Le PS tente de se réinventer avec un projet à 83 % d’approbation, mais les fractures internes persistent
Dans un contexte politique français où l’extrême droite gagne du terrain et où la gauche s’épuise à trouver une unité, le Parti socialiste a franchi une étape symbolique hier avec l’adoption massive de son projet pour le XXIe siècle. Les militants, dont le nombre exact n’a pas été dévoilé, ont validé à une écrasante majorité de 83 % un texte qui se présente comme une refonte radicale de la doctrine socialiste. Ce document, présenté comme une réponse aux défis contemporains, place au cœur de ses priorités la liberté individuelle et collective, tout en s’affirmant comme une « gauche de gouvernement radicale », selon les termes de l’eurodéputée Chloé Ridel, l’une des artisanes du projet.
Pour la première fois dans son histoire, le PS a organisé un vote électronique pour permettre à ses adhérents de se prononcer, une mesure qui reflète à la fois une volonté de modernisation et les tensions internes qui traversent le parti. Entre 17 heures et 22 heures hier, les militants ont plébiscité un texte qui, bien que non chiffré dans ses détails, propose des mesures économiques et sociales d’une ambition sans précédent depuis des décennies.
Ce projet, élaboré sous la houlette de Chloé Ridel à partir de plus de 200 auditions et de centaines de contributions citoyennes, avait été dévoilé en avril avant d’être enrichi par les amendements des militants. Parmi ses mesures phares, le PS envisage de relever le SMIC à 1 690 euros net, une proposition qui s’inscrit dans une logique de revalorisation du pouvoir d’achat, face à une inflation persistante et à un pouvoir d’achat des ménages en berne. Autre mesure symbolique : l’instauration d’une taxe Zucman de 2 % sur les fortunes supérieures à 100 millions d’euros, ainsi qu’un impôt sur les grandes successions, visant à redistribuer les richesses dans une société où les inégalités n’ont cessé de se creuser sous les mandats Macron.
Retraites et justice sociale : un retour aux fondamentaux du socialisme
Sur le front des retraites, le PS confirme son opposition frontale à la réforme Borne de 2023, qu’il souhaite abroger purement et simplement. Le parti défend un retour à un régime par répartition, avec une durée de cotisation fixée à quarante-trois annuités, mais avec des aménagements pour les carrières longues et les métiers pénibles. L’âge légal de départ serait ramené à 62 ans, une mesure qui contraste fortement avec la trajectoire tracée par l’exécutif actuel, perçue comme une agression contre les classes populaires.
Ce projet s’inscrit dans une volonté de réhabiliter l’État-providence, mis à mal par des décennies de politiques libérales. Le PS mise sur une redistribution accrue pour financer ces mesures, tout en insistant sur la nécessité de lutter contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie. Un point qui a suscité des débats internes, l’utilisation du terme « islamophobie » ayant cristallisé des tensions. Chloé Ridel a tenu à préciser que ce terme renvoie « à la haine des musulmans et non à la critique d’une religion », une clarification visant à désamorcer les critiques venues de certains milieux laïcs ou de droite.
Immigration et éducation : des propositions qui divisent la gauche
Sur le volet immigration, le PS propose une régularisation par le travail, une mesure qui s’adresse aux sans-papiers déjà insérés dans le marché du travail. Cette proposition, bien que saluée par les associations, risque de heurter une partie de la gauche plus restrictive sur la question migratoire. Elle s’inscrit cependant dans une logique de pragmatisme, visant à répondre aux besoins économiques du pays tout en humanisant la politique d’asile.
Côté éducation, le parti promet de ramener le nombre d’élèves par classe à 19, une mesure coûteuse mais présentée comme un investissement dans la réussite scolaire des enfants des milieux défavorisés. Autre proposition audacieuse : l’intégration de 50 % de représentants des salariés dans les conseils d’administration des entreprises. Une mesure qui vise à rééquilibrer le pouvoir entre capital et travail, dans un contexte où les actionnaires et les fonds d’investissement dictent souvent les orientations stratégiques.
Les amendements apportés par les militants ont également ajouté des mesures symboliques fortes, comme l’instauration d’une peine d’inéligibilité pour les personnes condamnées pour injures raciales ou propos discriminatoires. Une réponse directe aux dérives verbales qui se multiplient dans le débat public, souvent alimentées par les discours d’extrême droite. Le texte prévoit également une taxe dissuasive contre les multipropriétaires de logements dans les grandes villes, une mesure visant à lutter contre la spéculation immobilière et à rendre le logement plus accessible aux classes moyennes.
Des divisions persistantes sur la stratégie électorale
Malgré ce consensus apparent sur le projet programmatique, le PS reste profondément divisé sur la question de la désignation de son candidat pour 2027. La stratégie à adopter face à une droite de plus en plus droitière et une extrême droite en progression constante fait débat au sein du parti. Certains, comme les partisans d’une primaire ouverte, plaident pour une consultation large des sympathisants, tandis que d’autres, plus méfiants, craignent une dilution des positions socialistes dans un processus qui pourrait être capté par des courants réformistes ou centristes.
Un conseil national doit trancher mardi sur cette question cruciale. Les militants seront ensuite consultés en juillet pour valider ou non cette orientation. L’enjeu est de taille : le PS, autrefois premier parti de gauche, est aujourd’hui talonné par La France Insoumise et risque de se retrouver marginalisé si une stratégie claire et unie n’est pas adoptée rapidement. « Nous devons éviter les querelles de chapelle et nous concentrer sur ce qui nous unit : la défense des travailleurs, la justice sociale et la démocratie », a déclaré un cadre du parti sous couvert d’anonymat.
Un projet qui s’inscrit dans une logique de rupture avec le libéralisme
Le texte adopté hier marque une volonté de rupture avec la social-démocratie traditionnelle, jugée trop timide face aux défis du siècle. Le PS se présente désormais comme une force de gauche radicale de gouvernement, prête à gouverner avec des mesures ambitieuses, quitte à heurter les conservateurs et les libéraux. Cette radicalisation affichée répond à une double urgence : combattre l’extrême droite et proposer une alternative crédible à la politique du gouvernement Lecornu, perçue comme une continuation des réformes libérales menées depuis 2017.
Cependant, cette orientation ne fait pas l’unanimité. Certains observateurs s’interrogent sur la capacité du PS à séduire au-delà de sa base historique, dans un paysage politique où les électeurs se tournent de plus en plus vers les extrêmes. « Le risque est de s’enfermer dans un discours trop idéologique, qui ne répond pas aux attentes concrètes des Français », analyse un politologue de Sciences Po. D’autres, en revanche, saluent cette volonté de réaffirmer une ligne de gauche claire et offensive, à l’heure où les compromis avec le centre ont souvent conduit à des reculs politiques.
Quoi qu’il en soit, la bataille pour 2027 s’annonce d’ores et déjà comme un affrontement idéologique majeur. Entre la tentation du rassemblement centriste et la radicalisation assumée, le PS doit trouver un équilibre pour éviter de disparaître dans le paysage politique français. Une chose est sûre : ce projet, s’il est porté par un candidat charismatique, pourrait redonner au socialisme une place centrale dans le débat public.