RN en quête de candidat : qui tirera les ficelles en 2027 ?

Par Anachronisme 16/04/2026 à 07:11
RN en quête de candidat : qui tirera les ficelles en 2027 ?

Le Rassemblement National prépare sa campagne présidentielle dans l’incertitude : Marine Le Pen ou Jordan Bardella ? Entre stratégies judiciaires et rivalités internes, le parti doit trancher avant l’été pour affronter Macron en 2027.

Un parti en suspens : qui portera les couleurs du RN en 2027 ?

Alors que les autres forces politiques françaises peaufinent déjà leurs stratégies pour la présidentielle de 2027, le Rassemblement national se distingue par une campagne préparée dans l’ombre, mais sans candidat officiel. Dans un huis clos maintenu secret en région parisienne les 16 et 17 avril 2026, une quinzaine de cadres du parti planchent sur l’organisation, les meetings et le financement d’une bataille électorale qui, si elle se concrétise, pourrait basculer le paysage politique français. Pourtant, l’incertitude persiste : Marine Le Pen ou Jordan Bardella ? Le suspense, loin d’être anodin, interroge sur l’avenir d’une formation qui, malgré ses scores historiques dans les sondages, reste prisonnière de ses propres contradictions.

Un calendrier judiciaire qui dicte la course

La candidature potentielle de Marine Le Pen, figure historique du parti, se heurte à une épée de Damoclès judiciaire. Condamnée en première instance à une inéligibilité de cinq ans pour l’affaire des assistants parlementaires européens, elle attend le 7 juillet 2026, date de l’arrêt en appel, pour connaître son sort. Ses proches évoquent une possible réduction à deux ans de peine – un scénario qui lui permettrait, in extremis, de se présenter. « La campagne commencera le 7 juillet », assure un cadre du parti, balayant d’un revers de main les spéculations sur un renoncement de dernière minute. Pourtant, la patronne historique du RN, qui a déjà consulté des experts en droit constitutionnel, sait que le temps lui est compté. « On ne peut pas attendre, Jean-Luc Mélenchon est déjà en campagne », s’impatiente un conseiller de la députée du Pas-de-Calais.

Le parti, conscient du risque, se prépare à tous les scenarii. « On envisage toutes les options, on ne sera pas comme des lapins tétanisés dans les phares d’une voiture », assure Philippe Olivier, membre du bureau exécutif. Les groupes de travail thématiques, coordonnés par Ambroise de Rancourt, planchent depuis des mois sur des thèmes aussi variés que la réforme territoriale ou l’environnement. Leur travail, jusqu’ici confidentiel, doit être présenté prochainement au duo Le Pen-Bardella. « Les sujets à travailler pour le programme sont les mêmes, les recherches de financements aussi », confie un cadre. « Il y aura des différences de style en meeting, mais on peut déjà réserver les salles ».

Un financement en suspens, entre réticences bancaires et ambitions européennes

Autre défi de taille : le financement de la campagne. Le RN, qui vise le plafond maximal de 10,7 millions d’euros de remboursement par l’État, se heurte à la frilosité des banques françaises. Pour contourner l’obstacle, le parti multiplie les démarches à l’étranger, en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni, voire en Hongrie – où Marine Le Pen avait obtenu un prêt similaire en 2022. « Le dossier bancaire est identique, que ce soit Marine Le Pen ou Jordan Bardella », souligne Kevin Pfeffer, trésorier du parti. Pourtant, la question reste entière : les établissements financiers oseront-ils soutenir un candidat d’extrême droite, quel qu’il soit, dans un contexte de montée des craintes sur l’endettement public et la stabilité économique ?

Le RN mise sur sa crédibilité électorale pour rassurer les prêteurs. Grâce à ses progrès aux législatives et aux municipales, il se targue d’être « pratiquement » sûr d’obtenir les 500 parrainages nécessaires, une formalité autrefois laborieuse. « Cela nous permet de concentrer toute notre énergie sur le projet et l’équipe », avait déclaré Jordan Bardella fin mars, évacuant ainsi une source de stress administrative. Pourtant, dans les coulisses, certains s’interrogent : et si le parti, malgré ses scores, peinait à convaincre les marchés ?

Un duo Le Pen-Bardella sous tension

Derrière l’unité affichée, les tensions entre les deux figures du RN persistent. Marine Le Pen, triple candidate à la présidentielle, incarne une ligne historique, celle d’un parti ancré dans les luttes identitaires et la défiance envers l’Union européenne. Jordan Bardella, 32 ans, jeune visage médiatique du mouvement, séduit par son approche plus moderne, voire « pro-business », selon les termes d’un cadre du parti. « Si on arrive au pouvoir, on aura une politique pro-business », avait-il affirmé, cherchant à séduire un électorat plus large, y compris parmi les entrepreneurs.

Les sondages, eux, donnent Bardella gagnant : 69 % des sympathisants RN estiment qu’il ferait un meilleur candidat que Le Pen, selon Le Figaro. Une popularité qui s’explique en partie par une stratégie de communication soignée, comme l’a illustré sa mise en scène médiatique avec sa compagne, une princesse italienne, en couverture de Paris Match. « C’est une étape inévitable pour un présidentiable », commente un député UDR. Pourtant, certains y voient une tentative désespérée de compenser son manque d’expérience : « Les Français connaissent mieux Marine Le Pen, et elle a davantage de choses à dire sur sa personne », s’agace un proche de la députée.

Les proches des deux figures assurent que « le tandem sera soudé », mais les craintes de cannibalisation interne persistent. « Si c’est Jordan, on sera attaqués sur sa jeunesse, et Marine porte le nom Le Pen », résume un député. Une division qui rappelle les divisions historiques de la droite, où les ambitions personnelles ont souvent primé sur la cohésion. « Il ne faudrait pas laisser croire que le président pourrait être sous la tutelle de Le Pen », s’inquiète un cadre, craignant que la figure historique ne prenne trop de place dans la campagne de son successeur.

2027, l’année charnière pour l’extrême droite ?

Qu’importe l’issue judiciaire, le RN mise sur 2027 comme une opportunité historique. Avec un président sortant affaibli, une gauche divisée et une droite traditionnelle en crise, le parti d’extrême droite caracole en tête des intentions de vote. « 2027 est le moment ou jamais », estime un parlementaire. Pourtant, le chemin est semé d’embûches. La campagne devra trancher sur des sujets clivants : immigration, Europe, économie… Des thèmes sur lesquels Marine Le Pen et Jordan Bardella ne partagent pas toujours la même vision. « Ils porteront la même vision pour la France, mais la manière d’en parler variera », explique Philippe Olivier, soulignant que « les différences de projet, de style et d’équipe seront inévitables ».

D’ici là, les deux candidats putatifs devront soigner leur image. Après un dîner avec de grands patrons, Bardella enchaînera avec le Medef le 20 avril, tandis que Le Pen et lui se retrouveront à Mâcon pour le traditionnel rassemblement du 1er mai. « Ils continuent une campagne en duo, à deux voix, avec beaucoup de complémentarités », se félicite Olivier. Pourtant, certains élus avouent, sous couvert d’anonymat, préférer Bardella. « Elle y croit encore, mais Jordan ne trépigne pas », confie un proche de la cheffe des députés RN. D’autres, plus pessimistes, imaginent déjà un « grand sacrifice » pour Le Pen, qui exclut catégoriquement une candidature si elle doit porter un bracelet électronique : « On ne peut pas faire campagne dans ces conditions », avait-elle lancé fin février sur BFMTV.

Un congrès à Orléans pour officialiser le choix

L’officialisation du candidat n’est pas attendue avant l’automne 2026, lors du congrès du RN à Orléans. D’ici là, le parti devra gérer une équation délicate : mobiliser ses troupes sans diviser. « Notre candidat n’aura plus qu’à appuyer sur un bouton pour lancer sa campagne dès le 8 juillet », résume un cadre. Mais derrière cette image mécanique se cache une réalité bien plus complexe : celle d’un parti tiraillé entre son passé et son avenir, entre une leader historique et un jeune ambitieux, entre une ligne radicale et une tentative de normalisation.

Dans ce contexte, une question persiste : le RN, malgré ses scores, est-il prêt à gouverner ? La réponse dépendra en grande partie de l’issue du procès de Marine Le Pen. Si elle est déclarée inéligible, le parti devra faire un choix cornélien : sacrifier sa figure emblématique ou prendre le risque d’une campagne menée par un candidat moins expérimenté. Une chose est sûre, en 2027, l’extrême droite française ne manquera pas de cartouches – mais elle pourrait manquer de balles.

À propos de l'auteur

Anachronisme

On nous vend une modernité qui n'est qu'un retour en arrière déguisé. Destruction des services publics, casse du Code du travail, démantèlement de la Sécurité sociale : tout ce que nos grands-parents ont construit est méthodiquement détruit au nom du "progrès". Je refuse cette arnaque. Mon travail consiste à rappeler d'où nous venons pour comprendre où on nous emmène. Et croyez-moi, la destination ne me plaît pas. Je continuerai à documenter ce hold-up démocratique tant que ce sera possible.

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Commentaires (2)

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Yvon du 39

il y a 1 jour

Bardella en 2027 ? Ouais bof... Macron a déjà gagné contre Le Pen en 2022, alors bon... Même si elle fait encore un peu peur aux bobos avec son discours sur l'immigration, elle reste la seule qui peut fédérer. Après, si le RN veut vraiment gagner, faudrait qu'ils arrêtent de se bouffer le nez entre eux...

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A

Alexis_767

il y a 1 jour

Ce qui est fascinant, c'est l'incapacité du RN à trancher clairement. En 2022, Le Pen avait déjà du mal à lâcher la main de son père politiquement. Aujourd'hui, Bardella incarne une jeunesse qui séduit, mais peut-on vraiment imaginer un président RN sans l'ombre du FN historique ? Les sondages montrent que 30% des électeurs potentiels hésitent encore... Et si c'était justement ce flou stratégique qui les affaiblissait ?

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