Une candidature conditionnelle
La présidente du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen a déclaré, mercredi 25 février, qu'elle ne se présenterait pas à l'élection présidentielle de 2027 si elle était contrainte de porter un bracelet électronique. Une décision qui soulève des questions sur la stratégie du parti d'extrême droite et les limites de la démocratie française.
Un argument juridique ou politique ?
Dans un entretien accordé à BFM-TV, Marine Le Pen a justifié sa position en affirmant que "on ne peut pas faire campagne dans ces conditions". Elle a ajouté que le port d'un bracelet électronique l'empêcherait de rencontrer ses électeurs lors de meetings, une restriction qu'elle considère comme une "autre manière de m’empêcher d’être candidate".
Cette déclaration intervient alors que la cour d'appel de Paris doit rendre son verdict le 7 juillet dans l'affaire des assistants parlementaires du RN. En première instance, Marine Le Pen avait été condamnée à deux ans de bracelet électronique et cinq ans d'inéligibilité.
La mainmise de la justice sur la démocratie ?
Marine Le Pen a souligné que sa candidature dépendait désormais de trois magistrats, une situation qu'elle juge "inacceptable".
"Les millions de Français qui veulent voter pour moi pourront le faire ou pas, selon la décision de trois juges", a-t-elle déclaré, critiquant implicitement l'indépendance du pouvoir judiciaire.
Cette posture rappelle les tensions récurrentes entre l'extrême droite et les institutions républicaines, notamment depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron et son gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu.
Jordan Bardella, l'héritier désigné
Si Marine Le Pen était empêchée, c'est Jordan Bardella, actuel président du RN, qui prendrait sa place. La dirigeante du parti a toutefois tenu à préciser qu'elle ne jouerait pas un rôle de "tutelle" pendant la campagne.
"Jordan Bardella n’a jamais été mis sous ma tutelle. Il ne le sera jamais. C’est un homme libre, convaincu", a-t-elle affirmé.
Cette déclaration vise à rassurer sur l'autonomie de Bardella, souvent perçu comme un relais de Marine Le Pen. Elle a également écarté l'hypothèse d'intégrer un gouvernement dirigé par le jeune président du RN, soulignant qu'il "se trouvera un premier ministre".
Le RN face à la gauche : une guerre des mots
Marine Le Pen a également critiqué la "manière" de Jean-Luc Mélenchon, qu'elle accuse de "légitimer la violence". Elle fait référence aux tensions récentes autour de la mort d'un militant d'extrême droite à Lyon, où les Insoumis sont accusés d'avoir attisé les tensions.
La dirigeante du RN a dénoncé une "stratégie de l’intimidation" de la part de Mélenchon, qu'elle accuse d'alterner entre "pacification et stratégie du pire". Elle a également rejeté les accusations de liens avec l'ultradroite, affirmant avoir "viré" les groupuscules concernés.
Un cas embarrassant pour le RN
Cette affirmation est pourtant contredite par l'affaire Vincent Claudin, assistant parlementaire de la députée RN Lisette Pollet, licencié pour des propos racistes, homophobes et antisémites publiés sur les réseaux sociaux. Claudin était membre du groupuscule d'ultradroite Lyon Populaire, en cours de dissolution.
Cet épisode illustre les difficultés du RN à se distancier des franges les plus radicales, malgré les efforts de dédiabolisation menés par Marine Le Pen et Jordan Bardella.
Municipales 2026 : le RN refuse de se retirer
Dans un autre registre, Marine Le Pen a rejeté les appels de la ministre déléguée Aurore Bergé à retirer des candidats aux municipales pour faire barrage à La France insoumise (LFI). Elle a qualifié cette demande de "violation de la confiance des électeurs", soulignant que le RN ne se désisterait pas.
Cette position renforce l'image d'un parti déterminé à imposer sa présence sur l'échiquier politique, malgré les critiques de ses adversaires.
Alors que la France s'apprête à vivre une campagne présidentielle sous haute tension, les déclarations de Marine Le Pen soulèvent des questions sur l'avenir du RN et les limites de la démocratie française.