Pénurie de carburant : le RN exige une baisse immédiate des taxes, l'exécutif sous pression

Par Camaret 12/09/2026 à 14:29
Pénurie de carburant : le RN exige une baisse immédiate des taxes, l'exécutif sous pression

Face à la flambée des prix des carburants, le Rassemblement National réclame une baisse de la TVA et l'annulation des accises. Une mesure coûteuse qui relance le débat sur la fiscalité énergétique en pleine crise économique. L'État fait face à un dilemme : soutenir le pouvoir d'achat ou préserver ses recettes fiscales.

La hausse des carburants menace l'économie française : le RN s'engage pour une baisse immédiate des taxes

Alors que les prix des carburants continuent leur ascension inexorable, le Rassemblement National frappe du poing sur la table. Face à une situation insoutenable pour les ménages et les entreprises, Thomas Ménagé, porte-parole du parti d'extrême droite, a réitéré ce week-end sa proposition choc : une baisse de la TVA sur les carburants et la suppression des accises, ces fameuses taxes additionnelles autrefois regroupées sous le nom de TICPE. Une mesure dont le coût budgétaire, 12 milliards d'euros, n'effraie pas le député, qui y voit une question de survie pour le pays.

Intervenant dans l'émission matinale de référence, le porte-parole du RN a martelé son argumentaire : « On ne peut pas laisser un pays s'asphyxier sous le poids de taxes insupportables. La fiscalité sur les carburants est devenue un boulet pour notre économie et nos concitoyens. » Une rhétorique qui résonne particulièrement dans un contexte où les classes moyennes et populaires subissent de plein fouet l'inflation persistante et la stagnation des salaires.

Un gouvernement sous le feu des critiques

Dans le camp présidentiel, la réponse tarde à venir. Malgré les multiples appels à l'action de la part des associations de consommateurs et des syndicats, l'exécutif semble paralysé. Emmanuel Macron, dont le quinquennat touche à sa fin, doit désormais composer avec une donne économique de plus en plus hostile. Les dernières statistiques publiées par l'INSEE confirment l'ampleur du malaise : le pouvoir d'achat a reculé de 0,3 % au deuxième trimestre 2026, tandis que les dépenses contraintes – logement, énergie, transports – absorbent près de 40 % du budget des ménages.

Face à cette réalité crue, Sébastien Lecornu, Premier ministre en exercice, a tenté de temporiser. Lors d'une récente déclaration, il a évoqué « des réflexions en cours » pour soutenir le pouvoir d'achat, sans pour autant annoncer de mesures concrètes. Une prudence qui s'explique en partie par la contrainte budgétaire imposée par les règles européennes, mais aussi par la crainte de relancer l'inflation.

Pourtant, les observateurs s'interrogent : comment justifier que le litre de diesel puisse frôler les 2,50 € dans certaines stations, alors que le prix du baril de pétrole reste stable ? La réponse tient en grande partie à la fiscalité française, l'une des plus élevées d'Europe. Selon les dernières données de la Commission européenne, les taxes représentent près de 60 % du prix final du carburant en France, contre une moyenne de 50 % chez nos voisins.

Le RN mise sur la colère sociale pour gagner du terrain

Le Rassemblement National ne cache plus son ambition : capitaliser sur le mécontentement populaire pour s'imposer comme l'alternative crédible face à une gauche divisée et une droiteLR en perte de vitesse. Dans les banlieues et les zones périurbaines, où les déplacements professionnels sont souvent une nécessité, « la colère gronde », selon les termes mêmes de Ménagé. Le parti mise sur une stratégie de proximité, en ciblant les territoires où les ménages dépendent le plus de l'automobile.

Les propositions du RN, bien que coûteuses pour les finances publiques, trouvent un écho certain auprès d'une partie de l'électorat. Une baisse de la TVA de 20 % à 5 % sur les carburants, couplée à la suppression des accises, permettrait selon le parti de « rendre 30 centimes au litre » aux automobilistes. Une mesure qui, si elle était appliquée, coûterait effectivement 12 milliards d'euros au budget de l'État – une somme que le RN assure pouvoir financer « par une meilleure lutte contre la fraude fiscale et une réorientation des dépenses publiques ».

Cependant, les économistes restent sceptiques. « Une telle mesure serait inflationniste à court terme », avertit un expert en politique économique. « En réduisant les recettes fiscales, l'État devra soit augmenter d'autres impôts, soit réduire ses dépenses sociales – ce qui toucherait précisément les ménages les plus modestes. » Une analyse que partage une partie de la gauche, qui voit dans la proposition du RN une manœuvre opportuniste plutôt qu'une solution durable.

L'Union européenne entre en jeu : faut-il harmoniser les taxes sur l'énergie ?

Alors que la France se débat avec sa fiscalité nationale, Bruxelles observe avec attention. La question de l'harmonisation des taxes sur l'énergie revient avec insistance dans les couloirs de la Commission. Les pays nordiques et l'Allemagne, souvent cités en exemple pour leur transition énergétique, ont déjà mis en place des mécanismes de compensation pour les ménages précaires. Mais la France, sous la pression de ses déficits publics, peine à suivre le mouvement.

Pourtant, des pistes existent. La création d'un fonds européen dédié aux transitions énergétiques, alimenté par une partie des recettes des taxes carbone, pourrait permettre de soutenir les États membres les plus en difficulté. Une proposition qui, si elle était adoptée, offrirait une bouffée d'oxygène à Paris. Mais pour l'instant, les discussions piétinent, freinées par l'opposition de certains États, comme la Hongrie, qui refuse toute idée de solidarité européenne.

Dans ce contexte, la France se retrouve isolée. Alors que la Norvège et l'Islande ont su tirer profit de leurs ressources énergétiques pour financer des politiques sociales ambitieuses, Paris doit composer avec un modèle économique dépendant à 90 % des énergies fossiles. Une dépendance qui, en période de crise, se transforme en véritable épée de Damoclès.

Les alternatives existent : et si la solution venait de l'Europe ?

Face à l'impasse nationale, certains plaident pour une réforme structurelle du marché européen de l'énergie. L'idée ? Créer une agence européenne de régulation des prix, chargée de négocier des tarifs préférentiels avec les grands groupes pétroliers. Une telle mesure permettrait de « briser l'oligopole des majors et de redonner du pouvoir aux consommateurs », selon les défenseurs du projet.

Autre piste évoquée : l'accélération du développement des énergies renouvelables. La France, malgré ses atouts – nucléaire, éolien, solaire –, reste en retard sur ses voisins. L'Allemagne, malgré ses erreurs passées, a su diversifier son mix énergétique et réduire sa dépendance aux importations. Une leçon que Paris tarde à assimiler, obnubilé par des débats budgétaires stériles.

Pourtant, le temps presse. Alors que les prévisions de croissance pour 2027 s'assombrissent, le gouvernement français doit agir vite. Le risque ? Voir la colère sociale se transformer en crise politique majeure, avec à la clé une montée encore plus marquée de l'extrême droite dans les urnes.

« La France ne peut plus se permettre de jouer les apprentis sorciers avec sa fiscalité. Soit on agit maintenant, soit on court droit vers le chaos. »
Économiste, ancien conseiller de Matignon

Que réserve l'avenir ?

Dans les prochains jours, le gouvernement devrait annoncer un plan d'urgence pour soutenir le pouvoir d'achat. Mais les attentes sont grandes, et les marges de manœuvre réduites. La question des carburants n'est qu'un symptôme d'une maladie plus profonde : l'incapacité de la France à se réformer en profondeur.

Entre les promesses non tenues, les divisions politiques et les contraintes budgétaires, le pays semble condamné au statu quo. Pourtant, des solutions existent. Il suffirait peut-être d'un peu de courage politique et d'une vision à long terme – deux vertus que l'actuel exécutif a bien du mal à incarner.

À propos de l'auteur

Camaret

Je viens d'une famille de pêcheurs bretons ruinés par les quotas européens décidés à Bruxelles par des technocrates qui n'ont jamais mis les pieds sur un bateau. J'ai vu mon père pleurer le jour où il a dû vendre sa licence. Cette injustice m'habite encore. Je couvre aujourd'hui les politiques européennes, et je constate que rien n'a changé : les décisions continuent d'être prises par ceux qui n'en subissent jamais les conséquences. Je me bats pour que la voix des territoires soit enfin entendue

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Commentaires (2)

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Marguerite de Corse

il y a 25 minutes

@carcassonne Exactement ! Les mêmes qui pleurnichent sur les taxes sont les premiers à acheter des 4x4 qui polluent 3x plus que la moyenne. Le vrai problème, c'est l'absence de politique énergétique cohérente depuis 20 ans.

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C

Carcassonne

il y a 58 minutes

non mais sérieuxxx ??? On nous saoule avec les taxes alors que les pétroliers font des marges de ouf !!! ... et après on nous dit que y'a plus d'essence ???

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