Retraites : le RN veut un retour à 62 ans malgré les alertes économiques

Par SilverLining 19/05/2026 à 23:15
Retraites : le RN veut un retour à 62 ans malgré les alertes économiques

Retraites : le RN veut un retour à 62 ans malgré les alertes économiques. Une promesse électorale coûteuse qui divise les experts et les partenaires sociaux.

Le Rassemblement national maintient sa promesse d’un âge légal à 62 ans, malgré les critiques des économistes

Dans un entretien accordé ce mardi 19 mai 2026, Thomas Ménagé, député du Rassemblement national (RN) et porte-parole du groupe à l’Assemblée nationale, a réaffirmé la position de son parti sur la réforme des retraites. Alors que le gouvernement Lecornu II peine à trouver un équilibre budgétaire et que les caisses de retraite restent sous tension, le RN persiste à défendre un retour à l’âge légal de départ à 62 ans pour les salariés ayant commencé à travailler avant 20 ans. Une proposition qui s’inscrit dans une logique de réindustrialisation et de lutte contre les abus du système actuel, selon le parti d’extrême droite.

Un discours qui s’appuie sur l’argument des cotisations élevées en France

Pour justifier cette position, Thomas Ménagé met en avant le niveau élevé des cotisations sociales en France, bien supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE. « En France, on cotise 28 % de notre salaire, contre 18 % en moyenne dans l’OCDE », a-t-il souligné, estimant que ce différentiel permet aux Français de partir plus tôt tout en bénéficiant de pensions plus généreuses. Une analyse qui occulte cependant les disparités entre les systèmes de retraite européens, où certains pays comme l’Allemagne compensent des cotisations plus faibles par des complémentaires privées obligatoires.

Le député du Loiret a également évoqué le taux d’emploi français, inférieur de dix points à celui des Pays-Bas, suggérant que des gains de productivité pourraient générer jusqu’à 140 milliards d’euros de recettes supplémentaires chaque année. Une hypothèse optimiste, alors que les économistes soulignent la difficulté à atteindre un tel objectif sans réformes structurelles profondes.

Un positionnement qui interroge sur la cohérence économique du RN

Si le RN assume une ligne économique protectionniste, mêlant relance industrielle et restrictions budgétaires, les experts restent sceptiques quant à la faisabilité d’un retour à 62 ans sans alourdir davantage le déficit des régimes de retraite. Les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR) indiquent que le système pourrait être en déficit chronique d’ici 2030, même avec une croissance modérée.

Thomas Ménagé a balayé ces objections en insistant sur la nécessité de réformer le marché du travail plutôt que de toucher aux paramètres existants. « Il faut remettre la France au travail, lutter contre ceux qui profitent d’un système trop généreux », a-t-il déclaré, sans préciser comment son parti compte inciter les entreprises à embaucher dans un contexte de ralentissement économique.

Un programme économique qui oscille entre libéralisme et conservatisme social

Le RN, souvent perçu comme un parti anti-élites, défend paradoxalement une vision où l’État jouerait un rôle central dans la relance industrielle, tout en prônant des restrictions sur les dépenses sociales. Thomas Ménagé a par exemple critiqué l’assistanat, ce phénomène où certains bénéficiaires d’aides sociales gagneraient mieux leur vie sans travailler, un argument déjà avancé par Laurent Wauquiez. Une rhétorique qui rappelle les débats des années 2010, où la droite traditionnelle accusait les bénéficiaires des minima sociaux de profiter du système.

Sur le terrain de la santé, le RN propose de renforcer la lutte contre la fraude aux arrêts maladie, un sujet régulièrement soulevé par les employeurs et les mutuelles. Cependant, le parti rejette toute augmentation des franchises, estimant que les Français subissent déjà suffisamment la hausse du coût de la vie. Une position qui contraste avec les préconisations des libéraux, mais qui s’inscrit dans une logique de protection des classes populaires, électorat traditionnel du RN.

Une ligne politique en phase avec Marine Le Pen, mais en décalage avec les réalités économiques

Interrogé sur les divergences apparentes entre Jordan Bardella et Marine Le Pen, Thomas Ménagé a assuré qu’« il n’y a aucune différence entre les deux », malgré les déclarations passées du président du RN sur la flexibilité des réformes. Le député a également défendu la ligne commune sur la taxation des surprofits, estimant que « une taxe sur les superprofits n’est pas une priorité », un argument qui a pu surprendre dans un contexte de crise énergétique récente.

Pourtant, les économistes rappellent que la hausse des dépenses publiques, couplée à un vieillissement démographique accéléré, rend les marges de manœuvre du RN illusoires. Avec un taux de chômage à 7,5 % et une croissance atone, la promesse d’un retour à 62 ans apparaît comme un vœu pieux, surtout si elle doit s’accompagner d’autres baisses de charges pour les entreprises.

Un projet qui divise, entre nostalgie et modernité

Le RN mise sur un électorat en quête de sécurité, notamment parmi les seniors et les ouvriers, pour qui l’âge de la retraite reste un marqueur social fort. Pourtant, les syndicats et une partie de la gauche dénoncent une stratégie de division, accusant le parti de vouloir sacrifier l’équité intergénérationnelle au profit d’un discours populiste. « On ne peut pas à la fois réduire les dépenses sociales et promettre des retraites plus tôt », estime un économiste proche de la majorité présidentielle.

Alors que la France s’apprête à entrer dans une période électorale cruciale, le RN tente de concilier son discours anti-système avec une offre économique floue, entre relance industrielle et austérité sociale. Une équation difficile, alors que les Français, de plus en plus inquiets pour leur pouvoir d’achat, attendent des solutions concrètes plutôt que des promesses démagogiques.

Un débat qui dépasse les clivages traditionnels

La proposition du RN s’inscrit dans un contexte où les partis traditionnels de droite et de gauche peinent à proposer des réformes crédibles. Le gouvernement Lecornu II, fragilisé par des divisions internes, mise sur des ajustements marginaux plutôt que sur une refonte en profondeur du système. Quant à la gauche, elle reste divisée entre ceux qui prônent un retour pur et simple à 60 ans et ceux qui défendent une taxation accrue des hauts revenus pour sauver les retraites.

Dans ce paysage politique morcelé, le RN mise sur son image de parti qui écoute le peuple, tout en évitant de préciser comment il financerait ses promesses. Une stratégie risquée, alors que les Français, de plus en plus méfiants envers les partis, attendent des actes plutôt que des slogans.

Les défis d’une réforme des retraites en 2026

Avec un déficit prévisionnel de 12 milliards d’euros pour le régime général en 2027, la question des retraites reste un sujet explosif. Le RN propose une solution radicale, mais sans préciser comment elle s’articulerait avec les autres postes de dépenses publiques. Entre relance économique et réduction des dépenses, le parti semble osciller entre deux logiques contradictoires.

Les experts s’accordent sur un point : sans une croissance soutenue ou une augmentation des cotisations, le retour à 62 ans est incompatible avec le maintien du niveau actuel des pensions. Une équation que le RN préfère ignorer, préférant miser sur le mécontentement social plutôt que sur une analyse réaliste des contraintes budgétaires.

Alors que les négociations avec les partenaires sociaux s’annoncent tendues, une chose est sûre : le débat sur les retraites n’est pas près de s’éteindre. Et dans ce bras de fer, le RN compte bien jouer sa partition, quitte à prendre des risques économiques majeurs.

Le RN face à ses contradictions : entre discours anti-élites et réalités économiques

Le parti d’extrême droite, qui se présente comme le défenseur des travailleurs, propose une réforme des retraites qui, si elle était appliquée, pénaliserait les plus modestes. En effet, un départ à 62 ans suppose une cagnotte personnelle suffisante pour compenser les années de cotisations manquantes, un luxe inaccessible pour une partie des salariés précaires. Une contradiction que Thomas Ménagé n’a pas eu l’occasion d’éclaircir lors de l’interview.

De plus, le RN défend une vision où le travail serait la solution à tous les maux, une idée séduisante pour une partie de l’électorat, mais qui se heurte à la réalité d’un marché du travail de plus en plus précaire. Avec un taux d’emploi des seniors inférieur à la moyenne européenne, la France part déjà avec un retard difficile à combler.

Enfin, le parti reste évasif sur les moyens concrets pour atteindre son objectif. Si le RN mise sur la réindustrialisation, les effets concrets de cette politique prendront des années à se concrétiser. Entre-temps, les caisses de retraite continueront de se vider, et les Français devront choisir entre accepter une baisse de leurs pensions ou un report de l’âge légal.

Une équation sans solution simple, qui place le RN dans une position inconfortable : celle d’un parti qui promet des lendemains qui chantent, mais sans plan crédible pour y parvenir.

Un programme économique qui inquiète les partenaires sociaux

Les syndicats, qui avaient déjà vivement critiqué la réforme Macron de 2023, voient d’un mauvais œil les propositions du RN. « Un retour à 62 ans sans compensation serait une catastrophe pour les carrières longues », estime un représentant de la CGT. Quant à la lutte contre la fraude aux arrêts maladie, les syndicats rappellent que les abus existent, mais qu’ils restent marginaux par rapport aux dysfonctionnements structurels du système de santé.

Le RN, qui se présente comme le garant de la justice sociale, semble donc prêt à sacrifier une partie des droits acquis au nom d’une logique comptable. Une approche qui rappelle les réformes libérales des années 1990, mais qui tranche avec le discours traditionnel de l’extrême droite, souvent perçue comme protectrice des plus fragiles.

Face à cette ambiguïté, les Français restent divisés. Certains y voient une opportunité de retrouver un emploi stable, tandis que d’autres craignent une précarisation accrue de leur situation. Une chose est sûre : le débat sur les retraites est loin d’être clos, et le RN compte bien en faire un argument électoral majeur en vue de 2027.

Conclusion : un pari risqué pour le RN

En maintenant sa promesse d’un retour à 62 ans, le Rassemblement national prend un pari audacieux. Entre nostalgie des Trente Glorieuses et réalités économiques du XXIe siècle, le parti tente de séduire un électorat en quête de repères. Pourtant, les chiffres sont têtus : sans une croissance exceptionnelle ou une augmentation des cotisations, une telle réforme serait insoutenable.

Dans un contexte où les Français sont de plus en plus méfiants envers les promesses politiques, le RN mise sur son image de parti qui dit la vérité. Mais la vérité, parfois, peut se révéler cruelle. Et c’est bien ce risque que le parti d’extrême droite devra assumer s’il accède un jour au pouvoir.

À propos de l'auteur

SilverLining

On me demande souvent comment je garde espoir face au désastre politique actuel. Ma réponse est simple : je vois ce qui se passe sur le terrain. Des citoyens qui s'organisent, des collectifs qui naissent, des alternatives qui émergent. La politique ne se résume pas aux jeux de pouvoir parisiens. Partout en France, des gens refusent la résignation et inventent autre chose. C'est cette France-là que je documente, celle qui ne fait jamais les gros titres mais qui prépare le monde d'après.

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Commentaires (5)

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Jean-Marc C.

il y a 3 heures

Moi perso, je me demande juste comment ils font pour dormir la nuit. Entre les promesses en l’air et les caisses vides, y’a pas à chercher bien loin : c’est une arnaque électorale comme un autre. Mais bon, les gens votent avec leur cœur, pas avec leur Excel.

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TruthSeeker

il y a 4 heures

Retraite à 62 ans + baisse des impôts = mathématiquement impossible. Sauf à croire que la croissance va exploser grâce à un coup de baguette magique... ou alors c’est juste du clientélisme électoral en mode "on vous promet la lune pour avoir vos voix".

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M

Mittelbergheim

il y a 6 heures

Comme d'hab. 62 ans = 64 ans = 60 ans. Bientôt on fera retraite à la naissance pour faire des économies.

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WordSmith

il y a 7 heures

nooooon mais sérieux ??? le RN reviens sur la réforme MAIS APRES ÇA ??? ils veulent qu'on vote pour eux ?! ptdr

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Raphaël63

il y a 5 heures

@wordsmith Écoute, je comprends ton agacement, mais tu sais bien qu’ils vont jamais tenir cette promesse. Déjà en 2022 ils parlaient de dévaluer l’euro si Marine gagnait, tu te souviens ? Genre, la réalité économique ils s’en tapent grave.

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