Un combat pour la mémoire coloniale dans les rues de Paris
Dans les artères de la capitale, une question dérangeante émerge : comment concilier l’héritage colonial français avec les valeurs républicaines actuelles ? Ruben Pereira, jeune militant, arpente les trottoirs parisiens avec une pancarte affichant un QR code vers une pétition exigeant le débaptême de l’avenue Léopold-II, dans le 16e arrondissement. Ce nom, honneur posthume à un monarque belge responsable de millions de morts au Congo, cristallise un débat plus large sur la présence persistante des symboles coloniaux dans l’espace public.
Un héritage violent occulté
Le roi Léopold II, souverain du Congo de 1885 à 1908, est associé à des exactions systémiques : mains coupées pour les travailleurs récalcitrants, violences sexuelles, exploitation brutale. Ruben Pereira, 22 ans, a découvert cette histoire en mai 2025 à travers un documentaire. « Ces atrocités m’ont profondément heurté », confie-t-il, évoquant un combat déjà mené en 2010 par l’écrivain Marc Wiltz, sans succès. Aujourd’hui, il espère convaincre les candidats à la mairie de Paris d’aborder la question de la mémoire coloniale « au coin de la rue ».
Un enjeu politique et mémoriel
Le gouvernement Lecornu II, sous la présidence d’Emmanuel Macron, reste discret sur ces sujets sensibles. Pourtant, la présence de statues et de noms de rues glorifiant des figures coloniales interroge. « Comment peut-on honorer des personnages liés à des crimes contre l’humanité ? » s’interroge un collectif d’historiens. La gauche, notamment Jean-Luc Mélenchon, soutient ces initiatives, tandis que la droite et l’extrême droite y voient une « réécriture de l’histoire ».
Des villes en première ligne
Certaines municipalités, comme Marseille ou Bordeaux, ont déjà engagé des démarches pour débaptiser des rues ou retirer des statues controversées. À Paris, des associations réclament une commission indépendante pour évaluer ces symboles. « Il ne s’agit pas d’effacer l’histoire, mais de la contextualiser », plaide une porte-parole du collectif Mémoire coloniale.
Un débat qui dépasse les frontières
Cette question n’est pas isolée. En Belgique, des statues de Léopold II ont été retirées, tandis qu’en France, le débat s’inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale. Les DOM-TOM, où les séquelles coloniales sont encore vives, observent avec attention ces initiatives. « La France doit assumer son passé pour construire un avenir apaisé », estime un élu martiniquais.