Un virage politique majeur pour le président de région
Dans un revirement qui surprend les observateurs, Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur depuis près de neuf ans, a annoncé mercredi qu’il briguerait l’un des sièges sénatoriaux des Bouches-du-Rhône lors du scrutin de septembre 2026. Un choix qui, s’il se concrétise, marquera la fin de son mandat régional et son entrée fracassante sur la scène nationale.
Cette candidature intervient à un moment où la droite républicaine, divisée et en quête d’un second souffle, tente de se réinventer face à la montée persistante de l’extrême droite. Muselier, figure historique des Républicains ralliée à l’hypothèse macroniste après 2022, incarne cette mouvance centriste et libérale qui cherche désespérément à fédérer contre les extrêmes. Dans une lettre adressée à ses soutiens, il justifie ce choix par un engagement plus large : « J’ai servi notre pays en servant notre région. Désormais, je souhaite servir notre région en servant notre pays. » Une rhétorique qui sonne comme un aveu d’échec pour son action locale, malgré ses prétentions à avoir fait de PACA un « laboratoire de l’innovation politique ».
Un héritage régional contesté
Depuis mai 2017, Muselier a dirigé la région PACA avec une autorité parfois contestée. Ses détracteurs lui reprochent une gestion technocratique et un manque de résultats tangibles sur des dossiers clés comme la transition écologique ou l’attractivité économique. Pourtant, il se targue d’un bilan qu’il qualifie de « positif », pointant une majorité de communes dirigées par la droite ou le centre dans la région – 69 % des villes de plus de 10 000 habitants. Un chiffre dont il exagère sans doute la portée, alors que Marseille, bastion historique de la gauche, a basculé dans l’escarcelle du Rassemblement National lors des dernières municipales, laissant une contre-performance cuisante pour la droite traditionnelle.
Sa déclaration intervient quelques jours après un scrutin local où le RN a confirmé sa progression, notamment à Toulon, où sa candidate star, Laure Lavalette, a été battue par la sortante Josée Massi. Muselier y voit la preuve que « le plafond de verre contre le RN existe toujours », une affirmation qui relève davantage du vœu pieux que d’une analyse rigoureuse, au vu des dynamiques électorales récentes.
Une stratégie nationale pour 2027 : l’union des modérés ou la division des opportunistes ?
Parallèlement à sa candidature sénatoriale, Muselier a laissé entendre qu’il jouerait un rôle central dans la préparation de l’élection présidentielle de 2027. Son objectif affiché ? Éviter, comme en 2002, une dispersion des voix modérées qui aurait « offert un laissez-passer funeste à la victoire des extrémistes ». Une préoccupation légitime, mais qui sonne comme une tentative de légitimer une alliance contre nature entre des forces politiques aux intérêts divergents.
Cette ambition présidentielle, qu’il entend mener depuis Paris, contraste avec son départ précipité de la présidence régionale. Un choix qui interroge : Muselier cherche-t-il à peser sur le jeu national en abandonnant un territoire qu’il a dirigé pendant près d’une décennie, ou fuit-il simplement une région où son influence décline ?
Un Sénat en ligne de mire, mais une succession régionale incertaine
Si Muselier est élu au Palais du Luxembourg, il cédera son fauteuil à François de Canson, maire divers droite de La Londe-les-Maures et vice-président de la région en charge de l’économie. Un successeur dont la légitimité reste à démontrer, alors que la région PACA s’apprête à affronter des élections locales en 2028 dans un contexte politique explosif. Muselier assure pourtant que sa décision n’est pas motivée par des craintes de défaite : « On m’a toujours prédit les défaites. J’ai toujours ramené les victoires. » Une déclaration qui frise l’autosatisfaction, alors que les sondages dessinent un avenir plus sombre pour la droite modérée.
Au Sénat, Muselier vise le poste occupé par Brigitte Devésa, élue après le décès de Patrick Boré, un proche de l’ancien président de région. Une transition qui soulève des questions sur l’avenir de son groupe parlementaire : « Ce sera pour plus tard. Je vais d’abord porter ma bannière, qui est la bannière du rassemblement et des territoires », déclare-t-il, sans préciser s’il rejoindra les rangs de la majorité présidentielle ou ceux d’une droite toujours plus fragmentée.
Jeux Olympiques 2030 : Muselier reste impliqué malgré les tensions
Même en quittant la présidence régionale, Muselier compte bien veiller au grain sur un dossier qui lui tient particulièrement à cœur : l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver de 2030. Après des passes d’armes avec le nouveau maire de Nice, Eric Ciotti, opposé à la répartition des épreuves entre les Alpes du Nord et du Sud, il maintient sa position en faveur du « plan A » : la moitié des épreuves dans les Alpes du Nord, l’autre dans le Sud, avec une cérémonie de clôture à Nice.
« Ciotti veut garder les Jeux. Je pense qu’on va aboutir, gagnant-gagnant pour la région Sud, Nice compris, et le CIO », assure-t-il. Un optimisme qui contraste avec les tensions persistantes entre les collectivités locales et l’État, alors que le projet accumule les retards et les critiques sur son financement et sa faisabilité. Muselier, qui a déjà été en conflit ouvert avec Ciotti sur ce dossier, semble vouloir garder la main sur un projet qu’il a longtemps porté, quitte à brouiller les lignes entre son rôle passé et son engagement futur.
Le centrisme macroniste en quête d’un nouveau souffle
Ce départ de Muselier s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition de la droite française. Depuis son ralliement à Emmanuel Macron en 2022, il incarne cette frange des Républicains tentée par une alliance avec le centre, dans l’espoir de contrer l’hégémonie du RN et de la NUPES. Pourtant, les résultats électoraux récents montrent que cette stratégie peine à convaincre : les électeurs modérés se tournent de plus en plus vers des candidats indépendants ou se désengagent, tandis que la base traditionnelle de la droite reste fidèle à ses réflexes conservateurs.
Muselier, qui fut secrétaire d’État aux Affaires étrangères sous Sarkozy, illustre cette droite « décomplexée » qui a progressivement abandonné ses fondamentaux pour épouser les réformes libérales et pro-européennes du macronisme. Un virage qui a coûté cher à son parti, divisé entre héritiers du gaullisme social et partisans d’une ligne plus dure, proche des thèses de l’extrême droite sur l’immigration ou la sécurité.
Alors que la France s’apprête à entrer dans une année électorale cruciale, son choix de quitter la région PACA pour le Sénat apparaît moins comme une victoire personnelle que comme un symptôme de la crise profonde qui traverse la droite française. Une droite qui, malgré ses alliances de circonstances, peine à proposer une alternative crédible aux défis économiques, sociaux et écologiques du pays.