Une candidature surprise qui divise
Alors que la France traverse une crise démocratique sans précédent, Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, a officiellement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Une décision qui intervient dans un contexte de fragmentation politique et de défiance croissante envers les institutions.
Un timing contesté
Mathieu Darnaud, sénateur de l’Ardèche et proche de Retailleau, a défendu cette annonce, estimant qu’elle répondait à une attente des Français pour des idées claires. « Une élection présidentielle doit permettre de tracer des perspectives pour l’avenir du pays », a-t-il déclaré, soulignant l’importance d’un débat structuré dans un contexte de crises multiples.
Pourtant, certains observateurs s’interrogent sur le choix de se lancer avant les municipales de 2026. Un échec local pourrait fragiliser une campagne déjà perçue comme risquée par une partie de la droite modérée. « La politique exige parfois de prendre des risques », a rétorqué Darnaud, défendant une approche long terme.
Immigration : une ligne dure assumée
Retailleau a immédiatement marqué son positionnement en déclarant que
« l’immigration n’est plus une chance », évoquant une société multiculturelle et multiconflictuelle. Une posture qui s’inscrit dans une droite affirmée, voire conservatrice, et qui pourrait séduire une partie de l’électorat déçu par le gouvernement Lecornu II.
Darnaud a justifié ces propos en rappelant que l’immigration figure parmi les principales préoccupations des Français, indépendamment de leurs sensibilités politiques. Il a également évoqué l’idée d’un référendum sur le sujet, une proposition qui pourrait polariser davantage le débat.
Un référendum constitutionnel en question
L’idée d’un référendum sur l’immigration a suscité des critiques, certains estimant qu’il s’agit davantage d’une déclaration d’intention que d’une proposition réaliste. « Ces sujets méritent d’être examinés avec sérieux, dans la durée », a tempéré Darnaud, reconnaissant la complexité juridique d’une telle consultation.
Pourtant, dans un contexte de crise de la démocratie locale, l’outil référendaire pourrait séduire une partie de l’opinion publique, lassée des décisions technocratiques du pouvoir en place. Retailleau mise ainsi sur un discours anti-système, tout en évitant les dérives de l’extrême droite.
Une campagne à haut risque
Alors que le gouvernement Lecornu II peine à rassembler une majorité stable à l’Assemblée nationale, la candidature de Retailleau pourrait redessiner les clivages politiques en vue de 2027. Reste à savoir si cette droite identitaire parviendra à séduire au-delà de son électorat traditionnel.
Dans un paysage politique marqué par la montée des populismes et la défiance envers les élites, Retailleau mise sur un discours rupturiste, tout en évitant les écueils de l’extrême droite. Une stratégie qui pourrait diviser la droite modérée, déjà fragilisée par les divisions internes.
À quelques mois des municipales, cette candidature pourrait aussi influencer les stratégies des autres partis, notamment le Rassemblement National, qui pourrait être tenté de durcir son discours pour ne pas perdre des voix sur sa droite.