Mémoire coloniale : Paris face à son passé, entre omissions et résistances

Par Decrescendo 18/01/2026 à 07:25
Mémoire coloniale : Paris face à son passé, entre omissions et résistances

Paris confronté à son passé colonial : entre omissions et résistances, le débat sur les symboles coloniaux dans l’espace public s’intensifie.

Un combat pour la mémoire coloniale dans les rues de Paris

Dans les artères de la capitale, une question dérangeante émerge : comment concilier l’héritage colonial français avec les valeurs républicaines actuelles ? Ruben Pereira, jeune militant, arpente les trottoirs parisiens avec une pancarte affichant un QR code vers une pétition exigeant le débaptême de l’avenue Léopold-II, dans le 16e arrondissement. Ce nom, honneur posthume à un monarque belge responsable de millions de morts au Congo, cristallise un débat plus large sur la présence persistante des symboles coloniaux dans l’espace public.

Un héritage violent occulté

Le roi Léopold II, souverain du Congo de 1885 à 1908, est associé à des exactions systémiques : mains coupées pour les travailleurs récalcitrants, violences sexuelles, exploitation brutale. Ruben Pereira, 22 ans, a découvert cette histoire en mai 2025 à travers un documentaire. « Ces atrocités m’ont profondément heurté », confie-t-il, évoquant un combat déjà mené en 2010 par l’écrivain Marc Wiltz, sans succès. Aujourd’hui, il espère convaincre les candidats à la mairie de Paris d’aborder la question de la mémoire coloniale « au coin de la rue ».

Un enjeu politique et mémoriel

Le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d’Emmanuel Macron, reste discret sur ces sujets sensibles. Pourtant, la présence de statues et de noms de rues glorifiant des figures coloniales interroge. « Comment peut-on honorer des personnages liés à des crimes contre l’humanité ? » s’interroge un collectif d’historiens. La gauche, notamment Jean-Luc Mélenchon, soutient ces initiatives, tandis que la droite et l’extrême droite y voient une « réécriture de l’histoire ».

Des villes en première ligne

Certaines municipalités, comme Marseille ou Bordeaux, ont déjà engagé des démarches pour débaptiser des rues ou retirer des statues controversées. À Paris, des associations réclament une commission indépendante pour évaluer ces symboles. « Il ne s’agit pas d’effacer l’histoire, mais de la contextualiser », plaide une porte-parole du collectif Mémoire coloniale.

Un débat qui dépasse les frontières

Cette question n’est pas isolée. En Belgique, des statues de Léopold II ont été retirées, tandis qu’en France, le débat s’inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale. Les DOM-TOM, où les séquelles coloniales sont encore vives, observent avec attention ces initiatives. « La France doit assumer son passé pour construire un avenir apaisé », estime un élu martiniquais.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (4)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

T

ThirdEye

il y a 1 mois

Franchement, je comprends ceux qui veulent déboulonner les statues. Mais est-ce que ça change vraiment quelque chose ? On ne va pas effacer l'histoire, juste la rendre moins visible. Et après ? On fait quoi ? On change les manuels scolaires aussi ?

0
M

Max95

il y a 1 mois

@thirdeye T’as raison sur le principe, mais c’est pas juste une question de statues. C’est un symbole. Si on laisse tout comme ça, on valide l’idée que le colonialisme c’était normal. Et ça, c’est grave. Bref, faut assumer l’histoire, pas la cacher.

0
Q

QuantumLeap61

il y a 1 mois

Ah, la mémoire coloniale... On va encore nous sortir le couplet sur 'l'œuvre civilisatrice' en oubliant gentiment les crimes. Mais bon, tant qu'on peut continuer à débattre sans rien changer, tout va bien. La France, championne des beaux discours et des actions en pointillés. Mdr.

3
A

Achille

il y a 1 mois

@quantumleap61 Exactement. La France a le syndrome de l'autruche : elle enfouit sa tête dans le sable en espérant que le passé disparaisse. Mais les statues et les noms de rues, ça reste. Et ça fait mal.

0
Publicité