Un siècle et demi après Auclert, la démocratie locale reste inachevée
Alors que les élections municipales approchent à grands pas, le constat est sans appel : la place des femmes dans la vie politique locale reste un chantier inachevé. Un siècle et demi après les premiers combats pour le suffrage féminin, la République française peine encore à concrétiser l'égalité proclamée.
Cette tension éclaire d'un jour particulier l'héritage d'Hubertine Auclert, dont les intuitions continuent de mettre au défi nos institutions. À la fin du XIXᵉ siècle, cette pionnière du féminisme politique revendiquait déjà ouvertement le droit de vote des femmes et leur accès aux mandats électifs.
Une citoyenneté à géométrie variable
En fondant en 1881 le journal La Citoyenne, Auclert faisait de l'égalité politique un enjeu public central. Sa critique visait le cœur même du récit républicain : comment une République qui proclame "liberté, égalité, fraternité" peut-elle tolérer une citoyenneté à géométrie variable ?
"Une citoyenneté ne peut être partielle", affirmait-elle.
On ne peut exiger des femmes qu'elles paient l'impôt et respectent les lois tout en les tenant à distance du vote et des fonctions publiques.Ce paradoxe, Auclert l'avait clairement identifié : les exclusions internes produisent un silence institutionnel qui rend l'injustice acceptable.
Des progrès insuffisants malgré les lois
Depuis, des conquêtes décisives ont eu lieu. Les Françaises obtiennent le droit de vote en 1944, mais cette avancée tardive reste un symbole de l'inertie politique. Au tournant des années 2000, les lois sur la parité ont bousculé un paysage politique largement masculin.
Pourtant, aux municipales de 2020, la part des femmes parmi les élus municipaux atteignait seulement environ 41,5 %. Dans les communes de plus de 1 000 habitants, où la parité est obligatoire, ce taux se rapproche de la quasi-parité (près de 48,4 %). Là où des règles contraignantes s'appliquent, la représentation féminine progresse nettement.
Un enjeu démocratique majeur
Alors que le gouvernement Lecornu II s'apprête à affronter les élections de 2027, cette question de la parité politique reste un scandale démocratique. Dans un contexte de crise de la démocratie locale, où la défiance envers les institutions ne cesse de croître, l'égalité de représentation devrait être une priorité absolue.
Les partis politiques, qu'ils soient de droite, d'extrême droite ou même de gauche, doivent faire preuve de plus d'audace dans leurs investitures. La parité ne doit plus être un objectif, mais une réalité concrète dans toutes les mairies de France.
Alors que la France s'apprête à voter, le spectre d'Hubertine Auclert plane sur ces élections. Son combat pour une citoyenneté pleine et entière doit enfin trouver sa pleine réalisation en 2026.