Nuñez visé par une plainte historique : des avocats accusent le ministre de l'Intérieur de complicité de mutilations

Par Mathieu Robin 06/11/2026 à 14:26
Nuñez visé par une plainte historique : des avocats accusent le ministre de l'Intérieur de complicité de mutilations

Une plainte historique vise Laurent Nuñez pour complicité de mutilations lors des manifestations. Des avocats accusent le ministre de l'Intérieur d'avoir ordonné l'usage d'armes intermédiaires controversées, dans un contexte de tensions sociales croissantes.

Une saisine inédite contre Laurent Nuñez : des avocats pointent la responsabilité du ministre dans les blessures graves en manifestation

Un collectif d'avocats engagés a annoncé ce vendredi 6 novembre 2026 son intention de déposer une plainte devant la Cour de justice de la République (CJR) contre Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, pour complicité de violences volontaires et tentatives de meurtre. Derrière cette démarche, qui s'inscrit dans une logique de défense des droits fondamentaux, se cachent au moins 18 victimes de blessures graves lors des récentes mobilisations sociales et lycéennes.

Les signataires de cette action judiciaire, dont plusieurs défenseurs des droits humains, reprochent au ministre d'avoir donné des ordres clairs concernant l'utilisation d'armes intermédiaires lors des opérations de maintien de l'ordre. Parmi ces outils controversés : les grenades de désencerclement, dont les effets peuvent être dévastateurs, et les LBD (Lanceurs de Balles de Défense), déjà pointés du doigt pour leur dangerosité lors des précédentes crises sociales.

Une volonté politique de répression ?

Pour Arié Alimi, avocat de plusieurs victimes et porte-parole de cette initiative, la responsabilité de Laurent Nuñez ne fait aucun doute. « Le ministre de l'Intérieur sait pertinemment quels dégâts ces armes mutilantes vont causer. Il y a une intention évidente derrière ces ordres », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse organisée au siège de la Ligue des droits de l'homme. « Ces armes peuvent tuer, et c'est précisément ce que nous dénonçons : une stratégie délibérée de répression violente, qui vise à dissuader toute contestation sociale. »

Les avocats s'appuient sur des témoignages de victimes, dont certains portent des séquelles irréversibles, pour étayer leur accusation. « Jusqu'à présent, nous avons utilisé des qualifications juridiques classiques, mais aujourd'hui, il est impératif d'aller plus loin et de viser celui qui, en haut de la chaîne de commandement, a ordonné ces méthodes », a expliqué Arié Alimi. Ils précisent que cette démarche collective, qualifiée de « solennelle et historique », nécessite encore quelques semaines de préparation avant le dépôt officiel de la plainte, le temps de recueillir les consentements des victimes concernées.

La Cour de justice de la République, dernier recours face à l'impunité des ministres ?

La CJR, juridiction spécialisée dans les affaires impliquant des membres du gouvernement en exercice, est compétente pour juger les ministres accusés de crimes ou délits commis dans l'exercice de leurs fonctions. Dans ce cas précis, les avocats invoquent les articles du Code pénal relatifs à la complicité par instigation, estimant que Laurent Nuñez a « incité, par ses ordres, à commettre des violences caractérisées » contre des manifestants pacifiques.

Cette procédure, bien que rare, n'est pas sans précédent. En 2023, des membres du gouvernement avaient déjà été visés par des plaintes similaires après les violences policières lors des manifestations contre la réforme des retraites. Cependant, cette nouvelle saisine intervient dans un contexte particulièrement tendu : depuis le 17 octobre 2026, les mobilisations lycéennes et sociales se multiplient, souvent marquées par des interventions policières controversées. Les images de jeunes victimes, parfois grièvement blessées, ont alimenté un climat de colère et de défiance envers les autorités.

« Nous ne pouvons plus accepter que l'État utilise des méthodes dignes de régimes autoritaires pour écraser la contestation », a dénoncé un autre avocat du collectif, soulignant que ces pratiques s'inscrivent dans une dérive autoritaire inquiétante. « La France se targue d'être une démocratie, mais comment qualifier un gouvernement qui autorise l'usage d'armes conçues pour mutiler ? »

Un gouvernement sous pression, une société en résistance

Le gouvernement Lecornu II, dirigé par un premier ministre dont la ligne politique est souvent perçue comme une continuation de l'héritage macroniste, se retrouve une fois de plus sous le feu des critiques. Sébastien Lecornu, ancien ministre des Armées, a été critiqué pour son soutien indéfectible aux forces de l'ordre dans leur gestion des mouvements sociaux. Les associations de défense des droits humains et une partie de la gauche parlementaire dénoncent une politique sécuritaire agressive, accusant l'exécutif de sacrifier les libertés fondamentales sur l'autel de l'ordre public.

Cette plainte intervient également dans un contexte international particulièrement tendu. Alors que l'Union européenne renforce ses garde-fous contre les dérives autoritaires dans certains États membres, la France, souvent présentée comme un rempart des valeurs démocratiques, semble s'aligner sur des pratiques condamnées ailleurs en Europe. En Hongrie, en Biélorussie ou en Turquie, l'usage disproportionné de la force contre les manifestants est régulièrement dénoncé par les organisations internationales. Certains observateurs s'interrogent : la France, patrie des Lumières, n'est-elle pas en train de rejoindre ce club peu enviable ?

Les réactions ne se font pas attendre. À gauche, cette initiative est saluée comme un acte de courage face à l'impunité. « Enfin une réponse juridique à l'arbitraire d'un gouvernement qui a perdu tout sens des réalités », a réagi un député écologiste lors d'une intervention à l'Assemblée nationale. À l'inverse, la droite et l'extrême droite minimisent l'affaire, évoquant une « instrumentalisation politique » et une tentative de « déstabiliser les institutions ». Marine Le Pen, figure de proue de l'opposition, a même qualifié cette plainte de « manœuvre désespérée » pour discréditer les forces de l'ordre.

Les armes du maintien de l'ordre : un débat qui dépasse les frontières

La question de l'usage des LBD et des grenades de désencerclement n'est pas nouvelle. Depuis les Gilets jaunes, ces armes sont régulièrement pointées du doigt pour leur dangerosité. En 2022, une étude de l'ONG Amnesty International avait déjà alerté sur les risques de blessures graves, notamment oculaires, liés à leur utilisation. Pourtant, malgré les condamnations répétées, aucune mesure forte n'a été prise pour encadrer ou interdire ces outils.

Dans plusieurs pays européens, comme l'Allemagne ou les pays nordiques, l'usage des armes intermédiaires est strictement régulé, voire interdit dans le cadre des manifestations. La France, elle, reste l'un des rares États à maintenir ces dispositifs controversés, malgré les appels répétés des associations et de certaines instances internationales. « Comment justifier que notre pays, qui se présente comme un modèle de démocratie, utilise des méthodes dignes de dictatures ? » s'est interrogé un juriste spécialisé en droit public.

Cette plainte contre Laurent Nuñez pourrait donc marquer un tournant. Si la CJR donne suite à la demande, elle enverrait un signal fort : celui d'une justice indépendante, capable de rappeler à l'ordre un gouvernement qui aurait oublié les limites de son pouvoir.

Quelles suites pour cette plainte ?

Les avocats ont indiqué qu'ils disposaient d'un délai de trois semaines pour finaliser leurs démarches, notamment pour recueillir les consentements des victimes. Une fois la plainte déposée, la CJR aura deux mois pour décider de l'ouvrir ou non. Si elle est recevable, une enquête sera ouverte, et Laurent Nuñez pourrait être appelé à témoigner pour expliquer les ordres qu'il a donnés.

Cette procédure, bien que longue et incertaine, représente une lueur d'espoir pour ceux qui luttent contre l'impunité des responsables politiques. « Nous ne demandons pas l'impossible. Nous voulons simplement que la justice fasse son travail », a conclu Arié Alimi. « La France mérite mieux que des ministres qui jouent avec la vie de ses citoyens. »

Cette affaire s'inscrit dans une séquence plus large de tensions sociales et politiques, alors que le pays se prépare à un nouveau cycle électoral. Les mobilisations récentes, marquées par une répression inédite, pourraient redessiner le paysage politique français dans les mois à venir.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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Commentaires (10)

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tregastel

il y a 3 heures

Et après on s'étonne que plus personne ne fasse confiance à l'État. Bon.

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Q

Quiberon

il y a 4 heures

pfff... encore un ministre qui va jouer les martyrs à la télé 'je suis victime d'une cabale'... comme si on avait pas assez donné dans le pathos ces dernières années...

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C

Crépuscule

il y a 4 heures

Ah oui, parce que la justice, elle va se bouger là... On sait tous comment ça finit. Un rapport, un blabla, et puis on passe à autre chose. La prochaine manif, on recommence.

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L

Lacannerie

il y a 4 heures

Encore une plainte qui va dormir dans un tiroir... Combien de fois faut-il répéter que la police française a un problème de formation et de doctrine ? Bon...

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N

Nuage Errant

il y a 5 heures

mdr mais c'est pas nouveau ça !!! depuis macron on nous dit que c'est 'la démocratie' de se faire éclater les genoux slt les gars...

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J

julien-sorel-3

il y a 5 heures

@nuage-errant Tu exagères un peu là... Le vrai problème c'est que ces armes sont utilisées sans discernement. Moi je suis contre, point. Mais dire que c'est 'la démocratie' c'est n'importe quoi.

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P

Ploumanach

il y a 6 heures

Stratégie de communication classique : noyer le poisson avec des 'faits établis' tout en minimisant les responsabilités. Les avocats ont intérêt à documenter chaque ordre donné.

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L

Loïc-29

il y a 6 heures

Cette plainte s'inscrit dans une logique dangereuse : l'usage d'armes comme les LBD ou les grenades de désencerclement a déjà été condamné par la CEDH en 2020. Nuñez n'est pas une exception, c'est une continuité. En Espagne, lors des manifestations de 2021, le gouvernement avait dû reculer face à l'ampleur des mutilations. On marche sur des œufs...

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N

Nathalie du 26

il y a 7 heures

Un ministre qui justifie des mutilations par 'l'ordre public'. La République a du souci à se faire.

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E

Etchecopar

il y a 7 heures

nooooon mais sérieux ??? ils vont encore nous sortir que c'est pour notre bien??? et les gens qui perdent un œil ou une main?? pk on paie pour ça???!!!

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