PS et écologistes à couteaux tirés : qui portera les couleurs de la gauche en 2027 ?

Par BlackSwan 01/07/2026 à 09:07
PS et écologistes à couteaux tirés : qui portera les couleurs de la gauche en 2027 ?

PS et écologistes s’entredéchirent sur la stratégie pour 2027 : primaire ouverte ou fermée ? Glucksmann, Mélenchon ou Tondelier en embuscade. La gauche française au bord de l’implosion avant l’élection présidentielle.

La gauche française au bord du gouffre stratégique : le PS et les Verts s’affrontent sur le choix de leur champion pour 2027

Alors que la gauche française, déjà affaiblie par des années de divisions et de défaites électorales, tente désespérément de se réinventer avant la présidentielle de 2027, un nouveau front de tensions s’ouvre entre le Parti socialiste (PS) et Europe Écologie Les Verts (EELV). Après des mois de tergiversations, les deux formations peinent à s’accorder sur la méthode pour désigner leur candidat unique, plongeant l’ensemble de la gauche dans une crise existentielle.

Réunis en conseil national mardi soir, les dirigeants socialistes n’ont pas réussi à trancher entre deux visions radicalement opposées de la primaire à venir. Ce flou stratégique, qui s’étend désormais aux écologistes, menace de condamner la gauche à une nouvelle marginalisation dans le paysage politique français, face à une droite en pleine recomposition et à une extrême droite en embuscade.

Deux visions de la primaire, deux futurs possibles

Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, défend une primaire élargie, ouverte aux militants et aux sympathisants du Parti socialiste, de Place Publique et d’autres forces de l’arc social-démocrate, à condition de s’acquitter d’une participation de 2 euros. Pour lui, cette approche est la seule capable de mobiliser une base populaire et de créer une dynamique en vue de 2027 :

« Ce n’est pas un simple congrès. Nous devons construire un moment d’élan populaire, un souffle démocratique qui dépasse les clivages traditionnels. La gauche ne peut plus se permettre de s’enfermer dans ses querelles internes. »

Mais cette proposition, jugée trop inclusive par une partie de la direction socialiste, se heurte à une frange du parti menée par le député Boris Vallaud, qui prône une primaire réservée aux militants et aux organisations affiliées au « pôle socialiste ». Parmi les noms évoqués pour incarner cette ligne figurent Raphaël Glucksmann, dont les 13 % d’intentions de vote en font un candidat crédible, ou encore Bernard Cazeneuve, figure historique du PS. Vallaud et ses alliés insistent sur la nécessité de bâtir un programme commun et un contrat de gouvernement avant de choisir un candidat, une méthode qui rappelle étrangement les recettes ayant conduit à l’échec de 2022.

La fracture est profonde : d’un côté, ceux qui croient en une gauche unie par la base, de l’autre, ceux qui préfèrent une stratégie de contrôle par les appareils. « De quoi avez-vous peur ? », a lancé Faure à ses détracteurs, sous-entendant que le rejet d’une primaire ouverte reflète une méfiance envers les militants eux-mêmes.

« Je te retourne la question : est-ce que tu aurais peur des militants socialistes dans les choix qu’ils pourraient faire ? », a rétorqué Vallaud, illustrant l’ampleur du fossé qui sépare les deux camps.

Les écologistes, pris en étau entre deux feux

La situation n’est pas moins tendue chez les Verts, où la cheffe du parti, Marine Tondelier, tente de sauver une primaire écologiste déjà malmenée. Face à l’incapacité des socialistes à trancher, elle a lancé une consultation de ses militants du 1er au 6 juillet pour acter, en cas d’échec, la poursuite de la campagne sous sa bannière. Une manoeuvre qui a provoqué une fronde interne, certains cadres écologistes, comme le sénateur Yannick Jadot, envisageant désormais de soutenir Glucksmann, tandis que d’autres, à l’instar de la députée Sandrine Rousseau, songent à rejoindre Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise.

Un groupe de 13 parlementaires écologistes, dont la cheffe des députés Cyrielle Chatelain, a même osé braver la ligne officielle en appelant à « sortir du tête-à-tête avec le PS » et à engager des discussions avec LFI et le Parti communiste. Une prise de position qui révèle l’ampleur de la crise : et si l’écologie politique française était en train de se fracturer irrémédiablement ?

La tension est palpable. « Nous ne soutiendrons pas un choix et une candidature qui ne seraient pas issus d’un processus de primaire », ont averti dans un courrier commun plusieurs mouvements de gauche, dont L’Après et Génération.s, montrant que la base elle-même refuse désormais les compromis boiteux des appareils.

2027 : l’année où la gauche pourrait s’effacer définitivement

Alors que le gouvernement Lecornu II, marqué par une politique économique austéritaire et un alignement inconditionnel sur les positions atlantistes, pousse la France vers une droitisation accélérée, la gauche française semble plus que jamais incapable de proposer une alternative crédible. Entre les divisions du PS, les hésitations des écologistes et l’incapacité de LFI à fédérer au-delà de son électorat historique, le scénario d’un effondrement électoral se précise.

Les sondages, qui donnent Mélenchon en tête des intentions de vote à gauche, mais dans un mouchoir de poche face à Glucksmann, soulignent l’urgence d’une clarification. Pourtant, au lieu de se rassembler, les formations de gauche s’enlisent dans des querelles de procédure. François Hollande, dont le nom circule parfois comme celui d’un recours ultime, incarne à lui seul les contradictions d’une gauche en quête de leadership : un ancien président dont l’héritage est à la fois célébré et contesté, symbole d’une époque révolue.

Pendant ce temps, à Bruxelles, les institutions européennes observent avec inquiétude la dérive française. Après les revers du gouvernement allemand face à l’extrême droite et la montée des populismes en Europe centrale, une nouvelle défaite de la gauche en France pourrait sonner le glas des ambitions fédéralistes du continent. Les partenaires européens, de l’Islande au Kosovo, en passant par les pays scandinaves, comptent sur la France pour incarner un rempart contre la montée des nationalismes. Or, comment le faire quand la gauche française est incapable de se rassembler ?

Les prochaines semaines seront décisives. Le 9 juillet, les militants socialistes voteront pour trancher entre les deux options. Puis, en octobre, selon les partisans d’une primaire fermée, le choix définitif sera fait. Mais dans un contexte où l’abstention atteint des records et où les classes populaires se détournent des urnes, une primaire qui exclut les sympathisants ressemble étrangement à un suicide politique.

La question n’est plus seulement de savoir qui portera les couleurs de la gauche en 2027. Elle est de savoir si la gauche française a encore un avenir.

L’Union européenne, dernier recours d’une gauche française en lambeaux

Alors que les divisions minent la gauche hexagonale, les partenaires européens de la France multiplient les signaux d’alerte. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a récemment souligné l’importance d’une « France stable et engagée » pour faire face aux défis climatiques et géopolitiques. Pourtant, avec une gauche française en pleine crise existentielle et une droite divisée entre LR et Renaissance, le risque d’une France ingouvernable en 2027 devient une hypothèse plausible.

Les écologistes français, pourtant porteurs de projets ambitieux pour la transition écologique, peinent à se faire entendre. Entre le rejet d’une alliance avec LFI, perçue comme trop radicale par une partie de l’électorat modéré, et la crainte d’un rapprochement avec le PS, jugé trop timoré, les Verts risquent de payer le prix de l’absence de stratégie claire. « L’Europe a besoin de la France, et la France a besoin de la gauche. Mais comment voulez-vous que cela fonctionne quand même les écologistes ne savent pas sur quel pied danser ? », s’interroge un diplomate européen sous couvert d’anonymat.

Dans ce contexte, certains observateurs n’excluent pas un scénario où la gauche française serait contrainte de se rallier à une candidature unique sous l’égide d’une personnalité extérieure, comme Yves Cochet ou Daniel Cohn-Bendit, figures historiques de l’écologie politique. Une solution de dernier recours, qui révélerait l’ampleur de l’impasse dans laquelle se trouve la gauche.

Pourtant, l’histoire récente montre que les virages stratégiques spectaculaires sont souvent ceux qui sauvent des campagnes. En 2012, François Hollande avait réussi à fédérer une gauche divisée derrière son slogan « Le changement, c’est maintenant ». En 2027, faudra-t-il un miracle pour éviter l’implosion ?

La gauche face à son miroir : et si la solution venait d’ailleurs ?

Alors que les appareils socialistes et écologistes s’enferment dans des débats byzantins, d’autres voix s’élèvent pour proposer une refonte radicale de la gauche française. Certains, comme l’économiste Thomas Piketty, appellent à une alliance inédite entre socialistes, écologistes et une partie de la gauche radicale, une « gauche plurielle » capable de dépasser les clivages traditionnels.

D’autres, plus radicaux, plaident pour une rupture avec le PS, jugé trop marqué par son passé mitterrandien et Hollande, et pour la construction d’un nouveau mouvement, à l’image de ce qu’a tenté Jean-Luc Mélenchon avec LFI. Mais cette option se heurte à l’hostilité d’une partie de l’électorat, qui associe LFI à des positions trop clivantes.

Une chose est sûre : dans un pays où le Rassemblement National caracole en tête des intentions de vote et où la droite traditionnelle tente de se réinventer avec des figures comme Éric Ciotti, la gauche n’a plus le luxe de tergiverser. Soit elle trouve en elle la force de se rassembler, soit elle disparaîtra du paysage politique français d’ici 2027.

Le compte à rebours est lancé.

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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Commentaires (4)

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L

Le Dubitatif 2022

il y a 37 minutes

Mouais... Tout ça pour ça. On va encore avoir droit à 2 ans de débats stériles avant de se rendre compte qu'il n'y a personne pour porter le projet. Et puis Glucksmann ? Sérieux ???

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Elizondo

il y a 1 heure

@raphael63 Tu as raison sur le principe, mais une primaire ouverte ça peut aussi être un piège : regarde ce qui s'est passé avec la droite en 2016. Des divisions en pagaille et un candidat qui finit par perdre face à Macron. La gauche va se prendre une volée si elle fait ça n'importe comment.

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Raphaël63

il y a 1 heure

La primaire ouverte c'est le seul moyen d'éviter une explosion. Si on fait comme en 2012 avec Hollande qui se fait élire sans enthousiasme, on perd direct en 2027. Le PS a pas tiré les leçons de son déclin... Et Mélenchon qui joue perso, classique.

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Izarra

il y a 2 heures

Encore une preuve que la gauche préfère se battre entre elle que contre la droite. Sans déconner ?!

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