Les États démocrates contre le scandale TotalEnergies-Trump : un milliard de dollars pour saboter l’éolien en mer

Par Renaissance 03/06/2026 à 02:07
Les États démocrates contre le scandale TotalEnergies-Trump : un milliard de dollars pour saboter l’éolien en mer

Sept États américains attaquent en justice un milliardaire accord entre TotalEnergies et Trump pour saboter l’éolien offshore. Une manœuvre climatosceptique dénoncée comme un détournement des fonds publics au détriment de la transition énergétique des États-Unis.

Une alliance controversée entre Washington et Paris au détriment du climat

Une coalition de sept États américains, tous dirigés par des gouverneurs démocrates, a lancé une offensive judiciaire d’envergure contre un accord financier opaque signé entre TotalEnergies et l’administration Trump. Ce deal, révélé fin mars 2026, prévoit le versement d’environ 859 millions d’euros à la multinationale française en échange de l’abandon de ses projets d’éoliennes en mer sur la côte atlantique. Une décision qualifiée de « détournement scandaleux » par les autorités locales, qui dénoncent une manœuvre politique visant à saboter la transition énergétique américaine au profit des intérêts pétroliers et gaziers.

Selon les termes de l’accord, TotalEnergies ne recevra les fonds publics qu’à une condition : prouver qu’elle a réinvesti un montant équivalent dans des énergies conventionnelles – un euphémisme pour désigner le pétrole et le gaz – entre novembre 2025 et septembre 2026. Une clause qui soulève de graves questions sur la légalité d’une telle transaction, alors que les États-Unis, signataires de l’Accord de Paris, s’étaient engagés à réduire leur dépendance aux énergies fossiles.

Un gouvernement climatosceptique à l’assaut des énergies renouvelables

L’accord a été négocié dans l’ombre par un membre du gouvernement Trump, alors que le président américain, connu pour ses positions hostiles aux éoliennes, multiplie les mesures pour freiner le développement des énergies vertes. TotalEnergies, dont les projets de parcs éoliens au large de New York et de la Caroline du Nord étaient déjà en stand-by depuis la victoire de Trump en 2024, a justifié cette décision par une volonté de « pragmatisme ». Une rhétorique qui contraste avec celle d’autres entreprises européennes comme Orsted ou Equinor, qui ont choisi de défier l’administration en justice.

Les critiques fusent de toutes parts. La procureure générale de l’État de New York, Letitia James, a dénoncé un « accord bidon » conçu pour contourner les défaites judiciaires répétées du gouvernement face aux défenseurs de l’environnement.

« Après avoir essuyé plusieurs revers devant les tribunaux, cette administration a concocté un mécanisme illégal pour financer une entreprise étrangère avec l’argent des contribuables, tout en sabordant nos ambitions climatiques. »

De son côté, la gouverneure de New York, Kathy Hochul, a fustigé un « gaspillage honteux » des ressources publiques :

« Cet argent pourrait servir à renforcer notre indépendance énergétique, créer des emplois locaux et accélérer notre transition vers un mix décarboné. Au lieu de cela, il sera détourné vers des énergies du passé. »

Une stratégie risquée pour l’indépendance énergétique américaine

Les projets éoliens abandonnés par TotalEnergies représentaient un investissement de près d’un milliard de dollars en redevances, payés en 2022. Leur arrêt marque un coup dur pour les États du Nord-Est, où ces infrastructures devaient alimenter des millions de foyers et générer des milliers d’emplois. Les élus démocrates y voient une stratégie délibérée pour affaiblir les énergies renouvelables, alors que la dépendance aux combustibles fossiles coûte chaque année des milliards en importations et en santé publique.

Les défenseurs de l’environnement soulignent que cet accord s’inscrit dans une politique plus large de l’administration Trump, qui a multiplié les reculs en matière de régulation climatique. Entre le démantèlement de normes anti-pollution et le soutien accru aux projets pétroliers, Washington semble déterminé à faire marche arrière sur la scène internationale, au mépris des engagements pris sous l’administration Biden.

Les sept États plaintifs – du Maine au New Jersey – rappellent que les fonds publics pourraient être bien mieux utilisés dans des infrastructures d’avenir, comme les réseaux de transport décarboné ou les systèmes de stockage d’énergie verte. Une position partagée par une majorité de l’opinion publique américaine, où le soutien aux énergies renouvelables reste majoritaire, y compris dans les États traditionnellement républicains.

L’Union européenne face au désengagement américain

Cette affaire intervient alors que Bruxelles tente de convaincre Washington de maintenir ses engagements climatiques, alors que les tensions entre les deux rives de l’Atlantique s’accentuent. L’UE, qui mise sur le leadership des énergies marines pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, observe avec inquiétude les revirements américains. La France, notamment, qui avait soutenu ces projets via des partenariats industriels, se retrouve prise en étau entre ses ambitions écologiques et la realpolitik d’une administration pro-fossiles.

Les observateurs s’interrogent sur les répercussions de cet accord sur les relations transatlantiques. Alors que les tensions commerciales et géopolitiques se multiplient, une telle mesure pourrait renforcer les critiques européennes envers une Amérique perçue comme de plus en plus isolationniste sur les questions environnementales. Pour Paris, qui mise sur l’éolien offshore comme levier de sa souveraineté énergétique, l’affaire TotalEnergies-Trump est un camouflet diplomatique.

D’autant que le géant français, bien que français, n’est pas exempt de reproches. Critiqué pour son manque de transparence sur ses investissements dans les énergies fossiles, il a été accusé à plusieurs reprises de « greenwashing » par les ONG. Son choix de négocier avec Trump plutôt que de poursuivre en justice, comme l’ont fait ses concurrents scandinaves, interroge sur sa stratégie industrielle.

Un précédent juridique aux conséquences imprévisibles

La bataille judiciaire s’annonce serrée. Les États démocrates, soutenus par des associations environnementales, s’appuient sur des arguments juridiques solides : violation des procédures administratives, conflit d’intérêts et détournement de fonds publics. Les avocats de la coalition estiment que l’accord contrevient aux lois fédérales sur la concurrence et la protection de l’environnement, ainsi qu’aux principes de bonne gouvernance.

Si la justice donne raison aux plaignants, ce pourrait être un précédent majeur, limitant la capacité des gouvernements à signer des accords opaques avec des multinationales. À l’inverse, une victoire de l’administration Trump et de TotalEnergies risquerait d’ouvrir la voie à des dérives similaires, où les lobbies énergétiques dicteraient les politiques publiques au détriment de l’intérêt général.

Les enjeux dépassent largement les frontières américaines. En Europe, où la transition écologique est un pilier de la souveraineté, cette affaire rappelle cruellement les dangers d’un système où les grandes entreprises dictent les règles du jeu. Alors que les États membres de l’UE peinent à trouver un consensus sur leur mix énergétique, le cas TotalEnergies-Trump pourrait servir de mise en garde contre les alliances contre-nature entre pouvoirs politiques et industriels.

Que reste-t-il de la transition énergétique sous Trump ?

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a fait de la lutte contre les énergies renouvelables une priorité. Entre les moratoires sur les projets éoliens offshore, les subventions massives aux énergies fossiles et le démantèlement des agences environnementales, son mandat est marqué par un recul sans précédent sur le front climatique. Pourtant, les faits sont têtus : les coûts des énergies solaires et éoliennes n’ont jamais été aussi bas, et leur adoption explose dans le monde, y compris aux États-Unis, où des États républicains comme la Géorgie ou le Texas investissent massivement dans le solaire.

L’accord TotalEnergies s’inscrit dans cette logique de « résistance au changement », où les intérêts à court terme des lobbies fossiles priment sur les impératifs de long terme. Pour les défenseurs de l’environnement, il est urgent de contester ces manœuvres avant qu’elles ne deviennent la norme. Car si Washington parvient à imposer cette logique, ce ne seront pas seulement les parcs éoliens américains qui en pâtiront, mais aussi la crédibilité des démocraties face à l’urgence climatique.

Dans ce contexte, l’offensive des États démocrates prend une dimension symbolique. Elle incarne la résistance d’une Amérique qui refuse de se laisser dicter sa transition énergétique par des intérêts étrangers ou des calculs politiques à courte vue. Une bataille qui pourrait bien déterminer l’avenir climatique du pays – et, par ricochet, celui de la planète.

Cette enquête a été réalisée avec le soutien de sources judiciaires et associatives, afin de garantir l’exactitude des informations relayées.

À propos de l'auteur

Renaissance

J'ai travaillé quinze ans dans l'industrie avant d'être licencié lors d'une délocalisation. Mon usine était rentable, mais pas assez pour satisfaire les actionnaires. Ce jour-là, j'ai compris que le système économique dans lequel nous vivons est profondément injuste. J'ai repris des études, je me suis formé au journalisme. Aujourd'hui, je donne une voix à ceux qu'on n'entend jamais dans les médias : les ouvriers, les précaires, les invisibles. La France périphérique existe, et elle doit parler.

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