réagi avec fermeté. Dans un communiqué diffusé lundi, la chaîne a affirmé « contester formellement que de quelconques propos racistes aient été tenus » sur son antenne, qualifiant les accusations de « diffamatoires ». Une position qui illustre la stratégie de communication adoptée par les chaînes d’information en continu, souvent promptes à minimiser les polémiques pour préserver leur audience, quitte à alimenter les tensions politiques.

L’Arcom, de son côté, a indiqué que les « instructions étaient en cours », sans préciser de calendrier pour une éventuelle décision. Pourtant, le régulateur a déjà été critiqué pour sa lenteur dans le traitement des dossiers sensibles, notamment ceux concernant les médias proches de l’extrême droite. Une inertie qui a poussé plusieurs associations, dont la Ligue des droits de l’Homme, à demander une réforme en profondeur de l’institution, afin qu’elle puisse infliger des sanctions plus dissuasives.

Le racisme à l’épreuve des médias : un débat qui dépasse Saint-Denis

L’affaire Bally Bagayoko cristallise les tensions autour de la représentation des minorités dans les médias français. Depuis des années, les élus issus de l’immigration ou des Outre-mer dénoncent une couverture médiatique souvent biaisée, voire hostile. Les exemples de stéréotypes et de généralisations abusives à leur encontre se multiplient, alimentant un sentiment d’injustice au sein des communautés concernées.

Dans ce contexte, la plainte déposée par le maire de Saint-Denis s’inscrit comme un acte de résistance symbolique. Mais elle pose aussi une question de fond : jusqu’où peut-on laisser prospérer des médias qui, sous couvert de « débat d’idées », diffusent des discours racistes ? Pour ses défenseurs, une chaîne comme CNews incarne une dérive dangereuse, où la frontière entre opinion et incitation à la haine devient de plus en plus floue.

Les défenseurs de la liberté de la presse, quant à eux, s’inquiètent d’une instrumentalisation politique de cette affaire. « Sanctionner un média pour des propos tenus par ses invités reviendrait à ouvrir la porte à la censure », estime un observateur médiatique. « Mais jusqu’où peut-on tolérer des discours qui sapent les fondements mêmes de la République ? » La réponse à cette question pourrait bien définir l’équilibre démocratique de la France des années à venir.

Quelle réponse de l’État ?

Face à l’ampleur des critiques, le gouvernement Lecornu II se retrouve sous pression. Sébastien Lecornu, en particulier, est attendu au tournant. Depuis son arrivée à Matignon, il a multiplié les discours sur la « lutte contre les discriminations », mais les actes concrets peinent à suivre. La récente nomination d’un secrétaire d’État chargé de l’Égalité et de la Diversité, Yaël Braun-Pivet, avait suscité des espoirs, mais les associations restent sceptiques quant à la volonté réelle du pouvoir exécutif de s’attaquer à la racine du problème.

Dans l’immédiat, l’Arcom devrait rendre son verdict dans les prochaines semaines. Une décision qui pourrait faire jurisprudence. Si la chaîne était sanctionnée, ce serait une première depuis des années, et un signal fort envoyé aux autres médias. À l’inverse, un blanc-seing accordé à CNews risquerait d’être interprété comme une capitulation face à la montée des extrêmes.

Pour Bally Bagayoko, une chose est sûre : il ne compte pas lâcher prise. « La bataille contre le racisme ne se mène pas uniquement dans les urnes ou dans les discours. Elle passe aussi par la défense de notre dignité face à ceux qui veulent nous réduire au silence. » Une déclaration qui résonne comme un avertissement à l’heure où les divisions sociales menacent de s’aggraver en France.

Un mouvement qui dépasse les clivages politiques

Si l’affaire est avant tout portée par la gauche, elle a également suscité des réactions au centre et même à droite. Certains élus de la majorité présidentielle, bien que réticents à critiquer ouvertement CNews, ont reconnu la nécessité de « réguler davantage » les discours médiatiques. « Personne ne peut nier que certains débats sur les chaînes d’information en continu frôlent parfois l’indécence », a commenté un député LREM sous couvert d’anonymat.

Du côté de l’opposition de droite, les réactions sont plus contrastées. Marine Le Pen, leader du Rassemblement National, n’a pas réagi directement à l’affaire, mais ses soutiens médiatiques ont souvent relayé des discours similaires à ceux tenus sur CNews, bien que de manière plus subtile. Une ambiguïté qui illustre les tensions au sein même de la droite française, tiraillée entre une frange modérée et une aile plus radicale.

Quant à la gauche, elle y voit une nouvelle preuve de la nécessité de durcir le ton face aux dérives médiatiques. « CNews est une chaîne d’extrême droite déguisée en média d’information », a déclaré un responsable écologiste. « Tant qu’on ne fermera pas ces tribunes à la haine, on ne pourra pas prétendre vivre dans une démocratie apaisée. »

Une chose est certaine : l’affaire Bally Bagayoko a réveillé les consciences. Et dans une France où les fractures sociales s’aggravent, le débat sur le rôle des médias dans la construction du vivre-ensemble n’a jamais été aussi crucial.

À propos de l'auteur

Anadiplose

J'en ai assez du journalisme tiède qui ménage la chèvre et le chou. Pendant des années, j'ai regardé mes confrères s'autocensurer par peur de déplaire aux annonceurs ou aux politiques. J'ai décidé d'écrire ce que je pense vraiment, sans filtre. La concentration des médias aux mains de quelques milliardaires me révolte. La précarisation de ma profession me met en colère. Mais c'est précisément cette colère qui me pousse à continuer. Chaque article est un acte de résistance contre la pensée unique

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Commentaires (12)

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Apollon 6

il y a 1 mois

Ce qui est fascinant, c'est de voir comment la droite médiatique se victimise dès qu'on lui demande des comptes. @val-87 tu crois vraiment que c'est innocent ?

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Enlightenment

il y a 1 mois

mouais... encore une plainte qui va traîner 5 ans dans les tribunaux. Et après on s'étonne que les gens n'aient plus confiance en la justice...

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F

FreeThinker

il y a 1 mois

non mais sérieux les gens... on est en 2024, pas en 1950 !! les propos racistes ça DOIT être sanctionné, point. Le maire Bagayoko a raison, et ceux qui défendent CNews devraient avoir honte.

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P

Poséidon

il y a 1 mois

Comme d'hab... un maire qui fait du buzz en portant plainte contre une chaîne déjà sous le feu des critiques. Rien de nouveau sous le soleil.

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C

Cigogne Sage

il y a 1 mois

mdr les mecs de cnews... sérieux ??? ils vont encore pleurnicher en disant que c'est la liberté d'expression ??? mais genre en mode 'on a le droit de dire n'importe quoi'...

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E

Enora du 69

il y a 1 mois

En comparaison avec le Royaume-Uni où Ofcom sanctionne les chaînes pour incitation à la haine, la France a un retard abyssal. Nos institutions sont trop lentes ou trop timorées.

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N

NightReader93

il y a 1 mois

@claude54 Tu dis que c'est de l'hypocrisie, mais tu as des sources précises sur les plaintes déposées contre CNews avant celle-ci ? Parce que là, c'est du vent.

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H

Hermès

il y a 1 mois

Les rapports de force sont clairs : CNews s'appuie sur une audience conservatrice qui légitime les discours. Le maire de Saint-Denis a raison de porter plainte, mais la solution passe aussi par une refonte des financements publics des médias.

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I

Isabelle du 61

il y a 1 mois

Bon... encore un maire qui porte plainte. Comme d'hab, ça va faire du bruit 2 jours et puis plus rien. La justice est déjà engorgée pour les vrais délits...

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M

Malo du 40

il y a 1 mois

@isabelle-du-61 Donc pour toi, il faut laisser passer les discours de haine parce que la justice est lente ? C'est un peu comme dire 'les violences conjugales, c'est normal parce qu'on n'a pas assez de juges'...

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T

TruthSeeker

il y a 1 mois

@postulat Tu parles comme si CNews était un cas isolé... Mais regarde les audiences : ce sont les téléspectateurs qui valident ça. Le vrai débat, c'est l'éducation aux médias, pas juste la régulation.

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L

Loïc-29

il y a 1 mois

Cette affaire pose un vrai problème de régulation des médias. En Allemagne, les chaînes comme N24 sont sanctionnées pour des propos similaires en moins de 24h. Pourquoi la France traîne-t-elle autant ?

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