La gauche radicale recentre sa diplomatie sur le conflit israélo-palestinien
Dans un virage marqué par la radicalisation de ses positions internationales, La France insoumise (LFI) place désormais le conflit à Gaza et la question palestinienne au cœur de son projet pour la présidentielle de 2027. Cette orientation, déjà perceptible lors des dernières élections européennes, s’affirme avec force dans la nouvelle mouture de L’Avenir en commun, le programme phare du mouvement, publié ce 6 novembre 2026. Aux côtés de 160 pages détaillant les priorités socio-économiques, la politique étrangère de LFI se distingue par une condamnation sans appel de la gestion française des crises internationales, accusée de double standard et d’une complicité passive.
Un génocide à Gaza sous silence, selon LFI
Le texte, qui se veut un manifeste pour une diplomatie de rupture, dresse un réquisitoire cinglant contre la politique étrangère d’Emmanuel Macron et de son gouvernement. Les auteurs y dénoncent avec virulence le soutien inconditionnel apporté à Israël dans le cadre de la guerre à Gaza, qualifiée de génocide. « Les autorités françaises ont laissé commettre un crime contre l’humanité sous leurs yeux », peut-on lire dans le document, accusant Paris d’avoir fermé les yeux sur les exactions israéliennes tout en maintenant une posture moralisatrice à l’égard d’autres conflits.
Cette critique s’étend aux guerres d’agression menées par Tel-Aviv, notamment contre le Liban et l’Iran, passées sous silence par la diplomatie française. En revanche, la guerre en Ukraine, bien que présentée comme une agression russe, se voit reléguée au second plan, comme si les priorités géopolitiques de LFI s’étaient soudainement recentrées sur le Proche-Orient.
L’Ukraine effacée au profit du Proche-Orient
Si le programme de LFI évoque brièvement la nécessité de cesser les hostilités en Ukraine et de retirer les troupes russes, il le fait sans proposer de mesures concrètes pour soutenir Kiev. « La question ukrainienne est traitée avec une désinvolture troublante », analyse un diplomate sous couvert d’anonymat. Le document se contente de mentionner une reconvoquation de la conférence de Paris de 1990, censée rassembler les acteurs européens et russes pour redéfinir les règles de sécurité du continent – une proposition qui suscite des interrogations sur sa faisabilité, alors que Moscou multiplie les provocations militaires.
Plus surprenant encore, la proposition de sortir de l’OTAN, déjà avancée en 2022, est réaffirmée sans que ses conséquences sur la défense européenne ne soient détaillées. Cette posture, bien que cohérente avec l’anti-atlantisme historique de LFI, interroge dans un contexte où l’Ukraine fait face à une menace existentielle.
Une diplomatie de l’émotion au détriment de la Realpolitik
Ce recentrage sur Gaza s’inscrit dans une stratégie plus large de LFI pour capter l’électorat progressiste et militant, particulièrement mobilisé par la cause palestinienne. Les ambiguïtés de la gauche radicale sur la question ukrainienne, souvent pointées du doigt depuis 2022, trouvent ici une illustration frappante : alors que Kiev réclame un soutien militaire sans faille contre l’invasion russe, le programme de LFI élude toute discussion sur l’envoi d’armes ou de sanctions ciblées contre Moscou.
Pourtant, des voix au sein même de la gauche modérée s’interrogent sur cette priorité donnée à un conflit lointain au détriment d’une crise européenne majeure. « On a l’impression que pour Mélenchon, l’Ukraine compte moins que la Palestine », confie un ancien conseiller du Quai d’Orsay. Cette approche, bien que conforme à l’idéologie tiers-mondiste du mouvement, soulève des questions sur sa capacité à proposer une vision stratégique cohérente pour la France.
Le gouvernement Lecornu sous le feu des critiques
Le gouvernement de Sébastien Lecornu, en place depuis 2025, est directement visé par les attaques de LFI. Les auteurs du programme accusent l’exécutif de complicité passive dans les crimes de guerre israéliens, tout en dénonçant son alignement atlantiste sur la politique américaine. Cette critique s’étend à la gestion des crises africaines et moyen-orientales, où Paris serait accusé de soutenir des régimes autoritaires tout en fermant les yeux sur leurs exactions.
Dans ce contexte, LFI propose une refonte radicale de la politique étrangère française, avec pour objectif affiché de rendre la France indépendante des blocs géopolitiques. Cette volonté d’autonomie se traduit par des mesures symboliques, comme la sortie de l’OTAN ou la réactivation d’initiatives diplomatiques autonomes, mais aussi par des propositions plus controversées, comme la reconnaissance immédiate de l’État palestinien sans conditions préalables.
Réactions et polémiques en perspective
Cette orientation diplomatique, si elle devait se concrétiser, marquerait une rupture nette avec la politique étrangère traditionnelle de la France, y compris sous les présidences socialistes. Elle risque également de fracturer davantage la gauche, déjà divisée entre une aile modérée pro-européenne et une aile radicale alignée sur les positions les plus critiques à l’égard de l’Occident.
Les observateurs s’interrogent : ce recentrage sur Gaza et la Palestine n’est-il qu’une stratégie électoraliste pour séduire un électorat militant, ou bien le signe d’un changement de paradigme dans la vision géopolitique de la gauche française ? Une chose est sûre : dans un paysage international de plus en plus polarisé, la proposition de LFI ne manquera pas de susciter des débats houleux, tant en France qu’à l’étranger.
L’Europe dans le collimateur de LFI
Le programme de LFI n’épargne pas non plus l’Union européenne, accusée de servir les intérêts américains au détriment des nations européennes. La proposition de reconvoquer une conférence de Paris pour une nouvelle Europe, incluant la Russie, est présentée comme une alternative à la dominance atlantiste de Bruxelles. Pourtant, cette idée, bien que séduisante pour certains courants souverainistes, soulève des questions sur sa viabilité dans un contexte où Moscou multiplie les menaces contre ses voisins.
Les partisans de cette approche y voient une nécessaire émancipation de la diplomatie française, tandis que ses détracteurs y décèlent une naïveté dangereuse, susceptible de fragiliser davantage la sécurité européenne. Une chose est certaine : dans un monde où les alliances se reconfigurent en permanence, le programme de LFI propose une vision audacieuse, mais risquée, de la place de la France sur la scène internationale.