Primaire de gauche : Ruffin défie les élites et la finance pour l'Élysée

Par Anadiplose 28/04/2026 à 10:31
Primaire de gauche : Ruffin défie les élites et la finance pour l'Élysée

François Ruffin exige une primaire à gauche face aux « arrangements de salons » et aux élites. Le candidat insoumis mise sur les luttes sociales et un SMIC à 1 700 € pour fédérer, alors que la gauche reste divisée avant 2027.

François Ruffin en campagne pour une gauche unie, face aux manœuvres des « petits marquis »

Dans un entretien musclé diffusé ce mardi 28 avril 2026 lors des 4 Vérités sur France Télévisions, François Ruffin, député de la Somme et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, a réaffirmé sa détermination à pousser pour l’organisation d’une primaire à gauche. Une initiative qu’il présente comme la seule voie pour éviter une nouvelle fragmentation des forces progressistes face à la droite et à l’extrême droite.

S’exprimant devant des millions de téléspectateurs, le député insoumis a dénoncé sans détour les « petits marquis de la politique » qu’il accuse de vouloir résoudre les tensions internes à la gauche par des « négociations de salons » et des « arrangements derrière des portes closes ». Une critique à peine voilée envers certains responsables socialistes et européennes, dont Raphaël Glucksmann, figure de Place publique, qui rejettent catégoriquement l’idée d’une primaire. « Ça ne se fera pas comme ça », a-t-il martelé, insistant sur la nécessité d’un « départage au grand jour », « à ciel ouvert », où « ce sera le peuple de gauche qui tranchera ».

75 % de la gauche favorable à une primaire, selon Ruffin

Le candidat, qui affiche ses ambitions depuis janvier 2026, s’appuie sur des chiffres qu’il présente comme accablants pour son camp : « 75 % des Insoumis, comme 75 % des socialistes, souhaitent une investiture commune », affirme-t-il. Une unanimité de façade, en réalité mise à mal par les divisions persistantes au sein de la NUPES et du Parti socialiste. Alors que certains, à l’instar de Raphaël Glucksmann, prônent une stratégie autonome pour la gauche, Ruffin mise sur l’énergie collective, dénonçant un « manque de courage politique » chez ceux qui refusent le scrutin interne.

Interrogé sur sa possible candidature en l’absence de primaire, il a été catégorique : « Je mets tout en place pour qu’on y aille, même si mon souhait est qu’il y ait une primaire. » Une posture qui rappelle celle de Jean-Luc Mélenchon en 2022, où le candidat insoumis avait su incarner un « vote utile » malgré l’absence d’accord unifié. Ruffin, lui, assume pleinement cette stratégie : « Je me mets en situation d’être candidat à l’élection présidentielle. »

Une campagne ancrée dans les luttes sociales, loin des salons parisiens

Lors de cet entretien, François Ruffin a une fois de plus recentré son discours sur les classes populaires, s’appuyant sur des exemples concrets pour illustrer la fracture entre les « financiers » et les « travailleurs ». Il a notamment évoqué la situation d’un Ehpad des Feuillants à Poitiers, où le personnel, payé 1 700 euros net par mois, est contraint de « se priver » pour survivre. « Cet Ehpad appartient à Vivalto Vie, qui appartient à BNP Paribas, à RK Capital, à un fonds d’investissement à Abu Dhabi », a-t-il rappelé, pointant du doigt les mécanismes du leveraged buyout, ces rachats d’entreprises par endettement qui asphyxient les services publics au profit de profits privés.

« C’est la finance qui règne aujourd’hui », a-t-il lancé, citant même un article des Échos où Bernard Arnault, patron de LVMH, affirmait sans détour : « Le dividende est roi. » Une phrase qui, pour Ruffin, résume l’état d’un pays où « les gens travaillent pour le marché, pas pour nos enfants, pas pour notre pays ». Une critique acerbe envers un système qu’il juge « injuste » et « à bout de souffle », où les dividendes des actionnaires priment sur les salaires et les conditions de travail.

« Quand on pense à ces travailleurs, à ces personnes âgées que l’on rationne, on ne peut pas se contenter de discours en salle de réunion. Il faut un rééquilibrage, une vraie justice fiscale et sociale. »

Le candidat a également défendu son projet phare : le SMIC à 1 700 euros net, soit une revalorisation de plus de 20 % par rapport au salaire minimum actuel. Une mesure présentée comme « une nécessité » pour permettre aux Français de « vivre décemment de leur travail », alors que la France affiche l’un des SMIC les moins revalorisés d’Europe ces dix dernières années. « En Belgique, il a augmenté de 40 %, en Hongrie de 120 %, au Portugal de 70 %. Nous, nous sommes à la traîne », a-t-il rappelé, dénonçant les « trappes à bas salaire » qui poussent les patrons à sous-payer leurs employés malgré les aides publiques.

Santé, immigration et justice sociale : les combats de Ruffin

Abordant la question de l’hôpital public, Ruffin a dénoncé une « exploitation » des médecins étrangers et des internes, dont les conditions de travail et les salaires précaires maintiennent le système à flot. « L’hôpital repose sur deux catégories exploitées : les médecins étrangers et les jeunes internes », a-t-il souligné, avant d’ajouter : « La France ne doit pas faire appel à des médecins algériens, tunisiens ou roumains. Elle doit former ses propres médecins. » Une position qui tranche avec celle d’Emmanuel Macron, qui a récemment défendu l’embauche de médecins étrangers pour pallier les pénuries, une mesure que Ruffin qualifie de « fatalité inacceptable ».

Sur l’immigration, le député a adopté une ligne ferme, refusant toute idée d’« armée de réserve du capitalisme » pour les secteurs en tension. « Je ne veux pas que ce qu’on a fait hier sur l’industrie, on le refasse aujourd’hui sur les services », a-t-il déclaré, évoquant les risques d’une main-d’œuvre sous-payée et sans droits dans les maisons de retraite ou le secteur du nettoyage. Une position qui pourrait lui aliéner une partie de l’électorat progressiste, mais qui s’inscrit dans sa stratégie de mobilisation des classes populaires.

Une gauche divisée, un enjeu de survie politique

Alors que la gauche française reste profondément fragmentée entre insoumis, socialistes, écologistes et communistes, l’appel de Ruffin à une primaire intervient dans un contexte où les sondages donnent une avance confortable à la droite et à l’extrême droite pour 2027. Les dernières projections créditent le Rassemblement National de Marine Le Pen en tête des intentions de vote au premier tour, devant Les Républicains et la majorité présidentielle. Une situation qui pousse certains à plaider pour une unité rapide, quitte à sacrifier des ambitions individuelles.

Pourtant, les réticences sont nombreuses. Raphaël Glucksmann, figure montante de Place publique, a déjà exclu toute alliance avec La France Insoumise, jugeant le programme de Ruffin « trop radical ». De son côté, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, oscille entre pragmatisme et rejet de toute primaire, craignant une nouvelle défaite cuisante comme en 2022. « Les socialistes savent que sans unité, ils n’ont aucune chance », analyse un observateur proche du PS. « Mais Ruffin incarne une gauche radicale qui effraie une partie de l’électorat modéré. »

Face à ces divisions, François Ruffin mise sur la mobilisation populaire. « On ne peut pas gagner en négociant dans des salons », a-t-il répété, insistant sur la nécessité de « débordement » et de « millions de Français » pour porter une alternative crédible. Une stratégie qui rappelle celle du mouvement social des Gilets jaunes, où Ruffin s’était illustré en 2018 en incarnant la colère des périphéries contre les élites parisiennes.

Un candidat prêt à en découdre, même seul

Le député de la Somme a également confirmé qu’il préparait activement sa campagne, avec deux objectifs affichés : recueillir les 500 parrainages nécessaires et lever les « millions » de fonds pour mener bataille. « Nous avons déjà collecté 100 000 signatures pour Nous Président en janvier », a-t-il rappelé, évoquant aussi le meeting de Lyon qui a rassemblé 2 500 personnes samedi dernier. « On est en train de construire quelque chose de massif. »

Interrogé sur sa capacité à fédérer au-delà de son camp, Ruffin a balayé les critiques : « Mon but, ce n’est pas de créer un vote utile. C’est que les gens qui travaillent, qui se lèvent tôt, qui ont trimé toute leur vie, puissent enfin vivre décemment. Qu’ils se sentent représentés. » Une rhétorique qui trouve un écho particulier dans une France où le pouvoir d’achat reste la première préoccupation des ménages, devant l’insécurité ou l’immigration.

Alors que les élites politiques s’écharpent sur les stratégies électorales, François Ruffin, lui, mise sur la radicalité du discours et la proximité avec les luttes sociales. Une approche qui pourrait bien séduire une partie de l’électorat déçu par les partis traditionnels, mais qui risque aussi d’accentuer les divisions à gauche. Une chose est sûre : dans l’arène politique française, 2027 s’annonce comme un combat sans merci, où chaque mot, chaque position, compte.

La gauche face à son destin : primaire ou chaos ?

Alors que les horizons se précisent pour l’élection présidentielle de 2027, la question d’une primaire à gauche reste plus que jamais un sujet de discorde. Pour François Ruffin, elle est « la seule issue ». Pour d’autres, elle serait un aveu de faiblesse, une preuve d’incapacité à s’unir. Pourtant, une chose est certaine : sans accord, la gauche risque de reproduire les erreurs du passé, offrant sur un plateau d’argent une victoire à la droite ou à l’extrême droite.

Dans un pays où les inégalités n’ont jamais été aussi criantes, où les services publics sont asphyxiés par la finance, où les travailleurs peinent à joindre les deux bouts, le choix est simple : soit la gauche accepte de se rassembler derrière un projet commun, soit elle disparaîtra du paysage politique. Ruffin en est convaincu : « Ça ne se fera pas dans des arrangements derrière des portes closes. » La balle est désormais dans le camp des dirigeants socialistes, écologistes et insoumis. Leur réponse déterminera non seulement l’avenir de la gauche, mais aussi celui de la France.

Une chose est sûre : dans cette bataille, François Ruffin compte bien jouer les trouble-fêtes. Et si l’histoire lui donne raison, il pourrait bien devenir l’homme qui a sauvé la gauche… ou celui qui l’a définitivement enterrée.

À propos de l'auteur

Anadiplose

J'en ai assez du journalisme tiède qui ménage la chèvre et le chou. Pendant des années, j'ai regardé mes confrères s'autocensurer par peur de déplaire aux annonceurs ou aux politiques. J'ai décidé d'écrire ce que je pense vraiment, sans filtre. La concentration des médias aux mains de quelques milliardaires me révolte. La précarisation de ma profession me met en colère. Mais c'est précisément cette colère qui me pousse à continuer. Chaque article est un acte de résistance contre la pensée unique

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (15)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

T

tregastel

il y a 3 jours

Encore... Bon, allez, je vous l’accorde : Ruffin a du charisme. Mais est-ce que ça suffira à éviter le scénario de 2002 où la gauche s’est auto-détruite ? ... Non, je ne crois pas.

0
E

Enora du 69

il y a 3 jours

Regardons ce qui se passe chez nos voisins : en Espagne, Podemos a obtenu des résultats en s’alliant avec les socialistes. En France, la gauche se déchire. Le modèle espagnol montre qu’on peut gagner sans diviser. Pourquoi la France refuse ce scénario ?

0
F

Fab-49

il y a 3 jours

Ce qui est amusant, c’est que Ruffin tape sur la finance mais utilise les réseaux sociaux (donc les GAFAM) pour se faire entendre. Hypocrisie ou stratégie ? Le débat est ouvert...

0
T

ThirdEye

il y a 3 jours

Pourquoi personne ne parle du programme d’Adrien Quatennens ? Lui aussi propose des mesures sociales fortes, mais sans la rhétorique anti-élites qui fait vendre. Est-ce que Ruffin doit vraiment jouer les Cassandre pour exister ?

0
L

Lucie-43

il y a 3 jours

La gauche divisée = la droite aux manettes. Comme d’hab.

0
V

val-87

il y a 3 jours

saaaaaaérieeeeus ??? mais ces mecs là ils ont vu un calendrier récemment ? 2027 c’est dans 2 ans et demi et y’a déjà 5 types qui se tirent dans les pattes genre des gamins en cour de récré

0
L

Le Dubitatif 2022

il y a 3 jours

Bof. À chaque primaire de gauche, on nous promet la révolution. Et à chaque fois, c’est le retour dans l’ombre des Tristes Tropiques. M’enfin...

0
F

FXR_569

il y a 3 jours

Ruffin a le mérite de braquer les projecteurs sur l’inaction des autres. Mais la division de la gauche est un constant depuis 2002. Entre ceux qui veulent singer le centre et ceux qui tapent sur la table, difficile de s’entendre... même en 2027.

0
T

Tangente

il y a 3 jours

Encore un candidat qui veut jouer les Robin des Bois... sauf que Robin, lui, volait aux riches pour donner aux pauvres. Là c’est du vent pour faire monter les courbes d’audience. Mouais.

0
A

Augustin Bocage

il y a 3 jours

La proposition du SMIC à 1 700 € net est réaliste ? En 2023, le coût pour l’État serait estimé à 12-15 milliards d’euros par an selon l’OFCE. Comment compenser sans alourdir la dette ou augmenter les impôts des classes moyennes ? La question mérite d’être posée.

0
M

Malo du 40

il y a 3 jours

@augustin-bocage Tu cites des chiffres mais tu oublies l’impact sur la consommation : +15 milliards injectés dans l’économie, ça crée des emplois et réduit les aides sociales ! Tu préfères le statu quo où on enrichit les actionnaires pendant que les caissières galèrent ?

0
P

Ploumanach

il y a 3 jours

@malo-du-40 Tu oublies que les 15 milliards, c’est aussi le prix des exonérations fiscales pour les entreprises ces 10 dernières années. Donc oui, on peut financer. Mais la vraie question : est-ce que Ruffin aura les couilles de leur faire payer ?

0
A

Augustin Bocage

il y a 3 jours

@ploumanach Les exonérations fiscales n’ont pas suffi à relancer l’investissement productif en France (taux de croissance annuel moyen : 1,2 % depuis 2010). La question n’est pas seulement financière, mais aussi de crédibilité : qui financera ces 15 milliards sans créer de tensions sociales ?

0
W

WaveMaker

il y a 3 jours

Super. Comme si Ruffin allait changer quoi que ce soit. On sait déjà comment ça finit : compromis de merde et déception. Point final.

4
E

EdgeWalker

il y a 3 jours

NOOOON PFFF on va encore nous sortir les vieilles recettes qui servent à RIEN ??? les élites elles s’en foutent du smic à 1700€ elles vont tout faire pour que ça capote mdrr

2
Publicité