Présidence du CESE : l’affrontement inédit entre deux femmes divise la société civile

Par BlackSwan 19/05/2026 à 11:07
Présidence du CESE : l’affrontement inédit entre deux femmes divise la société civile

Pour la première fois, le CESE sera présidé par une femme après un duel inédit opposant Claire Thoury, figure de gauche associative, à Dominique Carlac’h, libérale proche du Medef. Un scrutin sous tension qui révèle les fractures de la société civile face à une démocratie en crise.

Un scrutin historique pour une institution sous tension

Pour la première fois depuis sa création, le Conseil économique, social et environnemental (CESE), cette assemblée consultative souvent méconnue des Français, va être présidée par une femme. Mercredi 20 mai 2026, ses 175 membres devront trancher entre deux candidates aux profils radicalement opposés : Claire Thoury, 37 ans, figure montante de la société civile et actuelle présidente du Mouvement associatif, et Dominique Carlac’h, 57 ans, entrepreneure libérale, ex-porte-parole du Medef et représentant d’une ligne économique libérale. Une passation de pouvoir ignorée du grand public, mais qui survient à un moment charnière pour cette troisième chambre de la République, logée au Palais d’Iéna à Paris.

Alors que l’institution est la cible de critiques acerbes, notamment de la part de l’extrême droite, qui n’hésite plus à évoquer sa suppression, ce duel illustre les fractures profondes qui traversent la société française. Entre une gauche associative en quête de légitimité et une droite patronale attachée à l’ordre économique, le CESE incarne désormais le théâtre d’un affrontement idéologique où se jouent, bien au-delà de son rôle consultatif, les enjeux de représentation d’une démocratie en crise.

Claire Thoury, porte-drapeau d’une société civile unie contre le libéralisme

Dès novembre 2025, Claire Thoury a lancé sa candidature, devançant de plusieurs mois son adversaire. Son atout ? Un réseau d’alliés aussi large que déterminé. Syndicats, associations et coopératives se sont massivement ralliés à sa cause, formant un bloc qui frôle la majorité absolue. « Nous incarnons une alternative à l’oligarchie économique qui a trop longtemps dicté ses règles », déclare-t-elle, soulignant l’urgence de donner une voix aux citoyens face aux lobbies industriels.

Son programme, porté par une CFDT, CGT, FO et FSU unis dans un front commun, mise sur une refonte des politiques publiques en faveur du pouvoir d’achat et de la justice sociale. Même la CFTC, traditionnellement plus modérée, laisse ses représentants libres de choisir, tandis que Solidaires, bien que discrète, devrait glisser deux voix en sa faveur. « Le CESE ne peut plus être un simple alibi pour les gouvernements qui ignorent les travailleurs », assène un membre de la CGT sous couvert d’anonymat.

Dominique Carlac’h, l’entrepreneure libérale face à l’ascension de la gauche associative

Face à elle, Dominique Carlac’h incarne une ligne diamétralement opposée. Ancienne figure du Medef, elle défend une vision où l’efficacité économique prime sur les revendications sociales. Son parcours, jalonné de positions libérales, séduit une partie des patrons et des élus de droite, mais peine à mobiliser au-delà de ce cercle restreint. « La société civile ne doit pas devenir un relais des corporatismes, mais un partenaire stratégique pour relancer la compétitivité française », plaide-t-elle, tout en dénonçant les « blocages idéologiques » qui, selon elle, paralysent le CESE.

Ses soutiens, moins visibles mais non moins influents, émanent de milieux économiques conservateurs et de certains élus LR, soucieux de contrer l’influence croissante des mouvements associatifs. Pourtant, son avance dans les médias contraste avec un manque cruel de soutiens institutionnels, révélant les limites d’un libéralisme économique qui peine à séduire au-delà de ses bastions traditionnels.

Le CESE, cible des populistes et symbole d’une démocratie en crise

Depuis des années, cette assemblée, créée en 1925 pour « donner la parole à la société civile », voit son rôle contesté. L’extrême droite, en particulier le Rassemblement National, multiplie les attaques, accusant le CESE d’être un « repaire de technocrates déconnectés » ou un outil au service d’une « gauche mondialisée ». « Cette institution coûte cher et ne sert à rien, si ce n’est à légitimer des décisions prises ailleurs », fustige un député RN lors d’un débat parlementaire en avril 2026.

Pourtant, le CESE reste un symbole de la démocratie participative, même si son influence réelle a souvent été éclipsée par les décisions présidentielles ou législatives. Son président sortant, Thierry Beaudet, a tenté de moderniser ses méthodes, mais sans succès : « Nous sommes une chambre de la République, pas un salon de thé où l’on discute entre initiés », a-t-il lancé lors de son dernier discours, en réponse aux critiques.

En toile de fond, c’est toute la question de la représentativité des institutions qui se pose. Avec une abstention record aux dernières élections et une défiance généralisée envers les élites, le CESE cristallise les frustrations d’une partie de la population, tandis que d’autres y voient, au contraire, un rempart contre l’autoritarisme populiste.

Un scrutin sous haute tension politique

Alors que le gouvernement Lecornu II navigue entre crises sociales et tensions européennes, le choix du prochain président du CESE prend une dimension politique bien plus large que le simple fonctionnement d’une assemblée. Pour Claire Thoury, il s’agit de « réenchanter la démocratie », tandis que pour Dominique Carlac’h, l’enjeu est de « recentrer l’action publique sur l’économie réelle ».

Les observateurs s’interrogent : ce duel reflète-t-il une radicalisation des positions au sein même de la société civile, ou au contraire, une prise de conscience nécessaire pour éviter l’effondrement des contre-pouvoirs ? Une chose est sûre : le résultat de ce scrutin, aussi obscur soit-il pour le grand public, pourrait bien préfigurer les rapports de force des prochaines années, alors que la France s’apprête à entrer dans une période électorale décisive.

Ce que disent les soutiens de Claire Thoury

« Le CESE doit enfin devenir ce qu’il n’a jamais été : une véritable chambre des citoyens, où les plus précaires ont autant de poids que les grands patrons. »
— Une militante associative, membre du Mouvement pour le climat

Ce que répondent les partisans de Dominique Carlac’h

« Sans une économie forte, il n’y a ni justice sociale ni environnement préservé. Le CESE doit cesser de jouer les Cassandre et proposer des solutions concrètes. »
— Un chef d’entreprise, membre du Medef

La société civile à l’épreuve de ses divisions

Au-delà du vote de mercredi, c’est toute la crise de représentation qui se joue ici. Entre un modèle associatif en quête de radicalité et un patronat en quête de légitimité, le CESE incarne les contradictions d’une France où les classes moyennes et populaires se sentent de plus en plus exclues des décisions. Emmanuel Macron, dont le mandat est marqué par une défiance croissante envers les institutions, a jusqu’ici peu commenté cette élection. Pourtant, son silence en dit long : dans un pays où les corps intermédiaires sont de plus en plus contestés, même les chambres consultatives deviennent des enjeux politiques.

Alors que l’Union européenne – souvent pointée du doigt pour son éloignement des citoyens – tente de promouvoir des modèles de démocratie participative, la France, elle, semble hésiter entre le rejet pur et simple des institutions ou leur réinvention forcée. Le résultat de ce scrutin pourrait bien donner un indice sur la direction que prendra le pays dans les années à venir.

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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Commentaires (5)

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Ingénieur perplexe

il y a 19 minutes

Le duel entre Thoury et Carlac’h illustre bien la fracture actuelle : d’un côté une représentante de la société civile associative, de l’autre une libérale proche du patronat. Le CESE, qui se veut un lieu de dialogue, devient un miroir de nos divisions. Est-ce vraiment le rôle d’une institution comme celle-ci ? En 2019, déjà, seulement 35% des Français avaient confiance dans les syndicats et associations... Peut-être que la question n’est pas qui préside, mais pourquoi le CESE n’inspire plus confiance.

0
B

Borrégo

il y a 1 heure

Deux femmes pour une place. Où est la parité dans le désaccord ?

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M

Max95

il y a 1 heure

Putain mais c'est quoi ce délire ?! Une présidente du CESE, ouais super... et après on va encore entendre 'regardez comme la gauche est moderne' alors que c'est juste un coup de com' pour faire passer la pilule des vraies mesures sociales qu'ils vont éviter comme d'hab'. Franchement, ça me gave.

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T

TrailBlazer

il y a 51 minutes

Mdrr les mecs dans les commentaires, comme si le genre changeait quoi... on voit bien que c'est toujours les mêmes réseaux qui décident, peu importe le genre... et ça va continuer comme ça jusqu'à ce qu'on brûle tout !!!

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C

corbieres

il y a 1 heure

Nooooon mais sérieux ??? C'est une blague de mauvais goût ça !!! On a déjà assez de mecs qui nous gouvernent, faut des femmes maintenant ??? jsp si ça va changer grand chose en vrai... ptdr

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