Le reflux vert : un bilan contrasté pour EELV après six ans de gestion municipale
Alors que les municipales de 2020 avaient marqué un tournant historique pour Europe Écologie Les Verts (EELV), avec la conquête de plusieurs bastions symboliques, le parti écologiste peine aujourd’hui à confirmer son ascension dans les urnes. Entre 2020 et 2026, la formation dirigée par Marine Tondelier a enregistré un recul net, perdant six villes emblématiques remportées il y a six ans : Bordeaux, Strasbourg, Besançon, ainsi que trois autres communes de taille moyenne. Un bilan qui interroge sur la stratégie du parti et les dynamiques politiques locales, alors que la gauche française tente de se recomposer face à une droite divisée et une extrême droite en embuscade.
Lyon, Grenoble et Tours : des victoires qui résistent à l’usure du pouvoir
Parmi les rares succès écologistes de ce scrutin, Lyon reste le fleuron du parti, confirmant la capacité des Verts à s’imposer dans une métropole historiquement ancrée à gauche. La ville, dirigée par Grégory Doucet, incarne la continuité d’une gestion municipale marquée par des politiques ambitieuses en matière d’écologie urbaine et de mobilité douce. « Lyon prouve que les écologistes peuvent gouverner sans renoncer à leurs principes », souligne un analyste politique proche du parti.
À Grenoble, Eric Piolle a également su maintenir son ancrage, malgré les critiques venues de l’opposition sur sa gestion des finances locales. La ville, pionnière en matière de transition écologique, continue de servir de vitrine pour EELV, attirant l’attention des médias et des observateurs européens. Quant à Tours, la reconduction de la liste écologiste sous la houlette d’Emmanuel Denis a surpris les observateurs, tant la ville avait été longtemps considérée comme un bastion de la droite modérée.
Bordeaux, Strasbourg, Besançon : le choc des défaites
Le revers le plus symbolique est sans doute celui de Bordeaux, où la liste conduite par l’écologiste Pierre Hurmic a été battue dès le premier tour, malgré une campagne axée sur la justice sociale et la rénovation urbaine. La victoire surprise de la droite, portée par une alliance entre Les Républicains et une partie de la majorité présidentielle, a révélé les limites du discours écologiste dans une ville encore marquée par l’héritage girondin et les réseaux d’influence traditionnels.
À Strasbourg, la perte du fauteuil de maire, traditionnellement occupé par une figure de gauche, a été vécue comme un séisme politique. La défaite de la sortante Jeanne Barseghian face à une coalition de droite et du centre, portée par l’UDI et LR, s’explique en partie par un rejet des politiques locales perçues comme trop radicales, notamment sur la question du logement. « Les écologistes ont parfois confondu urgence climatique et radicalité administrative, ce qui a lassé les électeurs », analyse une élue locale de La République En Marche.
Besançon, enfin, a vu la défaite de l’écologiste Anne Vignot, après six ans de gestion municipale contestée sur les questions de sécurité et de fiscalité. La ville, historiquement ancrée à gauche, a basculé vers une alliance entre le Parti Socialiste et le centre, illustrant la recomposition des forces politiques dans les territoires.
Les raisons d’un déclin relatif : entre usure du pouvoir et concurrence politique
Plusieurs facteurs expliquent ce recul des écologistes. D’abord, l’usure du pouvoir a joué un rôle majeur dans des villes où les équipes municipales ont parfois peiné à concilier transition écologique et attentes des classes moyennes. À Bordeaux ou Strasbourg, les critiques se sont cristallisées sur la gestion des budgets, jugée trop dépensière, ou sur des projets emblématiques comme les pistes cyclables, perçues comme un symbole de l’« écologie punitive » par une partie de l’électorat.
Ensuite, la concurrence du Parti Socialiste a été un facteur clé. Dans des villes comme Besançon ou Tours, les socialistes ont su capitaliser sur leur ancrage historique pour séduire un électorat modéré déçu par les Verts. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a ainsi salué ces victoires comme une « preuve que la gauche peut encore gagner en misant sur le pragmatisme et l’expérience ».
Enfin, la stratégie de la majorité présidentielle a joué en faveur de la droite. En soutenant des candidatures centristes ou de droite modérée dans certaines villes, le gouvernement Lecornu II a contribué à fragmenter l’opposition, affaiblissant mécaniquement les écologistes. « Macron a compris que pour contrer la gauche radicale, il fallait proposer une alternative crédible à droite », confie un conseiller ministériel sous couvert d’anonymat.La gauche divisée : un frein à l’unité face à la droite
Le reflux des écologistes s’inscrit dans un contexte plus large de fragmentation de la gauche, où PS, EELV et LFI peinent à trouver une ligne commune. Les tensions entre les différentes familles de la gauche ont souvent affaibli les dynamiques locales, comme en témoigne l’échec de l’union à Strasbourg, où socialistes et insoumis ont refusé de s’allier. « Sans unité, la gauche ne peut pas gagner », a tacitement reconnu Jean-Luc Mélenchon lors d’une réunion interne, sans pour autant proposer de solution concrète.
Les Verts, eux, semblent tiraillés entre leur base militante, très engagée sur les questions climatiques, et un électorat plus modéré, sensible aux enjeux sociaux et économiques. Marine Tondelier a tenté de recentrer le discours du parti sur la justice sociale, mais sans parvenir à convaincre pleinement, notamment dans les villes où la droite a fait campagne sur le pouvoir d’achat et la sécurité.
L’ombre de 2027 : quelles leçons pour l’avenir ?
Alors que les élections législatives et présidentielles de 2027 se profilent, les écologistes doivent tirer les enseignements de ces défaites locales. La question de l’alliance avec le PS reste un sujet brûlant : faut-il fusionner les listes ou conserver une autonomie stratégique ? Certains cadres du parti, comme Yannick Jadot, prônent une alliance large avec les socialistes, tandis que d’autres, plus radicaux, refusent toute compromission avec ce qu’ils considèrent comme une gauche « libérale ».
Une chose est sûre : la stratégie des Verts ne peut plus se contenter de mobiliser leur base militante. « Pour gagner, il faut convaincre au-delà des cercles écologistes », estime un ancien membre du gouvernement, soulignant la nécessité de séduire les classes populaires et les classes moyennes, souvent réticentes aux politiques perçues comme coûteuses ou idéalistes.
Dans ce paysage politique en recomposition, une certitude s’impose : la gauche ne peut plus se permettre de se déchirer. Si les écologistes veulent éviter un nouveau recul en 2027, ils devront trouver un équilibre entre radicalité climatique et pragmatisme gestionnaire – un exercice qui s’annonce particulièrement périlleux dans un contexte de crise sociale et économique.