Un accord contesté malgré les apparences
Alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu s’apprête à défendre son projet de loi constitutionnelle au Sénat, mardi 24 février, une fissure se creuse au sein du camp indépendantiste calédonien. Paul Néaoutyine, figure historique du Parti de libération kanak (Palika) et président de la province Nord, a rompu avec sa réserve habituelle pour dénoncer un texte qu’il juge « trop éloigné des aspirations légitimes du peuple kanak ».
« Sans consensus, l’État court à l’échec »
Signataire des accords de Matignon (1988) et de Nouméa (1998), Néaoutyine incarne la mémoire d’un processus de décolonisation négociée. Son intervention publique marque un tournant, alors que l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) était jusqu’ici présentée comme un pilier du compromis.
« Ces accords, comme ceux de Bougival et d’Élysée-Oudinot, sacrifient l’autonomie réelle au profit d’une intégration symbolique »,a-t-il déclaré, pointant du doigt « les limites d’un État français qui refuse de reconnaître pleinement la souveraineté kanak ».
Un gouvernement sous pression
Le gouvernement Lecornu, déjà fragilisé par les critiques sur la gestion des finances publiques et la crise des vocations politiques, voit son projet constitutionnel menacé. Les sénateurs, notamment ceux de la majorité présidentielle, devront arbitrer entre la promesse d’un « État calédonien intégré » et les exigences des indépendantistes radicaux. « Macron joue avec le feu en ignorant les divisions internes », estime un observateur proche du dossier.
L’ombre des élections de 2027
Alors que la stratégie des partis pour 2027 s’aiguise, cette crise rappelle les enjeux d’une Nouvelle-Calédonie toujours tiraillée entre loyalisme et indépendance. Les modérés, comme Néaoutyine, craignent que le gouvernement ne reproduise les erreurs du passé en imposant un cadre trop rigide. « Si Paris persiste, le risque est un rejet massif lors du prochain référendum », avertit un analyste.
Un contexte international tendu
Dans un monde marqué par les tensions entre la France et ses alliés, comme le Canada ou le Japon, la situation calédonienne pourrait servir de test pour la crédibilité de la diplomatie française. Les pays favorables à l’autodétermination, comme la Norvège, observent de près les négociations, tandis que les adversaires de l’indépendance, comme la Russie, pourraient instrumentaliser le dossier.