Procès des assassins présumés du frère d'Amine Kessaci : justice ou vengeance ?

Par Mathieu Robin 19/10/2026 à 23:16
Procès des assassins présumés du frère d'Amine Kessaci : justice ou vengeance ?

Le procès des assassins présumés du frère d'Amine Kessaci s'ouvre sous haute sécurité à Aix-en-Provence. Entre justice et vengeance, ce drame divise une France en crise sécuritaire.

Le procès d'un drame qui divise Marseille et la France

Dans un palais de justice d'Aix-en-Provence transformé en bunker sous haute surveillance, l'ouverture ce lundi 19 octobre 2026 du procès des présumés assassins de Brahim Chabane a marqué un tournant dans une affaire qui dépasse les frontières du narcotrafic marseillais. Trois semaines d'audience sont prévues, sous la protection d'un dispositif exceptionnel : hélicoptères en permanence dans le ciel, snipers déployés et véhicules blindés pour Amine Kessaci, adjoint au maire de Marseille et figure emblématique de la lutte contre le crime organisé.

L'homme, dont le demi-frère Brahim a été retrouvé carbonisé en décembre 2020 dans un véhicule incendié au nord de la ville, a choisi de se présenter devant les juges non comme un justicier, mais comme un citoyen en quête de vérité : « Ce n'est pas une quête de vengeance, mais simplement la justice », a-t-il martelé devant les caméras. Six ans de combat, six ans de silence rompu par des interpellations répétées, six ans à rappeler au public qui était Brahim pour lui, « mon grand frère ». Une déclaration qui résonne comme un plaidoyer contre l'oubli, mais aussi comme une critique voilée d'un système judiciaire parfois lent à réagir face au crime organisé.

Une affaire qui empoisonne la campagne électorale

Alors que le gouvernement Lecornu II peine à endiguer la montée des violences urbaines, ce procès intervient dans un contexte politique explosif. La gauche, en pleine recomposition, y voit l'occasion de dénoncer l'échec des politiques sécuritaires menées depuis des années, tandis que l'extrême droite exploite ces drames pour alimenter un discours sur le « laxisme judiciaire » et la « gangrène des banlieues ». Amine Kessaci, élu local engagé contre le narcotrafic, incarne malgré lui cette ligne de fracture.

Son engagement lui a valu des menaces, mais aussi une reconnaissance nationale. Pourtant, dans l'ombre de ce procès, une question persiste : pourquoi Brahim Chabane, jeune homme sans lien avec le trafic, a-t-il été la cible d'un règlement de comptes impliquant des figures de la DZ Mafia ? Les enquêteurs évoquent une « erreur de cible », mais pour les proches, la réponse est ailleurs. Le frère d'Amine Kessaci n'est pas le premier à tomber sous les balles dans cette guerre sans fin. Mehdi, 20 ans, abattu en novembre dernier, n'avait rien à voir avec ce milieu. Une tragédie qui rappelle cruellement l'ampleur de la violence endémique dans certains quartiers, nourrie par des décennies de politique sécuritaire inefficace et de désengagement social.

La DZ Mafia entre deux feux : justice ou impunité ?

Parmi les cinq accusés, Amine Oualane, 31 ans, l'un des chefs présumés de la DZ Mafia, occupe une place centrale. Dans un revirement surprenant, son avocate a annoncé qu'il souhaitait s'adresser à Amine Kessaci : « Il a beaucoup de respect pour son parcours et de l'empathie pour les drames qui l'ont touché ». Une déclaration qui, si elle est sincère, pourrait ouvrir une brèche dans ce procès autrement verrouillé. Mais comment interpréter ces mots ? Faut-il y voir une tentative de manipulation médiatique, ou l'expression d'un remords tardif ?

Ce qui est certain, c'est que l'ombre de la DZ Mafia plane sur bien des drames marseillais. Le nom d'Oualane est aussi cité dans l'enquête sur l'assassinat de Mehdi Kessaci, un détail qui en dit long sur l'enchevêtrement des conflits locaux et l'incapacité des autorités à démanteler ces réseaux. Pour les familles des victimes, cette coïncidence est insupportable. Quand la justice prendra-t-elle enfin le dessus sur la loi du silence ?

Le procès s'ouvre dans un climat électrique, où se mêlent colère légitime et instrumentalisation politique. Alors que le gouvernement Lecornu mise sur des « couvre-feux partiels et localisés » pour répondre à la crise sécuritaire, les observateurs s'interrogent : ces mesures suffiront-elles à briser le cycle de la violence, ou ne feront-elles qu'alimenter un sentiment d'injustice croissant ?

Marseille, laboratoire d'une France fracturée

La cité phocéenne, souvent présentée comme un symbole des inégalités sociales, est au cœur de ce débat. Entre désindustrialisation, chômage endémique et trafic de drogue florissant, la ville cristallise les tensions d'une France divisée. Les politiques de « tolérance zéro » inspirées des modèles américains ont montré leurs limites. Pourtant, c'est encore vers plus de répression que se tournent certains responsables, au mépris des causes profondes de la criminalité.

Amine Kessaci, par son parcours, incarne une alternative. Élu local, il a choisi de lutter contre le narcotrafic par l'éducation et la prévention, plutôt que par la seule répression. Une approche qui dérange autant qu'elle séduit, dans un contexte où la droite et l'extrême droite multiplient les propositions liberticides. Faut-il vraiment renoncer aux libertés individuelles au nom d'une sécurité illusoire ?

Alors que les audiences débutent, une certitude s'impose : ce procès ne sera pas seulement celui de cinq hommes accusés de meurtre. Il sera aussi celui d'une société qui, depuis des années, refuse de regarder en face ses propres démons. Entre justice et vengeance, entre répression et prévention, le débat est plus que jamais d'actualité.

Un procès sous haute tension : sécurité et symbolique

Dès l'aube, le palais de justice d'Aix-en-Provence était encerclé par des forces de l'ordre en tenue d'assaut. Un hélicoptère survolait en permanence les toits, tandis que des snipers prenaient position sur les immeubles voisins. Une mobilisation exceptionnelle, justifiée par les risques de débordements, mais qui interroge : la justice peut-elle rendre son verdict dans ces conditions ?

Pour les familles des victimes, cette débauche de moyens est à la fois rassurante et humiliante. Six ans après les faits, c'est une victoire symbolique, mais aussi le rappel cruel que, dans certains quartiers, l'État n'est plus perçu comme un arbitre, mais comme un acteur absent, voire complice. Comment demander à des jeunes de croire encore en la République quand celle-ci les abandonne à leur sort ?

Amine Kessaci, lui, affiche une détermination sans faille. Son combat dépasse le cadre judiciaire : il est devenu une voix contre l'oubli, un symbole de résistance face à la loi du plus fort. Pourtant, dans l'enceinte du tribunal, une question reste en suspens : que restera-t-il de ce procès si les coupables échappent à une condamnation exemplaire ?

L'Europe regarde, impuissante

Alors que la France s'enfonce dans une crise sécuritaire sans précédent, les partenaires européens observent avec inquiétude. Le modèle français, souvent présenté comme un rempart contre la montée des extrémismes, montre ses limites. L'Union européenne, elle-même fragilisée par les divisions internes, peine à proposer une réponse coordonnée.

Pourtant, des solutions existent. Des pays comme la Norvège ou l'Islande ont montré qu'il était possible de réduire la criminalité par des politiques sociales ambitieuses, plutôt que par la seule répression. Mais en France, le débat reste prisonnier des clivages partisans. Quand donc comprendra-t-on que la sécurité ne se décrète pas, mais se construit ?

Alors que le procès des assassins présumés de Brahim Chabane entre dans sa première semaine, une chose est sûre : Marseille, et à travers elle la France, est à un tournant. Entre justice et vengeance, entre répression et prévention, le choix qui sera fait dans les semaines à venir engagera bien au-delà des murs d'un tribunal.

À propos de l'auteur

Mathieu Robin

Cofondateur de politique-france.info, je vous présente l'actualité politique grâce à mon expertise sur les relations France-Europe.

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