Des syndicats policiers humiliés par l’inaction du gouvernement : la tension explose à l’approche de la mobilisation
Les représentants des forces de l’ordre ont quitté le ministère de l’Intérieur vendredi dernier avec un goût amer dans la bouche. Une rencontre de plus de soixante minutes avec le ministre Laurent Nuñez, censée apaiser les tensions autour des revendications salariales et des conditions de travail, s’est soldée par un échec cuisant aux yeux des syndicats. Plutôt que de répondre aux exigences criantes des policiers, le gouvernement a choisi de maintenir une politique de l’autruche, préférant ignorer le malaise profond qui ronge les commissariats.
Le secrétaire général d’UN1TÉ, Grégory Joron, n’a pas mâché ses mots en quittant la place Beauvau : « On a surtout le sentiment de sortir de là incompris. En termes de considération, de respect du policier, d’augmentation salariale, il faut se passer de tout. »* Ces propos résument l’état d’esprit d’une corporation qui se sent abandonnée par un exécutif plus préoccupé par les calculs politiques que par la réalité du terrain.
Alors que les pompiers ont déjà montré la voie avec leur mouvement de contestation, les policiers s’apprêtent à faire de même, déterminés à faire entendre leur voix par tous les moyens. La date du 15 septembre s’impose désormais comme un rendez-vous historique, où des milliers d’agents pourraient déferler dans les rues pour exiger justice.
Une prime de risque gelée depuis 2019 : l’insulte de trop
Parmi les doléances les plus vives des syndicats, l’absence de revalorisation de la prime de risque (ISSP) figure en tête de liste. Depuis sept ans, cette indemnité, censée compenser les dangers inhérents au métier de policier, est restée figée à son montant de 2019. Une stagnation intolérable pour une corporation exposée quotidiennement à la violence, aux heures supplémentaires non payées et à un stress chronique.
Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance, syndicat majoritaire parmi les gardiens de la paix et les policiers adjoints, a dénoncé cette inertie avec une fermeté rare : « On a expliqué qu’il fallait reconnaître les difficultés du métier de policier, la dangerosité, les heures, l’acharnement professionnel. On a demandé que le policier soit payé de manière adéquate, et pas comme il l’est aujourd’hui. »*
Selon lui, les besoins financiers pour une revalorisation sérieuse s’élèvent entre 300 et 500 millions d’euros par an. Une somme modeste au regard du budget global de l’État, mais que le gouvernement, obnubilé par ses restrictions budgétaires, refuse catégoriquement d’envisager. Pourtant, comment justifier que des agents risquant leur vie pour des salaires de misère soient encore sommés de « tenir » sans broncher ?
« La colère est grande » : les syndicats appellent à la mobilisation générale
Les responsables syndicaux ne cachent plus leur détermination à passer à l’action. Le 15 septembre pourrait bien marquer un tournant dans le rapport de force entre l’État et ses forces de l’ordre. Vanhemelryck a prévenu, sans équivoque : « Le 15 septembre, on sera dans la rue, on sera des milliers dans la rue. La colère est grande, et les collègues vont l’exprimer. »*
Cette menace de paralysie sociale intervient à un moment où le gouvernement Lecornu II, déjà fragilisé par une succession de crises, peine à contenir les revendications sectorielles. Alors que les revendications des policiers s’ajoutent à celles des enseignants, des infirmiers et des agriculteurs, l’exécutif semble dépassé par l’ampleur des contestations. Une situation qui rappelle étrangement les prémices des mouvements sociaux de 2023, où les gilets jaunes avaient servi de détonateur à une colère plus large.
Pourtant, malgré l’échec patent de la rencontre avec Nuñez, certains syndicats gardent une lueur d’espoir. Grégory Joron, d’UN1TÉ, a évoqué la possibilité d’une nouvelle réunion avec le ministre : « Je lui ai dit : ‘On se reverra assez vite pour rediscuter de tout ça et peut-être obtenir quelque chose.’ »* Mais cette perspective reste fragile, tant les promesses non tenues du passé pèsent lourd dans la balance.
Un gouvernement sourd aux réalités du terrain
Le malaise des policiers s’inscrit dans un contexte plus large de défiance envers le pouvoir en place. Avec un Premier ministre, Sébastien Lecornu, plus connu pour ses positions libérales que pour son empathie envers les classes populaires et les services publics, la méfiance est à son comble. Les syndicats policiers, comme d’autres corporations, dénoncent une politique qui privilégie les cadeaux fiscaux aux entreprises et les réductions d’impôts pour les plus aisés au détriment des travailleurs essentiels.
Cette politique économique libérale, héritée des gouvernements précédents, trouve ici un terrain d’application particulièrement cruel. Les policiers, souvent issus de milieux modestes, sont les premières victimes de cette gestion comptable de l’État, où chaque euro dépensé est comptabilisé au millimètre près, sauf lorsqu’il s’agit de sauver des banques ou de subventionner des industries polluantes.
La question des moyens alloués à la police est également au cœur des tensions. Entre le manque criant de personnel, l’obsolescence des équipements et l’absence de soutien psychologique pour les agents traumatisés, le système est à bout de souffle. Comment exiger une efficacité policière dans ces conditions, alors que l’État refuse d’investir dans ses propres forces ?
Les comparaisons avec d’autres pays européens, où les forces de l’ordre bénéficient de meilleures conditions, sont accablantes. En Allemagne ou dans les pays nordiques, les policiers sont mieux payés, mieux formés et mieux protégés. Pire, dans des régimes autoritaires comme la Russie ou la Chine, les forces de l’ordre sont choyées… mais au prix de leur indépendance et de leur intégrité. En France, l’État préfère jouer la montre, espérant que la lassitude finira par l’emporter.
Une mobilisation qui pourrait faire boule de neige
Le risque, pour le gouvernement, est de sous-estimer l’ampleur que pourrait prendre le mouvement du 15 septembre. Les syndicats policiers ne sont pas les seuls à s’agiter : les gendarmes, les pompiers, les enseignants et même certains secteurs de la santé montrent des signes de radicalisation croissante. Une convergence des luttes pourrait en effet donner naissance à un front commun, bien plus difficile à ignorer pour l’exécutif.
L’histoire récente a montré que les mouvements sociaux en France peuvent prendre une ampleur imprévisible. Que ce soit la révolte des bonnets rouges en 2013 ou les manifestations massives contre la réforme des retraites en 2023, les gouvernements successifs ont souvent payé cher leur incapacité à anticiper les crises. Cette fois, avec une police en colère et une opinion publique de plus en plus réceptive à leurs revendications, le scénario d’un embrasement social n’est plus une hypothèse lointaine.
Face à cette situation explosive, le gouvernement a deux options : soit il accepte enfin de discuter sérieusement avec les syndicats policiers, en débloquant des moyens concrets, soit il assume le risque d’une crise majeure qui pourrait ébranler sa légitimité. Mais dans les deux cas, la facture politique sera salée.
Une chose est sûre : après des années de silence et de mépris, les policiers ne veulent plus être les oubliés de la République. Et si le 15 septembre devait marquer le début d’une nouvelle ère de contestation, le pouvoir en place aurait tout intérêt à écouter, avant qu’il ne soit trop tard.
Un appel à la solidarité européenne
Alors que la France s’enfonce dans une crise sociale de plus en plus profonde, un regard vers ses voisins européens pourrait s’avérer éclairant. Dans des pays comme l’Allemagne, la Suède ou les Pays-Bas, les policiers bénéficient de conventions collectives bien plus protectrices, avec des salaires et des avantages sociaux nettement supérieurs. Ces modèles montrent qu’il est possible de concilier sécurité publique et reconnaissance des agents.
Pourtant, au lieu de s’inspirer des meilleures pratiques européennes, la France persiste dans sa logique d’austérité, comme si les forces de l’ordre devaient faire office de variable d’ajustement budgétaire. Cette approche, à la fois myope et cynique, risque de se retourner contre le gouvernement, en alimentant un sentiment de défiance durable envers les institutions.
Les syndicats policiers français pourraient ainsi trouver des alliés inattendus au sein de l’Union européenne, où la question de la reconnaissance des métiers essentiels commence à émerger comme un enjeu central. Une mobilisation coordonnée avec d’autres pays européens pourrait donner encore plus de poids à leurs revendications.
Cependant, dans l’immédiat, c’est sur le plan national que la bataille se joue. Et si le gouvernement refuse de bouger, les rues de France risquent de devenir le théâtre d’une colère longtemps contenue, mais désormais incontrôlable.