Primaire PS 2027 : Glucksmann doit passer l'épreuve des militants, malgré les réticences

Par Aurélie Lefebvre 04/06/2026 à 10:31
Primaire PS 2027 : Glucksmann doit passer l'épreuve des militants, malgré les réticences

Primaire PS 2027 : Glucksmann devra passer sous les fourches caudines des militants, malgré les réticences de son camp. Une double primaire divise le parti, entre nécessité d'unité et risque de fragmentation.

Le Parti socialiste à l'épreuve de ses divisions pour 2027

Alors que l'échéance présidentielle de 2027 se profile à l'horizon, le Parti socialiste (PS) tente de trouver une issue à ses profondes divisions internes. La proposition d'une double primaire, avancée par Olivier Faure, cristallise les tensions au sein de la gauche, entre ceux qui prônent l'unité et ceux qui refusent toute procédure jugée trop complexe ou exclusive. Au cœur du débat : l'obligation pour Raphaël Glucksmann, figure montante de la social-démocratie, de soumettre son ambition à un vote des militants socialistes, malgré les réticences de son entourage.

Une double primaire sous tension : entre nécessité et risque de fragmentation

Le député socialiste Philippe Brun, figure du courant social-démocrate, a réaffirmé avec force que Raphaël Glucksmann, s'il souhaite briguer l'investiture du PS, devra impérativement se plier au vote des militants. Une position qui s'inscrit dans la tradition démocratique du parti, mais qui se heurte aux ambitions de certains de ses cadres. « Quoi qu'il arrive, Raphaël Glucksmann devra se soumettre à un vote des militants socialistes s'il souhaite être candidat », a-t-il martelé lors d'une intervention médiatique.

La proposition d'Olivier Faure, secrétaire national du PS, vise à structurer une primaire en deux temps : une première phase réservée aux partis de la social-démocratie élargie (PS, Place Publique, etc.), suivie d'une seconde ouverte aux autres forces de gauche, à l'exception notable de La France Insoumise. Une architecture qui, selon Brun, pourrait permettre de rassembler les différentes sensibilités, des partisans d'un Glucksmann aux soutiens d'un François Ruffin, en passant par les héritiers de l'ancienne garde hollandiste.

« Si ça permet de rassembler un maximum de Glucksmann à Ruffin, c'est positif. Mais ce qui compte avant tout, c'est un accord programmatique avec les écologistes et les communistes, ainsi qu'un accord sur la répartition des circonscriptions législatives. »

Pourtant, cette architecture suscite des critiques, y compris au sein du PS. Certains y voient une « usine à gaz », susceptible de retarder encore une unité déjà fragile, tandis que d'autres, comme l'entourage de Glucksmann, jugent la proposition irrecevable. « Si ça fait un an qu'on dit non à une primaire, ce n'est pas maintenant qu'on va dire oui à deux primaires », a réagi un proche du député européen, soulignant l'impasse dans laquelle se trouve le parti.

Programme et alliances : les lignes rouges de la gauche

Au-delà des querelles de procédure, les divergences portent aussi sur le fond. Philippe Brun a rappelé que l'accord programmatique doit primer sur tout le reste. Pour le PS, il est hors de question de soutenir un programme qui, par exemple, remettrait en cause le nucléaire ou assouplirait les règles sur l'immigration de travail – des sujets où les positions divergent radicalement avec celles de figures comme François Ruffin ou les écologistes.

« Le programme ne sera pas celui du NFP revisité, il faut faire quelque chose de neuf, qui parle vraiment au concret des gens », a-t-il insisté. Une allusion claire aux désaccords persistants au sein de la coalition NUPES, dont le PS cherche aujourd'hui à se distancier pour éviter une répétition des erreurs passées.

L'objectif affiché est de construire une offre politique crédible, capable de séduire au-delà des cercles militants. Mais la tâche s'annonce ardue : tandis que les écologistes, menés par Marine Tondelier, conditionnent leur participation à une primaire, les communistes et Place Publique peinent à trouver un terrain d'entente avec les socialistes. « Il faut que les apparatchiks des partis se mettent autour de la table et arrivent avec une solution avant l'été », a lancé Brun, pressant les dirigeants de trouver un compromis dans les prochaines semaines.

Glucksmann, Ruffin et les autres : le casse-tête des candidatures

Parmi les potentiels candidats socialistes, Raphaël Glucksmann, François Hollande et Bernard Cazeneuve figurent en tête de liste. Mais leurs positions divergent autant sur la méthode que sur le fond. Glucksmann, perçu comme un héritier de la ligne pro-européenne et atlantiste du PS, incarne une vision modernisatrice du parti, tandis que Ruffin, plus ancré dans le terrain, défend une ligne plus radicale sur les questions sociales et écologiques. Quant à Hollande et Cazeneuve, leurs ambitions restent sujettes à caution, dans un parti où l'héritage de leur quinquennat (2012-2017) reste controversé.

Pour Philippe Brun, la priorité est désormais de sortir de l'ornière. « La gauche dispose d'un espace qui peut remporter l'élection présidentielle », a-t-il souligné, avant d'ajouter : « Si Glucksmann parvient à rassembler derrière lui les écologistes et les communistes, alors ce sera le meilleur candidat. Mais il faut le construire. » Une construction qui passe, selon lui, par une clarification rapide des règles du jeu.

Un vote militant est d'ailleurs prévu dès le 9 juillet prochain, qui pourrait donner un premier indice sur les rapports de force internes. Mais le risque est grand de voir le PS s'enliser dans des débats stériles, au moment où la droite et l'extrême droite se structurent pour 2027.

Un PS en quête de renaissance face à la montée des extrêmes

Alors que le gouvernement Lecornu II tente de gérer une crise sociale et économique persistante, la gauche française, divisée et affaiblie, peine à proposer une alternative cohérente. Les sondages, qui placent Marine Le Pen en tête pour le premier tour de la présidentielle, rappellent l'urgence d'une recomposition. Pourtant, les divisions internes au PS, entre ceux qui prônent un recentrage et ceux qui refusent toute alliance avec l'extrême gauche, risquent de prolonger l'impasse.

« Il faut qu'on arrive à sortir de l'ornière. On a un espace qui aujourd'hui peut remporter l'élection présidentielle », a rappelé Brun. Mais pour cela, le parti devra trancher rapidement : soit il accepte une primaire large, avec tous les risques de fragmentation que cela comporte, soit il impose une solution autoritaire, au risque de braquer une partie de ses militants.

Dans les deux cas, le temps presse. Les Français, confrontés à une inflation persistante et à une dégradation des services publics, attendent une réponse claire. La gauche, elle, semble plus que jamais en quête d'un leader capable de porter un projet fédérateur – à condition qu'elle parvienne d'abord à se mettre d'accord sur... les règles du jeu.

Les enjeux d'une primaire : entre démocratie interne et stratégie électorale

La question de la primaire divise les socialistes entre deux impératifs contradictoires : le respect des procédures démocratiques internes et la nécessité de présenter un front uni face à l'électorat. Pour Philippe Brun, le vote des militants est non négociable : « On a un parti très démocratique, on vote sur tout au sein du Parti socialiste ; on vote nos budgets, on vote l'ensemble de nos investitures. On doit voter pour le candidat à la présidentielle, c'est dans nos statuts. »

Pourtant, cette rigidité pourrait se retourner contre le PS. Si Glucksmann, Ruffin ou un autre candidat refuse de se plier à la règle, le parti s'expose à une scission, voire à une marginalisation accrue. À l'inverse, une primaire mal organisée pourrait offrir une tribune à des divisions internes, au moment où la gauche a besoin de rassembler.

Les écologistes, de leur côté, insistent pour que la primaire soit ouverte à tous les partis de gauche, y compris LFI. Une position qui place le PS dans une position délicate : soit il accepte une primaire élargie, avec le risque de voir émerger un candidat trop à gauche pour séduire le centre, soit il maintient son cap sur une social-démocratie modérée, au risque de perdre une partie de son électorat traditionnel.

L'Europe et la gauche : un dilemme stratégique

Au-delà des clivages français, la question européenne pèse lourdement sur les débats internes au PS. Glucksmann, connu pour son engagement pro-européen, incarne une ligne qui séduit une partie de l'électorat modéré, mais qui risque d'aliéner les franges plus radicales du parti. À l'inverse, une candidature plus à gauche, comme celle de Ruffin, pourrait séduire les jeunes et les classes populaires, mais fragiliserait la crédibilité européenne du PS.

Pour Philippe Brun, la solution passe par un compromis : « Il faut faire quelque chose de neuf, qui parle vraiment au concret des gens. » Une formule qui rappelle les défis auxquels font face les partis sociaux-démocrates européens, tiraillés entre leur héritage keynésien et les pressions d'une gauche plus radicale.

Dans ce contexte, le PS doit aussi composer avec les attentes de ses partenaires européens. Une victoire de la gauche en France en 2027 pourrait redonner un souffle à une social-démocratie en crise sur le continent, mais seulement si elle parvient à proposer un projet ambitieux et crédible. Une gageure dans un paysage politique français de plus en plus polarisé.

À propos de l'auteur

Aurélie Lefebvre

Lassée de ne pas avoirs d'informations fiables sur la politique française, j'ai décidé de créer avec Mathieu politique-france.info ! Je m'y consacre désormais à plein temps, pour vous narrer les grands faits politique du pays et d'ailleurs. Je lis aussi avec plaisir les articles de politique locale que VOUS écrivez :)

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Commentaires (2)

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S

Spirale

il y a 1 heure

Ce qui est inquiétant, c’est que cette primaire arrive après des années de fractures internes. En 2017, Hamon avait cartonné chez les militants mais... résultat des courses, on a eu Macron. La même histoire se répète ?...

0
M

Mittelbergheim

il y a 2 heures

Glucksmann en primaire ? Ah ouais, et après on s’étonnera que personne ne vote PS en 2027... Comme si le parti n’avait pas déjà donné...

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