RN en crise : Le Pen vs Bardella sur la taxe des superprofits de TotalEnergies

Par BlackSwan 01/05/2026 à 10:08
RN en crise : Le Pen vs Bardella sur la taxe des superprofits de TotalEnergies

Marine Le Pen et Jordan Bardella s’affrontent ouvertement sur la taxation des superprofits de TotalEnergies. Le RN en pleine tourmente : vers un virage libéral ou le maintien de ses racines sociales ?

Les divisions du Rassemblement National s’affichent au grand jour

Alors que TotalEnergies vient d’annoncer un bénéfice trimestriel record de 5,5 milliards de dollars, en progression de 50 %, la question de la taxation des superprofits des grands groupes énergétiques resurgit avec une acuité particulière. Mais au sein même du Rassemblement National, deux visions s’affrontent : celle de Marine Le Pen, fervente défenseuse d’une mesure sociale pour redistribuer ces excédents, et celle de Jordan Bardella, qui y voit une fausse bonne idée, préférant vanter les vertus d’un libéralisme économique assumé.

Cette divergence, jusqu’alors étouffée sous une apparente unité, éclate aujourd’hui au grand jour, révélant les tensions internes d’un parti en pleine mutation. Alors que l’extrême droite cherche à séduire un électorat populaire, certains de ses cadres s’inquiètent : « Le RN est-il en train de basculer vers une droite libérale, au mépris de ses racines ? »


Le Pen : « Une mesure de justice sociale face aux profits indécents »

Pour l’ancienne figure de proue du parti, la taxation des superprofits de TotalEnergies n’est pas une lubie passagère, mais une revendication de longue date. Interrogée sur le sujet, elle rappelle que ces bénéfices « ne sont pas le fruit du mérite, mais d’un contexte géopolitique chaotique », en l’occurrence le blocage du détroit d’Ormuz depuis le début de la guerre en Iran. Selon elle, « les citoyens paient le prix fort à la pompe, tandis que les actionnaires se gavent ».

« Quand une entreprise comme TotalEnergies engrange des milliards grâce à des circonstances extérieures, il est normal que la collectivité en récupère une partie pour financer les services publics. C’est une question de justice sociale. »

Marine Le Pen, lors d’un meeting en Lorraine

Cette position, teintée d’un étatisme économique assumé, contraste avec la ligne plus libérale portée par une partie de la droite française. Mais au RN, elle reste majoritaire, notamment parmi les militants historiques du parti, attachés à un discours anti-élites et anti-patronat.

Pourtant, cette rhétorique ne convainc pas tout le monde au sein même de l’extrême droite. Jordan Bardella, président du groupe RN à l’Assemblée nationale, a récemment douché les espoirs des partisans d’une telle mesure, jugée « contre-productive » dans un pays déjà « asphyxié par les prélèvements obligatoires ».


Bardella : « Taxer, c’est étouffer l’économie »

Dans une interview accordée à un média économique, le jeune leader du RN a balayé d’un revers de main l’idée d’une taxation des superprofits, préférant mettre en avant « la réalité des chiffres ». Avec 46 % de prélèvements obligatoires, la France serait déjà « le pays le plus taxé d’Europe », selon lui. « Inventer de nouvelles taxes, c’est prendre le risque de faire fuir les investisseurs et de plomber la compétitivité », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Mieux vaut encourager les entreprises à investir, plutôt que de les sanctionner. »

Cette prise de position s’inscrit dans une stratégie de séduction du patronat, que Bardella cultive depuis plusieurs mois. Invitations au Medef, déjeuners avec les grands groupes industriels, discours répétant les « valeurs pro-business » : le RN semble vouloir tourner la page de son image « anti-système » pour embrasser un libéralisme économique plus orthodoxe.

« La France a besoin de croissance, pas de nouvelles ponctions fiscales qui étoufferont les entreprises. TotalEnergies a déjà pris des mesures concrètes en plafonnant les prix à la pompe, c’est cela, l’action utile. »

Jordan Bardella

Pourtant, cette volte-face sur un sujet aussi symbolique que la taxation des superprofits ne passe pas inaperçue. Certains observateurs y voient le signe d’un virage idéologique du RN, tandis que d’autres dénoncent une « récupération opportuniste » des thématiques libérales pour séduire un électorat plus aisé.


Des tensions internes qui menacent la cohésion du parti

Les désaccords entre Le Pen et Bardella ne datent pas d’hier. Déjà en 2024, le président du RN avait provoqué un tollé en rejetant le principe de prix planchers garantis aux agriculteurs, une mesure pourtant défendue par le parti depuis plus d’une décennie. Son revirement, motivé par un alignement sur les positions macronistes, avait laissé un goût amer chez les militants historiques.

Aujourd’hui, le refus de taxer les superprofits de TotalEnergies ravive ces vieilles querelles. « Bardella joue les apprentis sorciers », confie un cadre du RN sous couvert d’anonymat. « Il croit séduire les patrons, mais il risque de décevoir les classes populaires qui votent pour nous par rejet de l’ultralibéralisme. »

Pour Marine Le Pen, cette stratégie est un « suicide politique ». Dans ses interventions récentes, elle martèle que « le RN ne peut pas se permettre de trahir son électorat historique », composé en grande partie de travailleurs précaires et de petits indépendants, excédés par la hausse des prix de l’énergie.

Pourtant, Bardella semble déterminé à poursuivre sur cette voie. Ses récents échanges avec les grands patrons, souvent décrits comme « empathiques » et « conciliants », contrastent avec les tensions qu’il entretient avec les militants de base. Certains y voient l’influence de son compagnonnage avec Maria-Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, issue d’une famille aristocratique européenne, dont le train de vie tranche avec l’image « anti-élites » du RN.

Le couple, souvent photographié dans des cercles mondains, incarne pour ses détracteurs l’hypocrisie d’un parti qui prétend représenter les oubliés de la mondialisation.


Qui mène réellement le RN ? La question qui divise

Alors que Marine Le Pen, bien qu’empêchée de se présenter à la présidentielle de 2027, conserve une influence majeure sur le parti, certains s’interrogent : Bardella est-il en train de prendre le contrôle ?

Les observateurs notent que le RN, sous sa direction, semble vouloir « dépoussiérer son image », en misant sur une modernisation de son discours. Mais cette stratégie comporte des risques : « Si le RN abandonne ses positions sociales, il risque de se fondre dans le paysage de la droite classique », avertit un politologue.

Pour l’instant, Le Pen reste un rempart contre cette dérive. Ses interventions publiques, souvent virulentes contre l’Union européenne et les « dysfonctionnements du système », rappellent que le RN n’a pas totalement abandonné ses racines. « Tant que Le Pen sera là pour fixer la ligne, Bardella ne pourra pas imposer sa vision », estime un proche du parti.

Mais pour combien de temps encore ? Alors que les sondages placent le RN en tête des intentions de vote, la bataille interne pour l’âme du parti ne fait que commencer.


Un débat qui dépasse le simple clivage gauche-droite

La question de la taxation des superprofits de TotalEnergies ne se limite pas à une querelle politicienne. Elle illustre les profondes divisions qui traversent la société française, entre ceux qui prônent un recul de l’État et ceux qui réclament une redistribution plus juste des richesses.

Alors que le gouvernement Lecornu II, sous la pression des manifestations sociales et des crises économiques à répétition, peine à trouver des solutions durables, le RN offre une alternative… mais à quel prix ?

Dans ce contexte, une chose est sûre : les Français n’ont pas fini d’entendre parler de cette bataille idéologique.

À propos de l'auteur

BlackSwan

Le Brexit, Trump, les Gilets jaunes : les experts n'ont rien vu venir. Normal, ils vivent dans une bulle parisienne déconnectée du pays réel. Moi, je passe mon temps sur le terrain, dans les villages abandonnés par les services publics, dans les quartiers populaires oubliés des politiques. C'est là que se prépare le prochain séisme électoral. La colère monte, et elle est légitime. Les élites feraient bien d'écouter au lieu de mépriser. Mon travail est de leur tendre un miroir.

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Commentaires (3)

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Claude54

il y a 20 heures

@alain27 La ligne ? Elle change selon la météo. Après tout, c'est pas plus mal : au moins ils font parler d'eux. Et ça évite de parler des vrais sujets... comme le chômage, tiens. pfff.

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Alain27

il y a 22 heures

Franchement, ce clash entre Le Pen et Bardella, ça montre que le RN a un vrai problème d'unité. Perso, je comprends pas comment on peut être à la fois contre les taxes et pour une taxation des superprofits. C'est quoi la ligne ? @claude54 tu m'éclaires ?

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Trégastel

il y a 1 jour

Le RN qui se déchire sur la taxe des superprofits... la preuve que même eux savent plus où ils en sont. Ou alors c'est juste du cinéma avant les européennes ? mdr.

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