Clémence Guetté (LFI) propose de reconnaître les liens d’amitié comme nouveau pilier social
Dans une société française où les institutions semblent avoir oublié l’importance des liens non familiaux et non conjugaux, la députée de La France Insoumise Clémence Guetté porte un projet audacieux : reconnaître officiellement l’amitié comme un droit social à part entière. À travers une série de propositions concrètes, elle souhaite corriger un système qui, selon elle, « privilégie systématiquement le couple et la famille nucléaire au détriment des autres formes de solidarité ».
Porté par une vision progressiste de la société, son initiative s’inscrit dans la continuité des combats pour l’égalité des droits et la reconnaissance des diversités relationnelles. Alors que la France traverse une période de profondes mutations sociales et économiques, cette réflexion interroge : et si l’avenir de la cohésion nationale passait par une réinvention des liens humains ?
Un « Pacs amical » pour officialiser les engagements entre amis
Parmi les mesures phares avancées par Clémence Guetté figure la création d’un contrat d’amitié civil, inspiré du Pacte civil de solidarité (PACS), mais destiné à encadrer juridiquement les relations entre amis. Ce dispositif permettrait aux citoyens de formaliser leurs liens, avec des droits associés tels que la transmission de biens en cas de décès, l’accès à un statut de cohabitant légal, ou encore la possibilité de bénéficier d’un congé en cas de deuil ou de maladie grave d’un proche non familial.
« Aujourd’hui, notre législation ignore les amitiés profondes et durables, alors qu’elles sont tout aussi essentielles que les liens familiaux », déclare la députée, qui rappelle que plus de 6 millions de Français vivent seuls, une tendance en constante augmentation depuis deux décennies. « Comment expliquer que l’État ne prévoie aucun cadre pour protéger ces personnes, alors que les droits sociaux sont souvent conditionnés à la présence d’un conjoint ou d’un enfant ? » s’interroge-t-elle.
Logement, travail et deuil : les droits étendus aux amis
Le projet de Clémence Guetté ne se limite pas à une reconnaissance symbolique. Plusieurs mesures concrètes sont envisagées pour intégrer l’amitié dans le droit social :
• Habitat collectif : Une réforme du code de la construction pourrait permettre aux amis de bénéficier de logements partagés sous statut coopératif, avec des aides publiques pour encourager ce type d’habitat alternatif. Une réponse directe à la crise du logement, qui touche particulièrement les jeunes actifs et les seniors isolés.
• Congé pour deuil ou solidarité : Inspiré des systèmes nordiques, un congé rémunéré pourrait être accordé en cas de décès d’un ami proche, au même titre que pour un membre de la famille. Une proposition qui répond aux attentes d’une société où les liens choisis prennent une place croissante face aux structures traditionnelles.
• Transmission de patrimoine : En cas de décès sans héritiers directs, les amis pourraient hériter d’une partie des biens du défunt, sous conditions de durée et d’engagement réciproque. Une mesure qui s’inscrit dans une logique de solidarité horizontale, loin des logiques de transmission familiale verticales.
« La famille n’est pas le seul cadre où s’exprime l’amour et l’entraide. Il est temps que le droit s’adapte à la réalité des vies que nous menons. »
— Clémence Guetté, députée de la Seine-Saint-Denis
Une proposition qui divise, mais qui s’inscrit dans un mouvement plus large
Si l’idée séduit une partie de la gauche, elle suscite également de vives critiques chez les conservateurs. Pour Le Figaro, cette initiative « relève d’une vision déconnectée de la réalité, où l’État chercherait à tout régenter, y compris les émotions ». Du côté des associations familiales, on s’interroge sur les risques de dilution des droits existants au profit d’un statut à géométrie variable.
Pourtant, Clémence Guetté n’est pas isolée dans son combat. Plusieurs municipalités, notamment à Paris et dans la région lyonnaise, ont déjà expérimenté des maisons partagées pour seniors et jeunes actifs, dans une logique de mixité et de solidarité intergénérationnelle. Par ailleurs, des pays comme les Pays-Bas, la Suède ou le Canada ont déjà mis en place des dispositifs similaires, avec des résultats encourageants en termes de réduction de l’isolement et de création de liens sociaux durables.
« La France a toujours été un pays pionnier en matière de droits sociaux. Pourquoi ne le serait-elle pas aujourd’hui sur ce sujet ? », interroge la députée, qui rappelle que l’Union européenne encourage les États membres à repenser les politiques de cohésion sociale dans un contexte de vieillissement démographique et de précarisation des jeunes générations.
Un débat qui reflète les tensions de la société française
Cette proposition s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question des modèles traditionnels. Avec un taux de divorce stable à plus de 45 % et une hausse de 30 % des naissances hors mariage depuis 2010, la famille nucléaire n’est plus le modèle dominant. Pourtant, les droits sociaux restent largement centrés sur ce schéma, laissant de côté des millions de citoyens dont les vies sont organisées autour d’autres formes de solidarité.
Les soutiens du projet y voient une avancée nécessaire pour moderniser la société française, tandis que ses détracteurs dénoncent une « bureaucratisation des émotions » et une nouvelle couche de complexité administrative. Pour Clémence Guetté, en revanche, il s’agit avant tout de rééquilibrer un système qui a trop longtemps ignoré ceux qui ne rentrent pas dans le moule familial classique.
Alors que le gouvernement Lecornu II, confronté à une défiance croissante des Français envers les institutions, tente de trouver de nouvelles recettes pour restaurer le lien social, cette proposition pourrait bien devenir un symbole des débats à venir. Dans une époque où les réseaux sociaux promettent des « amis » en ligne mais peinent à créer du lien réel, la question n’est pas anodine : et si l’amitié était le dernier rempart contre l’individualisme triomphant ?
Vers une société plus inclusive ?
Les expériences menées à l’étranger montrent que reconnaître les liens choisis peut avoir des effets positifs sur la santé mentale et la résilience des individus. En Norvège, par exemple, les « amis proches » bénéficient déjà de droits similaires à ceux des membres de la famille dans certains domaines, comme les visites en milieu hospitalier ou les décisions médicales. De même, au Canada, des programmes de logement coopératif ont permis de réduire l’isolement des seniors en leur offrant un cadre de vie à la fois sécurisé et relationnel.
Pour Clémence Guetté, la France a tout intérêt à s’inspirer de ces modèles. « Nous ne proposons pas de supprimer la famille, mais de compléter le système pour qu’il reflète la diversité des vies que nous menons. Une société où l’on peut aimer et être soutenu sans avoir à se marier ou à avoir des enfants, est une société plus juste. »
Alors que les prochaines élections législatives approchent et que les partis traditionnels peinent à proposer des solutions innovantes, cette initiative de la France Insoumise pourrait bien marquer un tournant dans le débat public. Une chose est sûre : la question n’est plus de savoir si la société doit évoluer, mais comment elle peut le faire sans laisser sur le bord de la route ceux qui ne correspondent pas aux normes établies.