Lombard relance son offensive fiscale : une taxe à 2 milliards sur les ultra-riches réexaminée à l’Assemblée
L’ancien ministre de l’Économie, Eric Lombard, continue de marteler son projet de « contribution différentielle sur les hauts patrimoines », une taxe ambitieuse visant à ponctionner 2 milliards d’euros supplémentaires auprès des fortunes les plus importantes de France. Mardi 19 mai 2026, lors d’une audition devant la commission d’enquête parlementaire sur l’imposition des plus aisés, il a réaffirmé avec force sa conviction : « Il est temps de briser les mécanismes légaux de contournement fiscal qui permettent aux grandes fortunes de se soustraire à leur juste part. »
Alors que le gouvernement Lecornu II, sous la présidence Macron, avait écarté cette proposition pour le budget 2026, Lombard ne désespère pas de voir son dispositif intégré dans les prochains exercices fiscaux. Son projet, qui pourrait resurgir dès le budget 2027 ou s’imposer comme un thème central de la future campagne présidentielle, s’appuie sur une logique inédite : taxer non plus les revenus, mais le patrimoine lui-même, afin de rendre l’impôt incontournable pour les contribuables les plus aisés.
Un mécanisme conçu pour contourner les failles du système actuel
La proposition de Lombard s’inscrit dans un contexte où les inégalités économiques battent des records en France. Selon les dernières estimations de l’Observatoire des inégalités, les 1 % les plus riches possèdent désormais plus de 25 % du patrimoine national, tandis que leur contribution fiscale effective ne cesse de diminuer grâce à des montages juridiques toujours plus sophistiqués. « Le système actuel est une passoire. Les holdings, les trusts, les montages en cascade permettent à une infime minorité d’échapper à l’impôt commun, alors que les classes moyennes et populaires paient leur dû sans broncher », a dénoncé Lombard lors de son audition, sous le regard des députés de la commission.
Son projet repose sur un principe simple : un prélèvement annuel calculé sur la valeur nette du patrimoine, avec un seuil d’exonération fixé à plusieurs millions d’euros. Contrairement à l’impôt sur le revenu, qui peut être optimisé via des niches fiscales ou des déductions, cette « taxe différentielle » serait impossible à contourner, car elle s’appliquerait directement au capital détenu. Les défenseurs de ce dispositif y voient un moyen de rétablir un minimum de justice fiscale, tandis que ses détracteurs, au sein même de la majorité présidentielle, y décèlent une mesure « confiscatoire » et « économiquement risquée ».
Un projet qui divise la majorité et relance les tensions à gauche
Si Lombard, proche du cercle social-libéral des Gracques, se présente comme un réformiste pragmatique, son initiative ravive les clivages au sein de la gauche et de la majorité. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a récemment réaffirmé son opposition à toute hausse d’impôt sur les patrimoines pour 2026, privilégiant des mesures ciblées sur les grandes entreprises. « Nous ne voulons pas étouffer l’investissement productif en taxant davantage nos entrepreneurs », a-t-il déclaré lors d’un déplacement à Lyon début mai.
Pourtant, les appels à une fiscalité plus progressive se multiplient. À l’Assemblée, les députés de La France Insoumise et du Parti Socialiste ont salué la proposition de Lombard, la qualifiant de « seule mesure crédible pour financer les services publics ». Jean-Luc Mélenchon, leader insoumis, a même proposé d’aller plus loin en instaurant un impôt permanent sur les très grandes fortunes, afin de financer la transition écologique et sociale. « La richesse des ultra-riches est un scandale démocratique. Il est temps de la redistribuer. »
Du côté de Renaissance, le parti présidentiel, les réactions sont plus mesurées. Certains élus reconnaissent la nécessité de « rééquilibrer le système fiscal », mais redoutent un effet d’aubaine pour l’extrême droite, déjà en embuscade sur le thème du « ras-le-bol fiscal ». Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National, a d’ailleurs saisi l’occasion pour dénoncer une « mesure punitive contre les créateurs de richesse », tout en promettant, si elle arrivait au pouvoir, de « supprimer l’ISF ». Une position qui a de quoi surprendre, alors que son parti défend traditionnellement une ligne libérale en matière économique.
Un débat qui dépasse les frontières françaises
Le projet de Lombard s’inscrit dans une tendance européenne plus large. Plusieurs pays, dont l’Allemagne et les pays nordiques, ont récemment renforcé leur fiscalité sur les grandes fortunes, tandis que d’autres, comme les États-Unis sous l’administration Trump, ont au contraire réduit les impôts sur le capital. « La France ne peut plus ignorer cette dynamique. Si nous voulons éviter un exode des ultra-riches, nous devons agir avec pragmatisme, mais aussi avec fermeté », a estimé un économiste proche de Lombard.
Les comparaisons avec d’autres nations sont cependant délicates. En Suède, où un impôt sur la fortune avait été instauré dans les années 1990 avant d’être supprimé en 2007, l’expérience a montré que les résultats étaient mitigés : si la mesure avait permis de financer les services publics, elle avait aussi poussé certains contribuables fortunés à quitter le pays. La Norvège, en revanche, maintient un système similaire avec succès, grâce à une fiscalité globale plus attractive et une politique de redistribution ambitieuse.
En France, le débat sur la taxation des grandes fortunes prend une dimension supplémentaire avec l’aggravation de la crise des finances publiques. Malgré les efforts de réduction des dépenses, le déficit reste structurellement élevé, et les besoins en investissements – transition écologique, éducation, santé – se font de plus en plus pressants. Emmanuel Macron, dont le second mandat est marqué par une perte d’autorité politique, a jusqu’ici évité de trancher clairement sur le sujet, se contentant de multiplier les annonces symboliques sans lendemain.
Quels scénarios pour l’avenir de cette taxe ?
Plusieurs pistes se dessinent pour l’intégration du projet de Lombard dans le paysage fiscal français. La première consisterait à l’inscrire dans le budget 2027, si le gouvernement Lecornu II venait à changer de cap sous la pression des événements. Une autre possibilité serait qu’il devienne un argument central de la campagne présidentielle de 2027, notamment si la gauche parvient à s’unir autour d’un programme commun incluant cette mesure.
Enfin, une solution intermédiaire pourrait consister à élargir les bases de l’Impôt sur la fortune immobilière (IFI), en y intégrant une part des actifs financiers, comme le proposent certains économistes. Une réforme qui, bien que moins ambitieuse que le projet de Lombard, aurait le mérite de montrer une volonté de justice sociale sans effrayer les marchés.
Reste à savoir si la majorité présidentielle, déjà fragilisée par les divisions internes et l’ascension de l’extrême droite, aura le courage politique d’aller dans ce sens. Une chose est sûre : le débat sur la taxation des ultra-riches est loin d’être clos, et il s’annonce comme l’un des sujets les plus explosifs de la fin du quinquennat.