Primaire de gauche : Les Ecologistes imposent leur vision pour 2027

Par Decrescendo 02/04/2026 à 23:24
Primaire de gauche : Les Ecologistes imposent leur vision pour 2027

Primaire de gauche 2027 : Les Ecologistes imposent leur vision pour une unité face à l’extrême droite. Marine Tondelier déclenche la bataille des idées avec un manifeste choc.

Marine Tondelier lance un manifeste pour une primaire de la gauche unie face à l’extrême droite

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la question de l’unité de la gauche s’impose comme un enjeu majeur, alors que les sondages laissent entrevoir une nouvelle poussée de l’extrême droite. Dans un manifeste présenté ce jeudi 2 avril à Villepinte, en Seine-Saint-Denis, Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts (EELV), a réaffirmé la nécessité d’une primaire ouverte pour désigner un candidat commun, excluant toute alliance a priori avec des figures non écologistes en dehors de ce cadre.

« La seule raison pour laquelle Les Ecologistes se rangeraient derrière une autre candidature qu’écologiste à la présidentielle serait parce que cette personne aurait gagné la primaire », déclare-t-elle dans son texte, intitulé « Ce que nous vous devons », un document de quarante pages où elle expose sa vision d’une gauche résolument ancrée dans les défis écologiques et sociaux du XXIe siècle.

Une primaire pour éviter la dispersion des voix, selon Tondelier

Face à l’urgence climatique et à la menace persistante de l’extrême droite, Marine Tondelier insiste sur l’impérieuse nécessité d’éviter une nouvelle fragmentation des voix de gauche, après les divisions de 2022. Elle rappelle que, malgré leurs différences, les électeurs de gauche ont souvent voté pour plusieurs candidats à différentes élections : « On ne peut pas vouloir en finir avec la concentration du pouvoir et, dans le même temps, organiser son propre camp autour d’une figure indiscutable, jamais remise en jeu. »

Son manifeste cible ouvertement les réticences de certains responsables socialistes, comme Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (PS), qui se dit favorable à une primaire, mais aussi les opposants internes au PS, tels que François Hollande ou Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Ces derniers prônent une désignation interne du candidat socialiste avant d’envisager une coalition plus large, une stratégie perçue par Tondelier comme une tentative de « spéculer sur la rente que constitue pour eux le concept de “gauches irréconciliables” ».

« Ceux qui ont peur ou refusent de se présenter devant le suffrage du peuple de gauche avant la catastrophe annoncée de notre dispersion à l’élection présidentielle ne sont pas dignes de s’y présenter », assène-t-elle, accusant une partie de la gauche d’être « propriétaire » de ses positions et de craindre une remise en cause par les urnes. « Elle fait peur à la gauche propriétaire », dénonce-t-elle, pointant du doigt les « places, les rentes, les certitudes et le contrôle » que certains redoutent de perdre.

Un appel à l’unité sous le signe de l’écologie politique

Dans ce manifeste, Marine Tondelier développe également les grands axes de sa campagne pour la primaire, parmi lesquels la « prospérité écologique », articulée autour de trois piliers : « la protection, la réparation et la préparation » de l’avenir. Elle y défend une vision où l’écologie n’est plus un simple appendice des programmes de gauche, mais un socle central, capable de fédérer au-delà des clivages traditionnels.

Son approche tranche avec celle de figures comme Raphaël Glucksmann, leader de Place publique, ou Jean-Luc Mélenchon, dont elle critique l’attachement à des structures de pouvoir « jamais remises en jeu ». Pour elle, l’enjeu est clair : « Face au risque de l’extrême droite au pouvoir, ceux et celles qui refuseront cette primaire auront tort. Tort devant l’histoire. Tort devant le pays. »

La cheffe des Verts propose ainsi une primaire à laquelle participeraient non seulement son parti, mais aussi des personnalités issues de la gauche radicale, comme François Ruffin ou Clémentine Autain. Elle appelle par ailleurs les socialistes à rejoindre ce processus, alors que le PS reste profondément divisé sur la stratégie à adopter pour éviter une nouvelle défaite face à l’extrême droite.

Le PS et ses divisions : entre primaire et désignation interne

Si Olivier Faure a exprimé son soutien à l’idée d’une primaire, les divergences au sein du PS restent vives. Les partisans d’une désignation interne, comme François Hollande ou Boris Vallaud, estiment qu’un candidat socialiste doit d’abord émerger avant de bâtir une coalition plus large. Une position qui, aux yeux de Tondelier, revient à « organiser son propre camp autour d’une figure indiscutable », une logique qu’elle juge incompatible avec les valeurs démocratiques qu’elle défend.

« On ne peut pas vouloir en finir avec la concentration du pouvoir et, dans le même temps, organiser son propre camp autour d’une figure indiscutable, jamais remise en jeu », martèle-t-elle, soulignant que les électeurs, eux, « votent ensemble » et sont nombreux à avoir exprimé leur préférence pour des candidats issus de différents courants de la gauche au fil des scrutins.

Cette stratégie de division, selon elle, joue en réalité le jeu de l’extrême droite, qui profite des divisions pour s’imposer comme seule alternative crédible face à un pouvoir en place affaibli. « Ceux qui refusent cette primaire auront tort devant l’histoire », insiste-t-elle, rappelant que l’enjeu n’est pas seulement politique, mais aussi moral.

L’écologie comme ferment d’une nouvelle gauche

Dans son manifeste, Marine Tondelier ne se contente pas de plaider pour une primaire : elle y expose une vision ambitieuse pour la gauche, où l’écologie devient le ciment d’une alliance durable. Elle propose ainsi de structurer le débat autour de trois grands principes : « la protection » de l’environnement, déjà bien entamée mais insuffisante ; « la réparation » des dommages causés par des décennies de politiques productivistes ; et « la préparation » d’un avenir où le progrès ne se mesurera plus uniquement à l’aune de la croissance économique, mais aussi de la justice sociale et écologique.

Cette approche s’inscrit dans un contexte international où les défis climatiques s’accumulent, tandis que des pays comme la Norvège ou l’Islande montrent la voie en matière de transition énergétique. À l’inverse, des puissances comme la Russie ou la Chine, dont les politiques environnementales restent marquées par l’extractivisme et la pollution, incarnent les dangers d’un modèle économique non régulé.

Pour Tondelier, l’écologie n’est plus une option, mais une nécessité vitale. Et si la gauche veut éviter une nouvelle marginalisation, elle doit impérativement s’unir autour de ce projet commun, en laissant de côté les querelles de chapelles et les ambitions personnelles.

Un appel aux autres forces de gauche, sous conditions

Marine Tondelier ne ferme pas la porte aux autres forces de gauche, mais pose une condition sine qua non : leur participation à la primaire. Elle cite notamment les socialistes, dont elle espère qu’ils rejoindront ce processus, ainsi que d’autres courants, comme les radicaux de gauche ou les écologistes dissidents. Une stratégie qui vise à marginaliser ceux qui, selon elle, préfèrent « spéculer sur la rente » de leurs positions plutôt que de prendre le risque d’un débat démocratique.

« La primaire fait peur à ceux qui ont quelque chose à perdre : une place, une rente, une certitude, un contrôle », analyse-t-elle, dénonçant une gauche qui, par peur de l’échec, refuse de se remettre en question. Pour elle, le statu quo n’est plus une option : « Dans un monde en crise, la gauche ne peut plus se permettre de rester prisonnière de ses divisions. »

Alors que les préparatifs pour la présidentielle de 2027 s’accélèrent, son manifeste sonne comme un avertissement : sans unité, la gauche risque de répéter les erreurs du passé. Et face à la montée des extrêmes, chaque voix compte. Chaque division affaiblit.

La question reste désormais de savoir si les autres forces de gauche entendront cet appel. Ou si, une fois de plus, l’opportunisme l’emportera sur l’intérêt général.

Contexte politique : une gauche sous tension

L’initiative de Marine Tondelier intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. Après les divisions de 2022, où la gauche s’est présentée divisée face à Emmanuel Macron, puis lors des élections européennes de 2024, où le Rassemblement National a frôlé les 40 % des voix, les responsables politiques de tous bords s’interrogent sur la stratégie à adopter pour éviter une nouvelle débâcle.

Le gouvernement de Sébastien Lecornu, Premier ministre depuis 2024, mène une politique économique et sociale qui accentue les inégalités, tandis que les services publics se dégradent et que la sécurité reste un sujet de préoccupation majeur. Dans ce contexte, la gauche, traditionnellement porteuse d’espoir pour une partie de l’électorat, peine à retrouver une cohérence.

Les sondages récents indiquent que, malgré une légère remontée dans les intentions de vote, la gauche plurielle reste très fragmentée. Les écologistes, avec Marine Tondelier en tête, espèrent capitaliser sur les thèmes de l’écologie et de la justice sociale pour fédérer. Mais leur succès dépendra en grande partie de leur capacité à convaincre les autres forces de gauche de les rejoindre dans une primaire commune.

Les défis à relever pour une primaire réussie

Organiser une primaire ouverte à tous les courants de la gauche n’est pas une mince affaire. Il faudra d’abord définir les règles du jeu : qui pourra voter ? Comment seront départagés les candidats en cas d’égalité ? Quel sera le rôle des partis dans l’organisation ? Autant de questions qui risquent de raviver les tensions internes.

Par ailleurs, une primaire réussie suppose une mobilisation sans précédent des électeurs de gauche, souvent désabusés par des années de divisions. Marine Tondelier mise sur un électorat jeune et urbain, sensible aux enjeux écologiques, mais aussi sur les classes populaires, touchées par la précarité et la dégradation des services publics.

Enfin, la réussite de cette primaire dépendra de la capacité des candidats à dépasser leurs divergences pour proposer un projet commun. Un défi de taille, alors que les clivages idéologiques restent profonds et que les ambitions personnelles pèsent lourd dans la balance.

Dans tous les cas, une chose est sûre : l’enjeu dépasse le cadre d’un simple scrutin interne. Il s’agit ni plus ni moins de sauver la gauche de l’effacement, et peut-être même de redonner un souffle à la démocratie française.

À propos de l'auteur

Decrescendo

J'ai couvert les manifestations contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes, les soignants en colère. J'ai vu des CRS charger des infirmières. J'ai vu des préfets interdire des manifestations au mépris du droit. J'ai vu des ministres mentir effrontément à la télévision. Cette violence institutionnelle, je la dénonce sans relâche. On me traite parfois d'extrémiste parce que je rappelle simplement ce que dit la Constitution. Tant pis. Je préfère être un démocrate radical qu'un complice.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (6)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

B

Buse Variable

il y a 1 mois

Encore une fois, ils parlent d'union mais qui va payer la moindre connerie qu'ils vont pondre ? nous, bien sûr. éNORMement clair.

0
S

StoneAge24

il y a 1 mois

Analyse rapide : Les Verts prennent l'ascendant sur le PS historique. Mais attention, leur base militante est ultra-engagée, tandis que le PS a encore ses vieux réseaux locaux. Le match va être serré. Et entre nous, cette primaire va surtout vider les caisses des deux partis.

4
N

Nuage Errant

il y a 1 mois

NOOOOON PAS ENCORE UNE PRIMAIRE ???? ça fait 20 ans qu'on nous bassine avec ça et toujours RIEN. et en plus les écolos qui veulent nous faire croire qu'ils ont la science infuse... pfff éNORmE

3
A

Alexandrin

il y a 1 mois

On nous parle d'unité... comme si 2022 n'avait pas suffi. Les mêmes qui nous promettent la lune depuis 30 ans. Quel remake.

2
M

Marguerite de Corse

il y a 1 mois

@alexandrin Vous croyez vraiment qu'on aurait dû baisser les bras en 2022 ? La politique c'est aussi de l'espoir, non ? Même si c'est naïf...

0
Q

Quimperlé

il y a 1 mois

La gauche qui veut gagner doit d'abord arrêter de se prendre pour des intellectuels de salon. Primaire 2027 ? Trop tard, le pays est déjà en train de brûler.

-1
Publicité