MacGregor attaque le RN : ses propositions énergétiques « dangereuses » pour la France

Par BlackSwan 22/04/2026 à 03:20
MacGregor attaque le RN : ses propositions énergétiques « dangereuses » pour la France

La patronne d’Engie dénonce les propositions du RN en matière d’énergie comme « dangereuses » pour la France. Un clash public qui révèle les tensions croissantes entre secteur économique et extrême droite, dans un contexte politique ultra tendu.

Une dirigeante énergétique en première ligne contre l’extrême droite

Dans un contexte politique français toujours plus polarisé, Catherine MacGregor, PDG du géant énergétique Engie, a choisi de prendre publiquement position contre les propositions du Rassemblement national (RN) en matière de politique énergétique. Intervenant lors d’un événement organisé par l’Association des journalistes économiques et financiers, elle a dénoncé mardi 21 avril 2026 les idées portées par le parti d’extrême droite, qu’elle qualifie de « mauvaises pour la France », menaçant à la fois la souveraineté énergétique, la stabilité des prix de l’électricité et les ambitions climatiques du pays.

Cette prise de parole intervient alors que le RN, parti en progression constante dans les sondages, semble de plus en plus susceptible d’influencer les décisions gouvernementales dans les mois à venir. La dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, suivie des négociations parlementaires tendues, a en effet ouvert la voie à un possible basculement des rapports de force politiques, où l’extrême droite pourrait jouer un rôle clé.

Un dîner controversé et une opposition frontale

Catherine MacGregor a confirmé avoir participé début avril à un dîner réunissant des grands patrons de l’économie française et Marine Le Pen. Si elle justifie sa présence par la défense des intérêts stratégiques d’Engie, elle assume sans ambiguïté la charge contre les orientations énergétiques défendues par le RN. «

Nous ne pouvons pas laisser ces idées, qui sont mauvaises pour la France, pour la sécurité énergétique du pays, pour les prix de l’électricité et pour la décarbonation, se cristalliser et prendre forme
», a-t-elle déclaré, soulignant que ces propositions avaient déjà émergé lors des débats post-dissolution de 2024.

Parmi les mesures les plus controversées figurent la volonté du RN de renégocier la participation de la France au marché européen de l’électricité, une remise en cause des objectifs de transition écologique fixés par l’Union européenne, ou encore la suppression du régulateur indépendant du secteur. Ces orientations, selon MacGregor, risqueraient de fragiliser le modèle énergétique français, déjà soumis à des tensions structurelles.

«

Nous autres énergéticiens, on s’était dit ‘oh my god, on a un problème’
», a-t-elle lancé, évoquant l’émoi suscité au sein du secteur par les premières esquisses des programmes du RN. Une tribune signée par Engie et d’autres acteurs majeurs en juin 2024 avait alors alerté sur les dangers de ces politiques, perçues comme un recul majeur pour la transition énergétique et la coopération européenne.

Le RN courtisé par le patronat : une stratégie risquée ?

La présence de Catherine MacGregor lors de ce dîner n’est pas un cas isolé. Le président du RN, Jordan Bardella, a lui-même été reçu lundi par le Medef, où il a évoqué des « échanges sans tabou, transparents, sur l’économie française », notamment autour des questions de fiscalité et de normes. Une réception qui interroge, alors que le RN reste un parti dont les propositions économiques et sociales divisent profondément le monde patronal.

Interrogé sur cette rencontre, Patrick Martin, président du Medef, a défendu l’initiative en ces termes : « Peut-on exclure le RN du spectre de nos contacts politiques ? Évidemment non, parce que c’est une formation qui pèse lourd au Parlement. » Une position qui reflète les divisions au sein même du patronat, certains craignant que des alliances trop visibles avec l’extrême droite ne nuisent à l’image des entreprises françaises, notamment à l’international.

Cette stratégie de rapprochement n’est pas sans susciter des critiques. Pascal Demurger, directeur général de la MAIF, s’était déjà exprimé sur le sujet il y a dix jours, qualifiant un tel rapprochement de « erreur tactique autant qu’une illusion politique ». Dans une tribune publiée dans la presse, il avait mis en garde contre les risques de banalisation d’un parti dont le programme économique et social reste perçu comme incompatible avec les valeurs de modération prônées par une partie du monde économique.

Un secteur énergétique sous tension

Les déclarations de Catherine MacGregor s’inscrivent dans un contexte où le secteur énergétique français, déjà éprouvé par les crises successives, craint une remise en cause des équilibres actuels. L’Union européenne, dont la France est un membre historique, a fixé des objectifs ambitieux en matière de décarbonation et de transition verte. Or, les propositions du RN, axées sur une remunicipalisation partielle du secteur, une limitation des imports européens ou encore un recul sur les énergies renouvelables, pourraient fragiliser ces engagements.

Les acteurs du secteur, bien que divisés sur les solutions à apporter, s’accordent sur un point : la nécessité de maintenir une cohérence entre les politiques nationales et les directives européennes. Une position qui place le gouvernement français dans une posture délicate, tiraillé entre les impératifs climatiques et les pressions politiques internes.

Alors que les élections législatives de 2027 approchent, les débats sur l’avenir énergétique de la France risquent de s’intensifier. Le gouvernement de Sébastien Lecornu, en place depuis plusieurs mois, tente de concilier rigueur budgétaire et transition écologique, mais les marges de manœuvre se réduisent à mesure que les partis d’opposition gagnent en influence.

Une gauche divisée, une droite en ordre dispersé

Face à la montée des thématiques portées par le RN, les autres forces politiques peinent à proposer une alternative crédible. La gauche, traditionnellement porteuse des enjeux écologiques, est affaiblie par des divisions internes et des stratégies électorales contradictoires. Quant à la droite traditionnelle, elle oscille entre tentations d’alliances avec l’extrême droite et tentatives de modération pour séduire un électorat modéré.

Dans ce paysage politique fragmenté, le secteur énergétique pourrait bien devenir un champ de bataille symbolique, où s’affronteront vision libérale, protectionnisme et impératifs climatiques. Les choix qui seront faits dans les mois à venir pourraient sceller le destin de la transition énergétique française pour les décennies à venir.

Face à cette incertitude, les acteurs économiques, comme Catherine MacGregor, n’hésitent plus à monter au créneau. Leur message est clair : l’avenir énergétique de la France ne peut se construire sur des bases fragiles, idéologiques et contraires aux intérêts stratégiques du pays.

Un secteur face à ses responsabilités

Alors que le RN continue de gagner en influence, le monde économique se trouve confronté à un dilemme : comment concilier pragmatisme et éthique dans un contexte où les lignes politiques bougent ? Les entreprises, longtemps perçues comme des acteurs neutres, sont désormais sommées de prendre position dans un débat qui dépasse largement le cadre économique.

La prise de parole de Catherine MacGregor marque peut-être un tournant. En refusant de laisser les idées du RN s’imposer sans débat, elle rappelle que la transition énergétique n’est pas seulement une question de marché, mais aussi de souveraineté et de responsabilité collective. Un rappel d’autant plus nécessaire que les défis climatiques, eux, ne connaissent pas de trêve politique.

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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Commentaires (8)

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EdgeWalker3

il y a 2 jours

Comme d'hab. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : promesses électorales bidon + mépris des réalités économiques. Résultat : dans 5 ans, on reparlera de cette même merde avec un autre parti au pouvoir. Pfff...

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Max95

il y a 2 jours

@ghi Tu as raison sur la stratégie, mais sur le fond : le nucléaire c'est cher et long à construire ! Et puis avec les écolos qui bloquent tout... Bref, même le RN a un peu raison sur la nécessité de diversifier. Après, leurs solutions sont bidons, mais le constat est juste.

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Elizondo

il y a 2 jours

Regardez ce qui s'est passé en Allemagne : sortie du nucléaire + gaz russe = black-outs et factures à 500€/mois. Le RN veut exactement la même recette... Sauf que cette fois, on n'aura même pas le gaz à prix cassé. Belle prospective.

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G

ghi

il y a 2 jours

Rien de nouveau sous le soleil : en 2014, le RN proposait déjà de sortir du nucléaire. Stratégie de communication classique - on promet l'impossible pour mobiliser la base, puis on ajuste après. La nouveauté ? Une patronne d'Engie qui ose le dire en public. Ironique, non ?

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corte

il y a 2 jours

@ophelie exactement !!! Ils parlent de souveraineté énergétique mais en meme tps ils veulent fermer tout ! Comment tu fais avec tes usines sa va être la galère ptdr...

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WordSmith

il y a 2 jours

mdr les mecs du RN ils ont même pas compris que l'éolien c'est cher et intermittent... Mais bon après ils ont dit la même chose sur l'euro alors bon...

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Spirale

il y a 2 jours

Cette polémique révèle surtout l'incompatibilité fondamentale entre une stratégie énergétique basée sur des faits scientifiques et un programme politique qui mélange idéologie et méconnaissance des enjeux. Le RN propose de sortir du nucléaire en 2030 tout en développant massivement le gaz, alors que l'AIE chiffre à 30% la part du gaz dans nos émissions. Qui va payer la facture ?

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Ophélie

il y a 2 jours

Mais sérieux ??? Ils veulent vraiment nous faire retourner aux lampes à huile ou koi ??? La France est un pays du nucléaire et du gaz, on peut pas revenir en arrière comme ça noooon !!!

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