Primaire PS : Faure et Royal en première ligne face à Glucksmann, l'ombre de LFI plane

Par Mathieu Robin 24/09/2026 à 11:24
Primaire PS : Faure et Royal en première ligne face à Glucksmann, l'ombre de LFI plane

Primaire socialiste : Faure et Royal en première ligne face à Glucksmann, l'ombre de LFI plane. Divisions sur l'international, consensus sur le pouvoir d'achat. La gauche peut-elle se rassembler avant 2027 ?

Un débat sous tension : gauche divisée, mais unis contre l'extrême droite

Les cinq candidats à la primaire socialiste ont offert mercredi soir un spectacle de divisions profondes lors de leur premier débat télévisé, retransmis sur TF1 et LCI. Si l’harmonie a parfois régné sur les questions économiques, les tensions ont éclaté dès lors que le débat a abordé les sujets internationaux et les rapports avec La France insoumise (LFI).

Une soirée qui a confirmé l’absence criante de cohésion au sein de la gauche française, alors que l’échéance présidentielle de 2027 se profile et que les sondages placent Marine Le Pen en tête du premier tour. Entre opposition farouche et alliances conditionnelles, les postulants à la candidature socialiste ont révélé des fractures qui pourraient bien condamner leur camp à l’isolement, voire à l’échec.

Proche-Orient : des mots qui divisent, une réalité qui s’impose

Le conflit israélo-palestinien a servi de catalyseur aux tensions entre les candidats. Ségolène Royal, candidate historique du Parti socialiste, a suscité une polémique en déclarant que la montée de l’antisémitisme en France était directement liée aux dirigeants israéliens. Pour elle, il faudrait que « plus de voix israéliennes et juives » s’élèvent contre la situation à Gaza, où les bombardements israéliens ont déjà fait des milliers de morts civils.

Ces propos ont immédiatement suscité la réprobation de Jérôme Guedj et de Raphaël Glucksmann. Le premier a dénoncé une « injonction incroyable », estimant que « dire que c’est aux juifs de se justifier du gouvernement israélien, c’est essentialiser le conflit ». Glucksmann, figure médiatique de Place publique, a renchéri en mettant en garde contre un discours qui, selon lui, pourrait « condamner des innocents à être traités de génocidaires simplement parce qu’ils portent une kippa ».

Ségolène Royal, inébranlable, a persisté en demandant à Glucksmann de qualifier la situation à Gaza de « génocide ». Le député a refusé, préférant employer les termes de « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité », une nuance qui n’a pas suffi à calmer les esprits. La candidate socialiste a alors conclu, cinglante : « On doit avoir le courage de nommer les choses par leur nom ».

Cette opposition sur le fond reflète une division plus large au sein de la gauche française : faut-il condamner sans réserve la politique israélienne, quitte à risquer une fracture avec une partie de l’électorat, ou adopter une posture plus mesurée pour ne pas aliéner des soutiens potentiels ?

Ukraine : entre pacifisme et fermeté, la gauche en quête d’une ligne

Le dossier ukrainien a également révélé des divergences stratégiques. Ségolène Royal a appelé à une « paix juste et durable », une formulation qui a immédiatement été interprétée comme une critique de la ligne pro-ukrainienne défendue par Raphaël Glucksmann. Ce dernier, dont l’engagement en faveur de Kiev remonte au début des années 2000, a martelé que Vladimir Poutine « n’a aucune intention de négocier » avec l’Europe et que la France devait « résister et aider l’Ukraine », car « c’est notre première ligne de défense ».

Emmanuel Maurel, député européen et proche de la ligne souverainiste, a défendu une position similaire à celle de Glucksmann, estimant que l’Occident ne pouvait se permettre de montrer une quelconque faiblesse face à Moscou. Jérôme Guedj, lui, a reproché à Royal un « flottement » sur la question, soulignant que le conflit ukrainien était avant tout une menace pour la stabilité européenne.

Cette querelle illustre un clivage plus profond au sein de la gauche : faut-il privilégier une diplomatie pragmatique, même au risque de donner des gages à Moscou, ou adopter une position intransigeante, quitte à s’aliéner une partie de l’opinion publique ?

Pouvoir d’achat : le seul terrain d’entente

Malgré ces divisions, un consensus s’est dégagé sur les questions économiques. Interrogés par une mère célibataire en difficulté financière, les cinq candidats ont unanimement plaidé pour une augmentation du SMIC, indexée sur l’inflation, et pour des mesures en faveur des salaires les plus bas. Plusieurs propositions ont été avancées :

  • Ségolène Royal et Olivier Faure ont évoqué l’organisation d’une « conférence salariale » après les prochaines élections, afin de négocier des hausses de rémunération.
  • Raphaël Glucksmann a proposé de baisser la CSG pour les travailleurs les plus modestes.
  • Jérôme Guedj a suggéré de conditionner les aides aux entreprises à des augmentations de salaires.
  • Emmanuel Maurel a défendu une indexation automatique des salaires sur l’inflation.

Sur le plan fiscal, tous ont réaffirmé leur volonté de rétablir l’ISF, supprimé par Emmanuel Macron au profit de l’IFI, et de réduire le train de vie de l’État pour dégager des marges de manœuvre budgétaires. Une unanimité qui tranche avec les divisions idéologiques, mais qui pourrait bien ne rester qu’un vœu pieux face à l’ampleur de la dette publique, désormais proche de 3 536 milliards d’euros.

LFI : l’alliance maudite qui empoisonne le débat

La question des alliances avec La France insoumise a cristallisé les tensions, révélant une gauche incapable de se projeter au-delà de ses querelles intestines. Trois candidats – Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel – ont refusé d’exclure un rapprochement avec LFI aux législatives de 2027, tandis que Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj ont dénoncé cette perspective avec virulence.

Guedj n’a pas mâché ses mots : « La godille, c’est bon pour le ski, pas pour la gauche », a-t-il lancé à l’encontre d’Olivier Faure, lui reprochant d’avoir « glissé dans la soumission à LFI » lors des législatives anticipées de 2024. « Vous voulez faire alliance avec la droite si vous ne voulez pas faire avec la gauche », a-t-il accusé, avant d’ajouter : « Si vous dites aux électeurs insoumis qu’ils sentent mauvais, ils ne viendront jamais ! »

Olivier Faure a rétorqué en mettant en garde contre les dangers de l’extrême droite, évoquant un « drame historique » si Marine Le Pen arrivait au pouvoir. « Si par malheur Marine Le Pen arrive à l’Élysée, il faudra se rassembler à gauche », a-t-il plaidé. Emmanuel Maurel a abondé dans ce sens, estimant que l’union des gauches était une nécessité vitale face à la montée de l’extrême droite.

Mais Raphaël Glucksmann a balayé ces arguments d’un revers de main : « Si vous arrivez avec une alliance avec LFI pour battre l’extrême droite, même aux législatives, vous perdez ». Pour lui, Jean-Luc Mélenchon « fait trop peur à trop de monde », et une telle stratégie équivaudrait à un suicide électoral. Une position qui reflète les craintes d’une partie de l’électorat modéré, effrayé par l’image radicale de LFI.

Cette division sur la stratégie d’alliance pourrait bien sceller le destin de la gauche aux prochaines élections. Faut-il miser sur une union large, quitte à intégrer LFI, ou privilégier une ligne plus modérée, au risque de s’isoler et de laisser le champ libre à l’extrême droite ? La réponse à cette question déterminera l’avenir de la gauche française pour les années à venir.

Une gauche en quête de crédibilité

Alors que la France se dirige vers une élection présidentielle cruciale, la primaire socialiste offre le spectacle d’une gauche désunie, divisée, et incapable de proposer un projet commun. Les débats de cette semaine ont confirmé que les clivages idéologiques, qu’ils portent sur la Russie, Israël ou LFI, sont plus profonds que jamais. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de savoir qui l’emportera dans cette primaire, mais bien de savoir si la gauche française a encore les moyens de peser dans le débat politique national.

Une chose est sûre : face à une extrême droite en embuscade et à un pouvoir en place affaibli, le temps presse pour une gauche qui semble plus préoccupée par ses querelles internes que par l’urgence de proposer une alternative crédible.

La gauche face à l’urgence : entre radicalité et modération, quel avenir ?

Alors que les sondages donnent Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle de 2027, la gauche française se trouve à un carrefour. Les débats de cette semaine ont révélé des fractures profondes, mais aussi des points de convergence sur les questions sociales. Pourtant, ces derniers risquent d’être balayés par les divisions idéologiques, qui menacent de réduire à néant les chances de la gauche de peser dans le débat politique.

Dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine et l’escalade des tensions au Proche-Orient, les candidats à la primaire socialiste ont montré qu’ils étaient incapables de s’accorder sur une ligne commune. Alors que l’Europe, sous la menace russe, appelle à l’unité, la gauche française semble plus préoccupée par ses querelles internes que par l’urgence de proposer une alternative cohérente et crédible.

Pourtant, les défis sont immenses : pouvoir d’achat, dette publique, montée des extrêmes, crises internationales. Dans ce paysage, la gauche a-t-elle encore les moyens de se rassembler, ou est-elle condamnée à errer dans le désert politique pour les années à venir ?

Une chose est certaine : sans une refondation rapide et une remise en question profonde, la gauche française risque de disparaître du paysage politique, emportée par ses divisions et son incapacité à proposer un projet mobilisateur.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (2)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

C

Cigogne Sage

il y a 1 heure

nooooon mais ils font exprès ou quoi ??? sérieuxxxx ??? faure royal et royal faure c'est koi la différence au final ??? mdrrrr

3
M

Malo du 40

il y a 29 minutes

@cigogne-sage Tu vois, c'est ça le problème de ton PS : ils tournent en rond depuis 10 ans. Glucksmann au moins il a essayé de bouger les lignes, même si j'en pense pas moins sur son côté libéral... Mais bon, entre Royal qui nous sort son 'contenu' et Faure qui fait son technocrate, franchement... En 2017 on avait Hamon, là on a quoi ? Des clones de Macron avec un pull en laine écolo en plus.

0
Publicité