François Ruffin en campagne pour une gauche unie, face aux manœuvres des « petits marquis »
Dans un entretien musclé diffusé ce mardi 28 avril 2026 lors des 4 Vérités sur France Télévisions, François Ruffin, député de la Somme et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, a réaffirmé sa détermination à pousser pour l’organisation d’une primaire à gauche. Une initiative qu’il présente comme la seule voie pour éviter une nouvelle fragmentation des forces progressistes face à la droite et à l’extrême droite.
S’exprimant devant des millions de téléspectateurs, le député insoumis a dénoncé sans détour les « petits marquis de la politique » qu’il accuse de vouloir résoudre les tensions internes à la gauche par des « négociations de salons » et des « arrangements derrière des portes closes ». Une critique à peine voilée envers certains responsables socialistes et européennes, dont Raphaël Glucksmann, figure de Place publique, qui rejettent catégoriquement l’idée d’une primaire. « Ça ne se fera pas comme ça », a-t-il martelé, insistant sur la nécessité d’un « départage au grand jour », « à ciel ouvert », où « ce sera le peuple de gauche qui tranchera ».
75 % de la gauche favorable à une primaire, selon Ruffin
Le candidat, qui affiche ses ambitions depuis janvier 2026, s’appuie sur des chiffres qu’il présente comme accablants pour son camp : « 75 % des Insoumis, comme 75 % des socialistes, souhaitent une investiture commune », affirme-t-il. Une unanimité de façade, en réalité mise à mal par les divisions persistantes au sein de la NUPES et du Parti socialiste. Alors que certains, à l’instar de Raphaël Glucksmann, prônent une stratégie autonome pour la gauche, Ruffin mise sur l’énergie collective, dénonçant un « manque de courage politique » chez ceux qui refusent le scrutin interne.
Interrogé sur sa possible candidature en l’absence de primaire, il a été catégorique : « Je mets tout en place pour qu’on y aille, même si mon souhait est qu’il y ait une primaire. » Une posture qui rappelle celle de Jean-Luc Mélenchon en 2022, où le candidat insoumis avait su incarner un « vote utile » malgré l’absence d’accord unifié. Ruffin, lui, assume pleinement cette stratégie : « Je me mets en situation d’être candidat à l’élection présidentielle. »
Une campagne ancrée dans les luttes sociales, loin des salons parisiens
Lors de cet entretien, François Ruffin a une fois de plus recentré son discours sur les classes populaires, s’appuyant sur des exemples concrets pour illustrer la fracture entre les « financiers » et les « travailleurs ». Il a notamment évoqué la situation d’un Ehpad des Feuillants à Poitiers, où le personnel, payé 1 700 euros net par mois, est contraint de « se priver » pour survivre. « Cet Ehpad appartient à Vivalto Vie, qui appartient à BNP Paribas, à RK Capital, à un fonds d’investissement à Abu Dhabi », a-t-il rappelé, pointant du doigt les mécanismes du leveraged buyout, ces rachats d’entreprises par endettement qui asphyxient les services publics au profit de profits privés.
« C’est la finance qui règne aujourd’hui », a-t-il lancé, citant même un article des Échos où Bernard Arnault, patron de LVMH, affirmait sans détour : « Le dividende est roi. » Une phrase qui, pour Ruffin, résume l’état d’un pays où « les gens travaillent pour le marché, pas pour nos enfants, pas pour notre pays ». Une critique acerbe envers un système qu’il juge « injuste » et « à bout de souffle », où les dividendes des actionnaires priment sur les salaires et les conditions de travail.
« Quand on pense à ces travailleurs, à ces personnes âgées que l’on rationne, on ne peut pas se contenter de discours en salle de réunion. Il faut un rééquilibrage, une vraie justice fiscale et sociale. »
Le candidat a également défendu son projet phare : le SMIC à 1 700 euros net, soit une revalorisation de plus de 20 % par rapport au salaire minimum actuel. Une mesure présentée comme « une nécessité » pour permettre aux Français de « vivre décemment de leur travail », alors que la France affiche l’un des SMIC les moins revalorisés d’Europe ces dix dernières années. « En Belgique, il a augmenté de 40 %, en Hongrie de 120 %, au Portugal de 70 %. Nous, nous sommes à la traîne », a-t-il rappelé, dénonçant les « trappes à bas salaire » qui poussent les patrons à sous-payer leurs employés malgré les aides publiques.
Santé, immigration et justice sociale : les combats de Ruffin
Abordant la question de l’hôpital public, Ruffin a dénoncé une « exploitation » des médecins étrangers et des internes, dont les conditions de travail et les salaires précaires maintiennent le système à flot. « L’hôpital repose sur deux catégories exploitées : les médecins étrangers et les jeunes internes », a-t-il souligné, avant d’ajouter : « La France ne doit pas faire appel à des médecins algériens, tunisiens ou roumains. Elle doit former ses propres médecins. » Une position qui tranche avec celle d’Emmanuel Macron, qui a récemment défendu l’embauche de médecins étrangers pour pallier les pénuries, une mesure que Ruffin qualifie de « fatalité inacceptable ».
Sur l’immigration, le député a adopté une ligne ferme, refusant toute idée d’« armée de réserve du capitalisme » pour les secteurs en tension. « Je ne veux pas que ce qu’on a fait hier sur l’industrie, on le refasse aujourd’hui sur les services », a-t-il déclaré, évoquant les risques d’une main-d’œuvre sous-payée et sans droits dans les maisons de retraite ou le secteur du nettoyage. Une position qui pourrait lui aliéner une partie de l’électorat progressiste, mais qui s’inscrit dans sa stratégie de mobilisation des classes populaires.
Une gauche divisée, un enjeu de survie politique
Alors que la gauche française reste profondément fragmentée entre insoumis, socialistes, écologistes et communistes, l’appel de Ruffin à une primaire intervient dans un contexte où les sondages donnent une avance confortable à la droite et à l’extrême droite pour 2027. Les dernières projections créditent le Rassemblement National de Marine Le Pen en tête des intentions de vote au premier tour, devant Les Républicains et la majorité présidentielle. Une situation qui pousse certains à plaider pour une unité rapide, quitte à sacrifier des ambitions individuelles.
Pourtant, les réticences sont nombreuses. Raphaël Glucksmann, figure montante de Place publique, a déjà exclu toute alliance avec La France Insoumise, jugeant le programme de Ruffin « trop radical ». De son côté, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, oscille entre pragmatisme et rejet de toute primaire, craignant une nouvelle défaite cuisante comme en 2022. « Les socialistes savent que sans unité, ils n’ont aucune chance », analyse un observateur proche du PS. « Mais Ruffin incarne une gauche radicale qui effraie une partie de l’électorat modéré. »
Face à ces divisions, François Ruffin mise sur la mobilisation populaire. « On ne peut pas gagner en négociant dans des salons », a-t-il répété, insistant sur la nécessité de « débordement » et de « millions de Français » pour porter une alternative crédible. Une stratégie qui rappelle celle du mouvement social des Gilets jaunes, où Ruffin s’était illustré en 2018 en incarnant la colère des périphéries contre les élites parisiennes.
Un candidat prêt à en découdre, même seul
Le député de la Somme a également confirmé qu’il préparait activement sa campagne, avec deux objectifs affichés : recueillir les 500 parrainages nécessaires et lever les « millions » de fonds pour mener bataille. « Nous avons déjà collecté 100 000 signatures pour Nous Président en janvier », a-t-il rappelé, évoquant aussi le meeting de Lyon qui a rassemblé 2 500 personnes samedi dernier. « On est en train de construire quelque chose de massif. »
Interrogé sur sa capacité à fédérer au-delà de son camp, Ruffin a balayé les critiques : « Mon but, ce n’est pas de créer un vote utile. C’est que les gens qui travaillent, qui se lèvent tôt, qui ont trimé toute leur vie, puissent enfin vivre décemment. Qu’ils se sentent représentés. » Une rhétorique qui trouve un écho particulier dans une France où le pouvoir d’achat reste la première préoccupation des ménages, devant l’insécurité ou l’immigration.
Alors que les élites politiques s’écharpent sur les stratégies électorales, François Ruffin, lui, mise sur la radicalité du discours et la proximité avec les luttes sociales. Une approche qui pourrait bien séduire une partie de l’électorat déçu par les partis traditionnels, mais qui risque aussi d’accentuer les divisions à gauche. Une chose est sûre : dans l’arène politique française, 2027 s’annonce comme un combat sans merci, où chaque mot, chaque position, compte.
La gauche face à son destin : primaire ou chaos ?
Alors que les horizons se précisent pour l’élection présidentielle de 2027, la question d’une primaire à gauche reste plus que jamais un sujet de discorde. Pour François Ruffin, elle est « la seule issue ». Pour d’autres, elle serait un aveu de faiblesse, une preuve d’incapacité à s’unir. Pourtant, une chose est certaine : sans accord, la gauche risque de reproduire les erreurs du passé, offrant sur un plateau d’argent une victoire à la droite ou à l’extrême droite.
Dans un pays où les inégalités n’ont jamais été aussi criantes, où les services publics sont asphyxiés par la finance, où les travailleurs peinent à joindre les deux bouts, le choix est simple : soit la gauche accepte de se rassembler derrière un projet commun, soit elle disparaîtra du paysage politique. Ruffin en est convaincu : « Ça ne se fera pas dans des arrangements derrière des portes closes. » La balle est désormais dans le camp des dirigeants socialistes, écologistes et insoumis. Leur réponse déterminera non seulement l’avenir de la gauche, mais aussi celui de la France.
Une chose est sûre : dans cette bataille, François Ruffin compte bien jouer les trouble-fêtes. Et si l’histoire lui donne raison, il pourrait bien devenir l’homme qui a sauvé la gauche… ou celui qui l’a définitivement enterrée.