La gauche mise sur la hausse des salaires pour contrer l’inflation et l’extrême droite
Alors que l’inflation atteint des niveaux inédits depuis les années 1970 et que les prix de l’énergie et des denrées alimentaires flambent, la gauche française propose une réponse radicale au pouvoir d’achat : augmenter massivement les salaires dans toutes les entreprises, dès le SMIC à 1 700 € net, et relancer les négociations annuelles obligatoires pour garantir des hausses salariales bien au-delà du simple rattrapage inflationniste. C’est la ligne défendue par Manuel Bompard, coordinateur de la France insoumise et député des Bouches-du-Rhône, lors d’une interview sur France 2 ce lundi 7 septembre.
Une proposition qui s’inscrit dans un contexte politique explosif, où la montée des extrêmes menace de fragmenter l’électorat progressiste. Entre la victoire de l’AfD en Allemagne ce week-end – un parti ouvertement néonazi prônant la « remigration » – et les tensions persistantes sur l’immigration en France, la gauche tente de redéfinir son discours pour éviter de laisser le terrain aux discours xénophobes.
Un signal d’alerte venu d’outre-Rhin
La percée historique de l’Alternative für Deutschland en Saxe-Anhalt, avec près de 30 % des voix, a envoyé un frisson dans toute l’Europe. Pour Manuel Bompard, cette victoire est le résultat direct des politiques d’austérité menées par les partis centristes allemands pendant des années, qui ont laissé des millions de citoyens en proie à la précarité et au désespoir économique. « Quand la gauche et la droite gouvernent ensemble, ça produit une recherche d’alternatives. En France, nous avons la chance d’avoir une alternative crédible à cette alternance stérile entre deux blocs qui appliquent la même politique », a-t-il déclaré.
Un constat qui résonne particulièrement dans l’Hexagone, où le macronisme, après huit ans de pouvoir, a creusé les inégalités tout en alimentant un sentiment de défiance envers les institutions. La France insoumise rappelle que Marine Le Pen, pendant dix ans, a siégé au Parlement européen aux côtés des membres de l’AfD, et que sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, a récemment défendu publiquement le projet de « remigration » de l’extrême droite allemande. « Tous ceux qui prétendent s’opposer à l’extrême droite sans proposer une alternative sociale et économique concrète se trompent de combat », a lancé le député des Bouches-du-Rhône.
Immigration : la gauche refuse de laisser le débat aux extrêmes
Interrogé sur la place de l’immigration dans le programme de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard a souligné que le sujet ne devait pas éclipser les urgences sociales. « La pauvreté atteint des records qu’on n’avait pas vus depuis les années 1970. Si le débat ne porte que sur l’immigration, on passe à côté de l’essentiel. La régularisation des travailleurs sans papiers est une question de justice, mais aussi une nécessité économique », a-t-il argumenté.
Pour étayer son propos, il a cité l’exemple de l’Espagne, où la régularisation de centaines de milliers de travailleurs étrangers a boosté la croissance, avec un PIB en hausse de 3 % contre à peine 1 % en France. « Quand on donne les mêmes droits aux travailleurs, on stimule l’économie au lieu de la fragiliser », a-t-il ajouté, critiquant au passage les discours qui associent immigration et chômage.
La France insoumise promet donc de faire de la régularisation des travailleurs sans papiers une priorité, tout en maintenant une ligne ferme sur les valeurs républicaines. Contrairement à l’extrême droite, elle ne lie pas immigration et insécurité, mais rappelle que l’intégration passe par l’accès au travail, au logement et à la protection sociale.
SMIC à 1 700 € net, salaire minimum européen et fin de l’austérité salariale
Sur le front social, la proposition phare reste l’augmentation du SMIC à 1 700 € net, soit une hausse de près de 200 € par rapport au niveau actuel. Mais la gauche ne s’arrête pas là : elle exige que les salaires soient revalorisés au-delà du simple rattrapage inflationniste, avec une augmentation générale des revenus dans toutes les entreprises, y compris les PME.
« Il faut augmenter les salaires dans toutes les entreprises, même les plus petites », a martelé Manuel Bompard, avant d’ajouter : « Le gouvernement peut commencer par revaloriser le SMIC, mais ensuite, il faut convoquer une nouvelle session des négociations annuelles obligatoires pour que les syndicats et le patronat se mettent d’accord sur des hausses significatives ».
Pour aider les petites entreprises à absorber ces hausses, la France insoumise propose plusieurs mesures : le rétablissement des tarifs réglementés de l’électricité, afin de réduire leurs coûts énergétiques, et la création d’un pôle public bancaire pour faciliter l’accès au crédit. « Il est anormal que les PME paient le même impôt sur les sociétés que les multinationales », a-t-il dénoncé, évoquant un « déséquilibre fiscal » qui pénalise les acteurs économiques locaux.
Ces propositions s’inscrivent dans une logique keynésienne : relancer la consommation pour soutenir la croissance. Une approche diamétralement opposée aux politiques d’austérité menées depuis des années, qui ont selon la gauche creusé les inégalités et affaibli le pouvoir d’achat des ménages.
Fabien Roussel, nouveau rival à gauche : une menace ou une opportunité ?
L’annonce de la candidature de Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste, à l’élection présidentielle de 2027, vient complexifier la donne à gauche. Cinq ans après sa première tentative, le leader communiste mise sur un discours plus souverainiste et moins critique envers l’OTAN pour séduire un électorat populaire en quête de protectionnisme.
Interrogé sur cette nouvelle candidature, Manuel Bompard a affiché une forme de sérénité. « La décision du Parti communiste ne nous concerne pas. Ce qui compte, c’est que les électeurs sachent qu’à gauche, il y a une candidature capable non seulement de se qualifier au second tour, mais surtout de l’emporter : celle de Jean-Luc Mélenchon », a-t-il déclaré, rappelant que le leader insoumis était le seul à pouvoir rassembler au-delà du clivage gauche-droite traditionnel.
Pour la France insoumise, l’enjeu est clair : éviter une dispersion des voix progressistes qui pourrait, à nouveau, ouvrir la voie à une victoire de l’extrême droite. Avec la montée en puissance de Marine Le Pen dans les sondages et le discrédit des partis de gouvernement, la gauche radicale se présente comme le seul rempart contre une bascule autoritaire en Europe.
L’Europe face à ses démons : l’extrême droite en embuscade
La victoire de l’AfD en Allemagne n’est pas un cas isolé. En Italie, Giorgia Meloni, bien que moins radicale que son homologue allemand, mène une politique migratoire de plus en plus restrictive, tandis qu’en Hongrie, Viktor Orbán cultive un discours ouvertement anti-unioniste et anti-démocratique. Pour la gauche française, ces exemples montrent l’urgence de proposer une alternative européenne forte, fondée sur la justice sociale et la protection des travailleurs.
Manuel Bompard a rappelé que l’Union européenne devait réagir fermement face à la montée des extrêmes, notamment en conditionnant les fonds européens au respect de l’État de droit. « Si l’Europe continue à fermer les yeux sur les dérives autoritaires, elle se tirera une balle dans le pied », a-t-il averti, rappelant que la prospérité du continent dépendait de sa capacité à maintenir des sociétés inclusives et solidaires.
Face à cette menace, la France insoumise mise sur une stratégie de front populaire, associant écologie sociale, justice fiscale et droits des travailleurs. Une ligne que Jean-Luc Mélenchon devrait détailler dans les prochaines semaines, à l’approche d’une présidentielle qui s’annonce comme l’une des plus incertaines de la Ve République.
Vers une nouvelle bataille des idées ?
Alors que le gouvernement Lecornu II tente de survivre dans un contexte de crise économique persistante, la gauche radicale se prépare à une offensive idéologique sans précédent. Entre le SMIC à 1 700 €, la régularisation des travailleurs sans papiers et la critique des politiques d’austérité, elle compte bien forcer le débat sur le modèle social français.
Pour ses détracteurs, ces propositions relèvent du populisme économique. Pour ses partisans, elles incarnent l’urgence d’une refonte en profondeur du système, où la richesse produite serait enfin redistribuée de manière équitable. Une chose est sûre : avec l’inflation qui ronge le pouvoir d’achat et l’extrême droite qui guette chaque faille, la bataille des idées ne fait que commencer.
Dans ce contexte, une question reste en suspens : la gauche saura-t-elle éviter les divisions qui l’ont affaiblie en 2022 ? Ou bien l’arrivée de Fabien Roussel dans la course présidentielle sonnera-t-elle le glas de toute ambition commune à gauche ?
Une certitude, en tout cas : « Quand il n’y a que l’extrême droite comme alternative, ça facilite son travail », a conclu Manuel Bompard. Et l’histoire récente montre qu’il n’a pas tort.