Assemblée nationale : une commission d’enquête socialiste pour scruter l’explosion de la pauvreté sous Macron
Face à une hausse historique de la précarité, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale a annoncé, ce mardi 28 avril 2026, le lancement d’une commission d’enquête parlementaire dédiée à l’analyse des causes et des conséquences de la flambée de la pauvreté depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Cette initiative, qui intervient à moins d’un an de l’échéance présidentielle de 2027, vise à évaluer les déficiences des politiques publiques mises en place depuis 2017 pour lutter contre ce phénomène.
Selon les dernières données de l’Insee, la France comptait 9,8 millions de personnes en situation de pauvreté en 2023, soit une augmentation de 1,2 million par rapport à 2017. Le taux de pauvreté a ainsi atteint un niveau record de 15,4 % de la population, un chiffre qui interroge sur l’efficacité des réformes économiques et sociales portées par les gouvernements successifs. « Depuis 2017, la pauvreté ne cesse de progresser en France », souligne un communiqué du groupe socialiste, qui rappelle que cette dégradation touche particulièrement les travailleurs seniors et les personnes âgées de plus de 65 ans. Leur taux de pauvreté a en effet augmenté de 3,4 points entre 2017 et 2023, illustrant l’impact des réformes structurelles sur les plus vulnérables.
Des réformes à l’origine de la précarisation ?
Parmi les mesures pointées du doigt par les députés socialistes figurent la baisse des aides personnalisées au logement (APL), les réformes successives de l’assurance-chômage, ou encore le report progressif de l’âge légal de départ à la retraite. Ces choix politiques, selon eux, ont contribué à fragiliser toujours davantage les ménages les plus modestes, dans un contexte où l’inflation et la hausse des prix de l’énergie ont aggravé les difficultés quotidiennes. Se chauffer, se nourrir, payer son loyer : les dépenses contraintes pèsent désormais sur des millions de foyers, alors que les inégalités sociales se creusent sous l’effet d’une croissance économique inégalement répartie.
« Il y a effectivement un peu de politique derrière cette commission d’enquête, mais il y a surtout une réalité que vivent nos concitoyens et qui est une réalité extrêmement difficile », a déclaré le député Gérard Leseul, lors de la conférence de presse présentant cette initiative. Pour le groupe socialiste, l’objectif est double : d’une part, identifier les manquements des politiques publiques dans la lutte contre la pauvreté ; d’autre part, proposer des recommandations concrètes pour inverser cette tendance. Les élus espèrent pouvoir remettre leur rapport d’ici fin octobre ou début novembre 2026, afin d’alimenter le débat public en amont de la prochaine campagne présidentielle.
Une initiative symbolique et stratégique
Cette commission s’inscrit dans une logique offensive du Parti Socialiste (PS), qui entend ainsi mettre en lumière les dysfonctionnements du gouvernement Lecornu II. En mobilisant son « droit de tirage » – une seule fois par session parlementaire – pour lancer cette enquête, le groupe socialiste mise sur un outil parlementaire pour marquer son opposition aux choix économiques du pouvoir en place. Les socialistes, qui ont longtemps été critiqués pour leur manque d’unité et leur éloignement des réalités sociales, tentent ici de se repositionner comme les porte-voix des classes populaires, alors que la gauche reste profondément divisée face à la montée des extrêmes.
Les critiques de l’opposition ne se limitent pas aux réformes intérieures. Les socialistes pointent également du doigt l’absence de vision européenne en matière de protection sociale, alors que d’autres États membres, comme l’Allemagne ou les pays nordiques, ont su maintenir des filets sociaux plus protecteurs. « La France, patrie des droits de l’homme, ne peut plus se contenter de discours sur la justice sociale : elle doit agir », a insisté un membre du groupe, rappelant que les indicateurs de pauvreté placent désormais la France dans le bas du classement des pays développés.
Dans un contexte où les crises du logement et des services publics s’aggravent, cette commission d’enquête pourrait bien devenir un laboratoire de l’alternative politique. Les socialistes y voient une opportunité de proposer un plan de relance sociale, incluant une revalorisation des minima sociaux, un renforcement des aides au logement et une réforme fiscale plus redistributive. Reste à savoir si cette initiative suffira à convaincre les Français que la gauche est capable de proposer une réponse crédible à leurs difficultés quotidiennes.
Un rapport attendu dans un contexte politique explosif
Alors que les tensions autour des inégalités économiques alimentent un climat social déjà tendu, cette commission d’enquête intervient à un moment charnière. Les mouvements de protestation contre la vie chère et les revendications salariales se multiplient, tandis que les partis d’extrême droite exploitent la colère des classes populaires pour gagner en influence. Face à ce risque, les socialistes espèrent que leur initiative permettra de réveiller les consciences et de proposer une feuille de route claire pour les années à venir.
Pourtant, les défis sont immenses. Les finances publiques, mises à mal par des décennies de politiques d’austérité, limitent les marges de manœuvre. De plus, les alliances politiques au sein de la gauche restent fragiles, entre le PS, La France Insoumise et les écologistes, chacun ayant sa propre vision des solutions à apporter. Dans ce paysage fragmenté, la commission d’enquête pourrait bien être le premier pas vers une unité retrouvée – ou le dernier sursaut d’un parti en quête de légitimité.
Une chose est sûre : la pauvreté n’est plus un sujet marginal. Elle est devenue un marqueur de l’échec des politiques libérales menées depuis près d’une décennie, et son aggravation pourrait bien redéfinir le paysage politique français d’ici 2027.