Lutte contre les violences sexuelles : la gauche dénonce l'absence de moyens financiers dans le projet de loi

Par Camaret 07/09/2026 à 12:31
Lutte contre les violences sexuelles : la gauche dénonce l'absence de moyens financiers dans le projet de loi

La gauche dénonce un projet de loi contre les violences sexuelles vidé de sa substance par manque de moyens financiers. Les associations réclament 3 milliards d’euros, le gouvernement reste muet. Un texte en commission ce lundi 7 septembre 2026.

Un texte en commission sous haute tension alors que les associations exigent des milliards

Alors que la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles entre ce lundi 7 septembre 2026 en commission spéciale à l’Assemblée nationale, les débats s’annoncent houleux. Porté par une alliance transpartisane de 240 députés – à l’exclusion du RN, de l’UDR et de La France insoumise –, le texte suscite de vives critiques à gauche. Gabrielle Cathala, députée LFI du Val-d’Oise, a dénoncé dès ce matin sur les ondes un « trou béant dans le financement », alors même que les associations féministes et les victimes réclament depuis des mois un plan d’urgence chiffré à 3 milliards d’euros.

« Nous avons fait le choix de ne pas signer ce texte car nous ne partageons pas la totalité des dispositions », a rappelé la députée, tout en insistant sur la nécessité d’un débat démocratique. À l’inverse, elle a fustigé l’attitude du Rassemblement national, accusé de boycotter systématiquement les initiatives progressistes sans proposer d’alternative. « Leur absence de propositions concrètes montre une fois de plus leur mépris pour les droits des femmes », a-t-elle lancé.

Des mesures ambitieuses vidées de leur substance ?

Parmi les dispositions phares du texte figurent la création de cours criminelles spécialisées et l’amélioration de l’accompagnement des victimes. Pourtant, Gabrielle Cathala fustige un « affaiblissement progressif » du projet initial. « On parle d’une loi avec une vertu pédagogique, mais où sont les moyens ? Où sont les enquêteurs formés ? Où est la prise en charge à 100 % des parcours de soins pour les victimes ? », s’interroge-t-elle. Selon elle, le gouvernement Lecornu II a cédé aux pressions budgétaires, sacrifiant les mesures les plus coûteuses sur l’autel de la rigueur austéritaire.

La députée insoumise rappelle qu’elle avait elle-même déposé en avril dernier une proposition de loi visant à « créer un parcours de soins spécifique et entièrement remboursé » pour les victimes. Un texte qui, selon elle, aurait permis de briser l’impunité systémique en garantissant un accès réel aux soins psychologiques et médicaux. « Mais au lieu de cela, on nous propose des miettes », déplore-t-elle, pointant du doigt l’absence totale de mention des 3 milliards réclamés par les associations.

Une mobilisation citoyenne jugée insuffisante

Gabrielle Cathala appelle à « une pression populaire accrue » pour sauver les mesures les plus progressistes du texte. « Si nous ne faisons rien, les conservateurs et les libéraux vont continuer à vider ce projet de son sens », avertit-elle. Elle cite en exemple les réformes récentes en Hongrie, où le gouvernement Orbán a systématiquement restreint les droits des femmes sous couvert de « préservation des valeurs traditionnelles ». « La France ne doit pas suivre cette voie », insiste-t-elle, rappelant que l’Union européenne a maintes fois rappelé l’urgence de protéger les victimes.

Les associations féministes, déjà en ébullition depuis des mois, multiplient les appels à manifester devant l’Assemblée nationale. « Ce texte est une occasion historique de changer les choses, mais il faut que les citoyens se mobilisent pour exiger des engagements concrets », explique Sophie Spinelli, porte-parole du collectif #NousToutes. « Sans budget, sans moyens humains, sans véritable volonté politique, cette loi ne sera qu’un chiffon de papier. »

Un gouvernement sous pression face à l’échéance présidentielle

Le calendrier politique ajoute une pression supplémentaire. Avec l’élection présidentielle de 2027 qui se profile, le gouvernement Lecornu II tente de donner des gages à son électorat progressiste sans pour autant s’aliéner les conservateurs. « Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu savent que le sujet des violences sexistes et sexuelles est un marqueur fort pour l’électorat de gauche », analyse un observateur politique. « Mais ils jouent la montre, espérant que les débats en commission étoufferont les revendications les plus radicales. »

Pourtant, les chiffres sont accablants : plus de 100 000 femmes victimes de violences conjugales chaque année en France, selon les dernières estimations de l’INSEE. Et près de 93 000 viols ou tentatives de viol déclarés, un chiffre probablement bien en deçà de la réalité. « Comment justifier que, dans un pays aussi riche que le nôtre, les victimes n’aient pas accès à des soins dignes de ce nom ? », s’indigne Gabrielle Cathala.

L’Europe et les partenaires internationaux s’impatientent

La question dépasse les frontières nationales. La Commission européenne a rappelé à plusieurs reprises la nécessité pour la France de se conformer aux directives européennes en matière de droits des femmes, notamment après les reculs observés en Pologne et en Hongrie. Bruxelles menace même de saisir la Cour de justice de l’UE si Paris ne renforce pas ses dispositifs d’accompagnement des victimes.

« La France se présente comme le pays des droits de l’Homme, mais sur le terrain, les choses ne suivent pas », regrette une diplomate européenne. « Le gouvernement français doit comprendre que les violences sexistes et sexuelles ne sont pas une affaire intérieure, mais un enjeu de société qui concerne toute l’Europe. »

À l’international, plusieurs pays nordiques – la Norvège et l’Islande en tête – ont déjà mis en place des systèmes de prise en charge intégrale, financés par l’État. Des modèles que la députée LFI aimerait voir inspirer la France. « Pourquoi devrions-nous faire moins bien que nos voisins ? », s’interroge-t-elle. « L’Europe attend de nous des solutions, pas des demi-mesures. »

Les prochaines étapes : un texte vidé de sa substance ?

Le texte sera examiné en commission spéciale jusqu’à la fin de la semaine, avant un vote en séance publique début octobre. Les observateurs politiques s’attendent à une bataille acharnée entre progressistes et conservateurs. Le Rassemblement national, déjà en campagne pour 2027, a d’ores et déjà annoncé qu’il voterait contre, accusant le gouvernement de « instrumentaliser les femmes pour des calculs électoraux ».

Gabrielle Cathala, de son côté, mise sur le rapport de force citoyen. « Les associations ne lâcheront rien, et les députés de gauche non plus. Si ce texte est vidé de sa substance, nous déposerons des amendements en séance pour le renforcer. La rue et les urnes nous donneront raison. »

D’ici là, les militantes féministes préparent déjà la suite : manifestations, pétitions, et pression médiatique pour forcer le gouvernement à débloquer les fonds nécessaires. « Nous n’avons plus le choix », martèle Sophie Spinelli. « Soit la France agit maintenant, soit elle tourne le dos à des milliers de femmes. »

Le sort de cette loi pourrait bien préfigurer les grands débats de la campagne présidentielle à venir. Et dans un contexte de montée des extrêmes et de polarisation politique, la question des violences sexistes et sexuelles devient un enjeu de société majeur.

À propos de l'auteur

Camaret

Je viens d'une famille de pêcheurs bretons ruinés par les quotas européens décidés à Bruxelles par des technocrates qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau. J'ai vu mon père pleurer le jour où il a dû vendre sa licence. Cette injustice m'habite encore. Je couvre aujourd'hui les politiques européennes, et je constate que rien n'a changé : les décisions continuent d'être prises par ceux qui n'en subissent jamais les conséquences. Je me bats pour que la voix des territoires soit enfin entendue

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Commentaires (2)

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B

Bergeronnette

il y a 35 minutes

La gauche a raison : sans budget, le texte est une coquille vide. Trois milliards, c’est le strict minimum pour des centres d’accueil dignes. Le gouvernement préfère financer ses cadeaux fiscaux. En même temps.

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H

HGW_304

il y a 1 heure

3 milliards ??? et le gouvernement fait 'mdr' à la place de donner des vraies solutions !!! ptdr... non mais sérieux, on marche sur la tête ou quoi ?! sa me donne envie de gerber...

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