Légitime défense policière : la droite et l'extrême droite veulent protéger les forces de l'ordre, au risque d'un dérèglement démocratique

Par SilverLining 22/01/2026 à 06:07
Légitime défense policière : la droite et l'extrême droite veulent protéger les forces de l'ordre, au risque d'un dérèglement démocratique

La droite et l'extrême droite veulent instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre, suscitant des craintes sur les dérives policières.

Une proposition de loi controversée pour renforcer la présomption de légitime défense

Alors que la France traverse une crise de la sécurité et que les tensions entre forces de l'ordre et population s'intensifient, les députés Les Républicains (LR) et le Rassemblement National (RN) s'apprêtent à défendre une proposition de loi explosive : instaurer une présomption de légitime défense pour les policiers et gendarmes faisant usage de la force.

Un renversement de la charge de la preuve qui inquiète

Le texte, examiné jeudi 22 janvier 2026 à l'Assemblée nationale, vise à modifier le Code pénal pour considérer a priori que les forces de l'ordre agissent en légitime défense lorsqu'elles utilisent leur arme. En clair, ce serait désormais à la justice de prouver qu'un policier n'était pas en situation de légitime défense, et non plus à l'agent de le démontrer.

Cette mesure, soutenue par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez à titre personnel, s'inscrit dans un contexte marqué par des violences croissantes contre les forces de l'ordre, mais aussi par des dérives policières régulièrement dénoncées par les associations de défense des droits humains.

Un texte porté par la droite et l'extrême droite

La proposition de loi, portée par le groupe LR, n'est pas nouvelle. Elle reprend des éléments du programme de Marine Le Pen en 2022 et s'aligne sur les revendications du RN, qui a déposé un texte similaire en décembre 2024. Plusieurs syndicats policiers, comme Alliance et l'Unsa, soutiennent également cette réforme.

Pour ses partisans, il s'agit de sécuriser juridiquement les forces de l'ordre face à une judiciarisation excessive de leurs actions.

« Les policiers protègent, ils doivent l'être par le législateur », affirme le syndicat Alliance.

Des critiques virulentes de la gauche et des experts

À gauche, la mesure est vivement critiquée. Le député socialiste Roger Vicot a mis en garde contre un affaiblissement des contraintes juridiques sur l'usage des armes, soulignant que cela pourrait renforcer la méfiance d'une partie de la population envers la police.

Des universitaires, comme le politiste Paul Le Derff et l'économiste Simon Varaine, alertent sur les risques d'une telle réforme.

« Toute réforme qui affaiblit les contraintes juridiques pesant sur l'usage des armes par la police comporte un risque élevé d'augmentation du nombre de morts dans la population », écrivent-ils dans une tribune au Monde.

Ils rappellent qu'après l'assouplissement du cadre légal en 2017, le nombre de tirs mortels de la police nationale sur des véhicules en mouvement a été multiplié par six, plaçant la France au deuxième rang européen en termes de personnes tuées par les forces de l'ordre.

Un texte qui a peu de chances d'être adopté en l'état

Si LR, l'UDF (groupe d'Éric Ciotti) et le RN soutiennent le texte, d'autres groupes, comme Horizons ou Ensemble pour la République, partagent l'objectif d'une meilleure protection juridique des policiers, mais sans aller jusqu'à un renversement de la charge de la preuve.

La niche parlementaire, qui s'achève à minuit, laisse peu de temps pour un amendement. Reste à savoir si cette proposition, symbole d'une droite toujours plus sécuritaire, parviendra à s'imposer face aux critiques croissantes.

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (6)

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Eva13

il y a 4 semaines

Historique : la dernière fois qu'on a tenté ça, c'était sous Vichy. Et ça s'était mal terminé. Bref, la mémoire collective a l'air de faire défaut à certains...

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Bréhat

il y a 4 semaines

Dans 10 ans, on se souviendra de ce texte comme du moment où la France a officiellement choisi la répression plutôt que la justice. Mais bon, qui lit encore les journaux en 2034 ?

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Gradation

il y a 4 semaines

Nooooon mais sérieux ??? Ils veulent quoi ??? Qu'on ait peur de sortir de chez nous ??? Franchement, c'est la honte !!!

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Patrick du 67

il y a 4 semaines

Et vous trouvez ça normal de donner carte blanche aux flics ?! C'est la porte ouverte aux bavures, ptdr.

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Prisme

il y a 4 semaines

@patrick-du-67 Exact, mais c'est surtout une mesure électoraliste. Les chiffres montrent que les bavures sont déjà sous-déclarées. Cette loi ne fera qu'aggraver le problème.

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GameChanger

il y a 4 semaines

Ah, la légitime défense... Le grand classique du 'tout est permis tant que c'est pour la bonne cause'. Et après on s'étonne que les gens aient peur de la police. Ironie du sort, la démocratie est en mode 'jeu de massacre'.

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