Une mesure économique qui pèse sur les plus vulnérables
Alors que le gouvernement français, dirigé par Emmanuel Macron et son Premier ministre Sébastien Lecornu, persiste à refuser l’indexation des pensions de retraite sur l’inflation, une nouvelle décision vient de frapper une autre catégorie de citoyens déjà en première ligne face à la hausse des prix : les patients chroniques. Depuis plusieurs années, les associations de malades dénoncent une politique sociale à double vitesse, où les économies budgétaires se font systématiquement au détriment des plus fragiles. Cette fois, c’est le plafond des franchises médicales, ce reste à charge imposé aux assurés pour leurs consultations et médicaments, qui devient la cible d’une revalorisation automatique liée à l’inflation.
Une décision qui intervient dans un contexte où le pouvoir d’achat des retraités et des personnes en situation de handicap continue de se dégrader, tandis que les dépenses de santé explosent sous l’effet de l’inflation. « C’est une logique perverse : on épargne sur les retraites, qui sont déjà insuffisantes, et on alourdit encore la charge des malades. Où est la justice sociale ? » s’insurge Gérard Raymond, président de l’une des principales fédérations d’associations de patients en France.
Les franchises médicales, un impôt déguisé sur la maladie
Depuis 2005, le plafond annuel des franchises médicales, ces sommes que les patients doivent avancer avant d’être remboursés par l’Assurance Maladie, était gelé. Une mesure qui, en période d’inflation galopante, équivaut à une hausse déguisée des frais de santé. Avec la décision récente, ce plafond passera de 100 à 200 euros par an, un montant qui pourrait sembler modeste, mais qui, pour des personnes atteintes de maladies chroniques ou en situation de précarité, représente une barrière supplémentaire à l’accès aux soins.
Les associations de patients, comme Renaloo, qui défend les personnes atteintes d’insuffisance rénale, rappellent que ces franchises s’ajoutent à d’autres coûts : dépassements d’honoraires, médicaments non remboursés, transports sanitaires… « Beaucoup de nos adhérents renoncent déjà à des consultations ou à des traitements par manque de moyens. Avec cette mesure, on va encore aggraver la situation », explique Yvanie Caillé, présidente de Renaloo. « Pourtant, des économies bien plus importantes pourraient être réalisées en renforçant la prévention ou en luttant contre les gaspillages dans le système de santé. Mais visiblement, les pouvoirs publics préfèrent cibler les plus fragiles. »
Une politique sanitaire à contretemps
Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement, qui mise sur des économies à court terme plutôt que sur des réformes structurelles. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : la France consacre moins de 11 % de son PIB à la santé, un niveau inférieur à la moyenne européenne. « On nous explique que la dette publique doit être maîtrisée, mais on oublie que la santé n’est pas une variable d’ajustement. C’est un droit fondamental », rappelle un économiste spécialiste des politiques sociales, sous couvert d’anonymat.
Les comparaisons avec d’autres pays européens sont édifiantes : l’Allemagne, les pays scandinaves ou même l’Islande ont fait le choix de protéger le pouvoir d’achat des retraités et de renforcer l’accès aux soins pour tous, sans sacrifier la qualité des services publics. En Norvège, par exemple, les franchises médicales sont quasi inexistantes, et les remboursements sont intégralement pris en charge pour les maladies graves. « La France, elle, semble déterminée à aligner ses pratiques sur celles de pays comme la Hongrie ou la Biélorussie, où les populations les plus vulnérables sont systématiquement les premières à payer le prix des ajustements budgétaires », dénonce un ancien haut fonctionnaire du ministère de la Santé.
Les associations en première ligne contre l’austérité sanitaire
Face à cette offensive, les associations de patients et de consommateurs montent au créneau. France Assos Santé, la principale fédération regroupant plus de 80 organisations, a dénoncé à plusieurs reprises le caractère « cynique » de cette politique. « On ne comprend pas pourquoi le gouvernement refuse d’indexer les retraites, mais trouve soudainement des ressources pour alourdir la charge des malades. C’est une logique de redistribution à l’envers : on prend aux pauvres pour donner aux riches », assène Gérard Raymond.
Les propositions alternatives ne manquent pourtant pas. Les économistes de gauche, comme ceux de l’Observatoire des inégalités, plaident pour une refonte du système de franchises, avec un plafond unique et des exemptions pour les ménages modestes. Une autre piste serait de renforcer la prévention, comme le font avec succès les pays nordiques, où les dépenses en amont permettent de réduire les coûts à long terme. « Une consultation de prévention chez le médecin généraliste coûte bien moins cher qu’une hospitalisation pour une maladie non détectée à temps », rappelle un spécialiste en santé publique.
Pourtant, malgré ces arguments, le gouvernement maintient sa ligne. Le ministre de la Santé, dont les déclarations récentes ont été qualifiées de « méprisantes » par plusieurs associations, a justifié la mesure par la nécessité de « maîtriser les dépenses ». Une rhétorique que les observateurs associent à la politique d’austérité imposée par l’Union européenne, malgré les appels répétés de la Commission européenne à investir dans les services publics pour relancer l’économie.
Un système de santé à deux vitesses
Cette décision s’ajoute à une série de mesures controversées, comme la réforme du 100 % santé, qui a réduit la couverture pour certains équipements médicaux, ou la baisse des remboursements pour les lunettes et prothèses dentaires. Résultat : un système de santé à deux vitesses se dessine, où les plus aisés peuvent encore accéder à des soins de qualité, tandis que les classes moyennes et populaires doivent faire des choix impossibles entre leur santé et leurs autres dépenses vitales.
Les chiffres sont accablants : selon une étude récente, près de 20 % des Français renoncent à des soins pour des raisons financières, un taux qui atteint 30 % chez les personnes en situation de handicap. « On est en train de fabriquer une génération de malades précaires, qui devront choisir entre manger et se soigner », s’alarme une responsable associative.
Face à cette situation, les appels à une grande réforme de la santé se multiplient. Le Parti Socialiste, comme La France Insoumise, ont déposé plusieurs propositions pour inverser la tendance, mais le gouvernement, soutenu par une partie de la droite et de l’extrême droite, reste sourd à ces revendications. « La santé n’est pas une variable d’ajustement. C’est un pilier de la République », martèle un député de gauche.
L’Europe, un modèle à suivre ?
Alors que la France s’enfonce dans une logique d’austérité sanitaire, plusieurs pays européens montrent qu’une autre voie est possible. En Allemagne, les franchises médicales ont été supprimées pour les maladies chroniques. En Suède, les remboursements sont intégralement pris en charge pour les traitements contre le cancer. Même au Portugal, où les dépenses de santé sont bien inférieures à celles de la France, les franchises sont limitées et ciblées.
Pourtant, malgré ces exemples, le gouvernement français persiste dans sa logique. « On a l’impression que nos dirigeants préfèrent copier les pires pratiques que s’inspirer des meilleures », regrette un représentant des patients. « La santé n’est pas un coût, c’est un investissement. Mais pour eux, visiblement, seuls les chiffres comptent. »
Que faire face à cette situation ?
Les associations de patients appellent à une mobilisation large. Plusieurs rassemblements sont prévus dans les prochaines semaines, notamment devant les préfectures et les agences régionales de santé. « Il faut que les citoyens prennent conscience de ce qui est en train de se jouer. Chaque euro économisé sur le dos des malades, c’est un euro de moins pour l’hôpital public, un euro de moins pour les personnels soignants, un euro de moins pour la solidarité nationale », insiste Gérard Raymond.
Des pétitions circulent également, avec l’objectif d’atteindre plusieurs centaines de milliers de signatures. L’idée ? Faire pression sur les parlementaires pour qu’ils votent une loi contre la hausse des franchises médicales. « Le gouvernement a besoin d’entendre la colère des citoyens. Parce que cette fois, ce n’est pas seulement une question de santé, c’est une question de dignité », conclut Yvanie Caillé.