Polémiques autour des propos d’un psychologue sur CNews : l’Arcom saisie par des parlementaires
Le paysage médiatique français est une nouvelle fois secoué par une polémique aux relents racistes, cette fois-ci autour d’une émission diffusée sur CNews. Plusieurs parlementaires ont saisi l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) pour dénoncer des propos tenus par un psychologue lors d’un débat sur l’élection de Bally Bagayoko, nouveau maire La France Insoumise (LFI) de Saint-Denis. Des propos qui, selon les signataires de la saisine, s’inscrivent dans une dérive dangereuse de la chaîne d’information, régulièrement pointée du doigt pour ses prises de position controversées.
Un rappel controversé sur l’humanité des humains
Lors de l’émission, Jean Doridot, psychologue interrogé sur l’élection de Bally Bagayoko, avait déclaré :
« C’est important de rappeler que l’homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. »
Une phrase qui, selon les parlementaires, réactive des stéréotypes racistes en associant de manière implicite l’élection d’un maire d’origine malienne à une forme de « nature animale ». Les signataires de la saisine, majoritairement issus de la gauche et des écologistes, dénoncent une instrumentalisation malveillante de la science pour justifier des préjugés discriminatoires. Dans leur courrier à l’Arcom, ils soulignent que ces propos, tenus dans un contexte politique tendu, renforcent les discours de stigmatisation envers les populations issues de l’immigration.
Parmi les parlementaires à l’origine de cette initiative figurent des élus de La France Insoumise, du Parti Socialiste et des Verts, qui pointent du doigt la responsabilité éditoriale de CNews. « Ces déclarations sont non seulement scientifiquement contestables, mais elles s’inscrivent dans une logique de dénigrement systématique des minorités », a réagi l’un d’eux, qui préfère garder l’anonymat.
L’Arcom, entre obligations de régulation et pressions politiques
L’Arcom, déjà critiquée pour son manque de fermeté face aux dérives de certaines chaînes d’information, se retrouve une fois de plus au cœur d’un débat sur la liberté de la presse et la lutte contre les discours de haine. La saisine, transmise en urgence, pourrait conduire à des sanctions contre CNews, voire à une mise en demeure si les propos sont jugés contraires aux règles déontologiques du service public audiovisuel. Plusieurs observateurs rappellent que la chaîne a déjà écopé de plusieurs avertissements par le passé, notamment pour des propos tenus par des chroniqueurs d’extrême droite.
Dans un contexte où les tensions sociales et politiques sont exacerbées par les débats sur l’immigration et l’identité nationale, cette affaire relance le débat sur le rôle des médias dans la construction des imaginaires collectifs. « Les chaînes d’information en continu ont une responsabilité particulière : celle de ne pas alimenter les peurs, mais de contribuer au débat démocratique », rappelle un constitutionnaliste interrogé.
Interrogée sur la position du gouvernement, la ministre de la Culture a adopté une posture prudente, évoquant « une affaire médiatique qui doit être traitée avec rigueur ». Pour autant, aucun commentaire officiel n’a été émis sur une éventuelle implication de l’exécutif dans une régulation plus stricte des médias. Une position qui contraste avec les appels répétés des associations antiracistes à une réforme en profondeur du paysage audiovisuel français.
La gauche unie contre les dérives de l’extrême droite médiatique
Cette polémique intervient à quelques mois des élections législatives de 2027, où la gauche espère capitaliser sur les divisions de la droite et de l’extrême droite. Les partis de la NUPES voient dans cette affaire une opportunité de dénoncer la complicité passive de certains médias avec les discours d’exclusion. « Ce n’est pas un hasard si ces propos sont tenus sur une chaîne qui donne systématiquement la parole à l’extrême droite », souligne un député européen écologiste.
De son côté, Marine Le Pen, figure de proue de l’extrême droite, a appelé à « défendre la liberté d’expression » sans jamais condamner explicitement les propos incriminés. Une position qui, selon ses détracteurs, illustre la stratégie de normalisation de l’extrême droite au sein des médias dominants. « La droite traditionnelle et l’extrême droite se rejoignent dans une même rhétorique : celle du rejet de l’autre », analyse un sociologue spécialiste des médias.
Quel avenir pour CNews et l’Arcom ?
Alors que l’Arcom doit rendre sa décision dans les prochaines semaines, les observateurs s’interrogent sur l’impact d’une éventuelle sanction. Certains estiment que cela ne suffira pas à changer la ligne éditoriale d’une chaîne qui mise sur la polémique pour fidéliser son audience. D’autres, en revanche, y voient une étape nécessaire pour rappeler aux médias leur devoir de neutralité et de respect des principes républicains.
Dans un pays où la laïcité et la lutte contre les discriminations sont des sujets clivants, cette affaire rappelle une fois de plus les défis auxquels est confrontée la démocratie française. Alors que les tensions communautaires persistent, le rôle des médias devient plus crucial que jamais. « Une société qui tolère les discours de haine est une société en danger », avertit une historienne des idées politiques.
Contexte : un climat politique sous haute tension
Cette polémique s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu, marqué par des violences politiques en hausse et une polarisation accrue du débat public. Depuis le début de l’année 2026, plusieurs incidents impliquant des élus de gauche et d’extrême droite ont été recensés, notamment dans des villes dirigées par La France Insoumise. Les associations antiracistes alertent sur une montée des actes xénophobes, tandis que le gouvernement appelle au calme sans pour autant proposer de mesures concrètes pour apaiser les tensions.
Parallèlement, la réforme des retraites, adoptée dans un contexte de crise sociale majeure, continue de diviser l’opinion publique. Dans ce contexte, les médias jouent un rôle ambivalent : certains contribuent à attiser les divisions, tandis que d’autres tentent de promouvoir un débat apaisé. « La liberté de la presse ne doit pas servir de paravent à la propagation de la haine », rappelle un éditorialiste engagé.
Alors que l’Union européenne, par la voix de la présidente de la Commission, a réaffirmé son attachement aux valeurs de tolérance et de respect des droits humains, la France semble, elle, hésiter entre deux modèles : celui d’une société inclusive et celui d’une société fracturée par les replis identitaires.