Une ville au bord du basculement
À quelques jours du premier tour des élections municipales, Marseille se prépare à un scrutin historique. Le Rassemblement national, porté par des sondages favorables, rêve d'une victoire qui ferait de la deuxième ville de France un symbole de son ascension politique. Face à lui, une gauche divisée et un maire sortant, Benoît Payan, qui refuse toute alliance avec La France insoumise, malgré les risques.
Le RN en position de force
Franck Allisio, candidat du RN, arpente les marchés marseillais avec une assurance nouvelle. Dans le 8e arrondissement, ancien bastion de la droite, son discours sur la sécurité et la propreté séduit une partie de l'électorat. « Les autres ne m'intéressent pas », lance Suzanne, une retraitée de 80 ans, tandis qu'André, 76 ans, affirme : « Je ne crois plus en personne d'autre. »
Le parti d'extrême droite mise sur une alliance tacite avec les électeurs de droite, notamment ceux de Martine Vassal (LR), qui refuse toute fusion. « Nous sommes le vote utile pour battre la gauche », martèle Allisio, évitant soigneusement les thèmes clivants comme l'immigration dans cette ville marquée par sa diversité.
La droite en difficulté
Martine Vassal, candidate LR soutenue par Renaissance et le MoDem, tente de se démarquer en critiquant le bilan fiscal d'Allisio. « Il a voté 34 milliards d'augmentations d'impôts », rappelle-t-elle, tout en dénonçant le « pass antiracailles » du RN comme une mesure « irréalisable ». Pourtant, dans les quartiers aisés comme Saint-Barnabé, l'hésitation persiste. « Je ne sais pas encore pour qui voter », confie Pierrette, tandis que Robert envisage un vote RN au second tour si la droite est distancée.
Une gauche en crise
Benoît Payan, maire sortant divers gauche, défend son bilan, notamment les investissements dans les écoles, mais sa gestion verticale a déçu une partie de ses alliés. Le Parti radical de gauche (PRG) a quitté sa coalition, dénonçant des proximités avec La France insoumise. « Ce n'est plus le printemps, c'est la Sibérie », ironise Christine Juste, ancienne adjointe évincée.
La division est telle que même les militants de gauche s'inquiètent. « Le RN, c'est un risque mortel », alerte Renaud, membre de l'association Front commun, qui tente en vain de fédérer les listes. Pourtant, le PS a refusé toute alliance avec LFI, invoquant des tensions récentes.
Un scrutin sous tension
Dans les rues de Marseille, l'abstentionnisme et le rejet de la politique se font sentir. « Tous les candidats ont des histoires judiciaires », lance Sébastien, tandis qu'Ida, 60 ans, a déchiré sa carte d'électeur. Face à cette désaffection, le RN capitalise sur la colère et la peur, dans un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient et les crises locales.
Si les sondages se confirment, Marseille pourrait basculer à l'extrême droite, offrant au RN une victoire symbolique à quelques mois de la présidentielle. Une perspective qui inquiète jusqu'aux rangs de la gauche, où certains appellent à un sursaut d'unité.