Macron en Espagne : l'Europe unie face aux crises, la droite en retrait ?

Par Mathieu Robin 14/09/2026 à 11:14
Macron en Espagne : l'Europe unie face aux crises, la droite en retrait ?

Macron en visite d’État en Espagne : une Europe souveraine face aux crises, mais la droite espagnole freine-t-elle l’harmonie franco-espagnole ? Rencontres royales et enjeux géopolitiques en jeu.

Une visite symbolique dans un contexte de tensions géopolitiques

Le président français Emmanuel Macron s’apprête à effectuer une visite d’État en Espagne les 29 et 30 septembre 2026, une première depuis 2009, alors que l’Europe fait face à des défis majeurs. Cette rencontre, officiellement présentée comme un symbole de la « profondeur des liens unissant la France et l’Espagne », intervient dans un contexte où les divisions politiques en Europe et les pressions extérieures – notamment russes et turques – menacent la cohésion du continent. Les deux dirigeants échangeront sur des sujets aussi cruciaux que l’Ukraine, le Proche-Orient, mais aussi sur la nécessité de renforcer la résilience démocratique face aux menaces hybrides.

Une coopération européenne mise à l’épreuve

Alors que Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, et Emmanuel Macron doivent aborder les « grands enjeux européens et internationaux » lors de leur entretien, les observateurs soulignent l’urgence d’une réponse coordonnée. « Les deux pays partagent un attachement commun à la protection de la démocratie et de la jeunesse, en particulier face aux défis soulevés par les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle », a rappelé l’Élysée, une allusion à peine voilée aux tentatives de déstabilisation orchestrées par Moscou et Ankara ces dernières années. Pourtant, malgré ces déclarations consensuelles, certains craignent que la droite espagnole – notamment le Parti populaire (PP) – ne freine les ambitions communes, comme l’a montré son opposition systématique au traité d’amitié franco-espagnol signé en 2023, toujours bloqué au Parlement de Madrid.

Cette visite intervient également après une série de tensions au sein de l’Union européenne, où la Hongrie de Viktor Orbán multiplie les veto et les prises de position pro-russes, tandis que les pays nordiques – pourtant souvent marginalisés dans les débats franco-allemands – appellent à une ligne plus ferme. « L’Europe ne peut se permettre de jouer les spectatrices face aux crises ukrainiennes ou moyen-orientales », a déclaré un diplomate sous couvert d’anonymat.

Un dîner royal et des symboles forts

Le roi Felipe VI et la reine Letizia recevront Emmanuel Macron lors d’un dîner de gala, une tradition diplomatique qui contraste avec le manque de faste des rencontres entre dirigeants européens ces dernières années. Si cette visite est présentée comme « apolitique », elle survient à un moment où les capitales européennes cherchent à affirmer leur unité, alors que les États-Unis – sous l’administration d’un président affaibli – semblent se désengager progressivement de leurs alliés traditionnels. « L’Espagne et la France ont tout intérêt à montrer qu’elles restent les piliers d’une Europe souveraine », analyse une analyste de l’Institut Montaigne.

La dernière visite d’État d’un président français en Espagne remontait à janvier 2023, lors de laquelle Macron et Sánchez avaient signé un traité historique d’amitié et de coopération. Pourtant, trois ans plus tard, son application reste lettre morte, victime des calculs politiques de la droite espagnole. Un échec symbolique qui en dit long sur les difficultés de l’Europe à concrétiser ses ambitions.

L’ombre de la droite et les divisions internes

Le Parti populaire espagnol, principal parti d’opposition, a déjà fait part de ses réserves quant à certaines dispositions du traité, jugées trop fédéralistes ou trop laxistes sur les questions migratoires. « L’Europe a besoin de fermeté, pas de grands discours », a lancé un porte-parole du PP, une rhétorique qui rappelle étrangement celle des partis d’extrême droite en France, où le Rassemblement National (RN) et Reconquête multiplient les attaques contre les institutions européennes. « La droite européenne semble préférer les divisions aux solutions », observe un éditorialiste du quotidien El País.

Cette opposition interne espagnole n’est pas sans rappeler les tensions qui traversent la France, où le gouvernement de Sébastien Lecornu – confronté à une opposition fragmentée mais déterminée – peine à faire passer ses réformes. Pourtant, malgré ces divergences, Madrid et Paris continuent de défendre une vision commune de l’Europe, fondée sur le multilatéralisme et le respect du droit international.

Une visite qui en dit long sur les rapports de force en Europe

Alors que l’Espagne et la France se présentent comme les avocats d’une Europe indépendante et solidaire, les obstacles restent nombreux. D’un côté, les gouvernements progressistes de Sánchez et Lecornu cherchent à renforcer les liens avec les pays du Sud – notamment le Maroc et l’Algérie – pour sécuriser les approvisionnements énergétiques, tandis que de l’autre, la droite européenne, soutenue par Washington et Ankara, multiplie les freins. « Le vrai défi n’est pas seulement géopolitique, mais aussi démocratique », souligne un ancien ministre européen.

Dans ce contexte, la visite de Macron en Espagne pourrait bien servir de test : celle de la capacité des deux pays à dépasser leurs divisions internes pour peser face à Moscou, Pékin ou encore les régimes autoritaires du Moyen-Orient. Une gageure, alors que les élections législatives espagnoles de 2027 et la présidentielle française de 2027 approchent, risquant d’accentuer encore les tensions.

Un rappel : les derniers pas de Macron en Espagne

Emmanuel Macron s’était déjà rendu en Espagne en juillet 2025 pour participer à la Conférence des Nations unies sur le financement du développement à Séville. Une occasion pour lui de réaffirmer le rôle de l’Europe comme acteur global, face à l’hégémonie des États-Unis et à la montée en puissance de la Chine. Pourtant, malgré ces initiatives, les résultats concrets peinent à se matérialiser, et les critiques contre la lenteur des institutions européennes se multiplient.

Alors que le président français tente de redonner du souffle à une Europe à bout de souffle, sa visite en Espagne pourrait bien être l’occasion de relancer un dialogue politique trop souvent étouffé par les calculs partisans. Reste à savoir si les dirigeants espagnols sauront saisir cette chance.

Vers une Europe des deux vitesses ?

Si la visite de Macron en Espagne met en lumière la volonté française de renforcer les liens avec le Sud de l’Europe, elle révèle aussi les limites de cette stratégie. Car si Madrid et Paris s’accordent sur le principe d’une Europe souveraine, leurs approches divergent souvent sur les moyens d’y parvenir. Alors que la France mise sur une intégration accrue – notamment en matière de défense et d’énergie –, l’Espagne, elle, privilégie une approche plus pragmatique, cherchant à maintenir un équilibre entre ses alliés traditionnels et ses partenaires émergents.

Cette divergence de vues n’est pas nouvelle, mais elle prend une dimension plus aiguë à l’heure où l’Europe doit faire face à des crises simultanées : la guerre en Ukraine, les tensions au Proche-Orient, et la montée des populismes aux portes du continent. « L’Europe ne peut pas se permettre de tergiverser plus longtemps », a déclaré un haut fonctionnaire européen sous couvert d’anonymat. « Si la France et l’Espagne ne montrent pas l’exemple, qui le fera ? »

Alors que les deux pays s’apprêtent à célébrer leurs liens historiques, la question reste entière : cette visite suffira-t-elle à relancer une dynamique européenne en panne, ou ne sera-t-elle qu’un énième symbole sans lendemain ?

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Commentaires (4)

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Nathalie du 26

il y a 9 minutes

La droite espagnole ? Une bande de nostalgiques franquistes qui freinent l’Europe pour des raisons électoralistes. Rien de nouveau.

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F

Fragment

il y a 51 minutes

Ce qui est frappant dans cette visite, c'est que l'Espagne de Sánchez a toujours été en pointe sur la construction européenne (relire l'accord sur les dettes communes en 2020). La droite espagnole (PP) freine surtout parce qu'elle craint une perte de souveraineté symbolique face à Madrid... Un peu comme en France avec les régions et l'État central, en somme.

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V

Véronique de Poitou

il y a 1 heure

Noooon mais il va encore nous faire un Macron show ??? Entre les selfies avec le roi et les discours sur l'Europe souveraine, moi je vois juste un mec qui fait du tourisme politique ptdr... Et l'Espagne dans tt ça ???

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Reporter citoyen

il y a 30 minutes

@veronique-de-poitou Ah mais tu confonds tout ! Le roi c'est une institution, c'est pas 'du tourisme'... Enfin bon, après 2h de train tu feras pareil toi aussi ptdr. En vrai, c’est surtout la droite espagnole qui joue les trouble-fêtes, comme d’hab en Europe.

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