La porte-parole du Rassemblement National face aux défis de la campagne
Alors que l’échéance présidentielle de 2027 se profile à l’horizon, Laure Lavalette, députée du Var et figure montante du Rassemblement National, a accordé ce lundi 14 septembre un entretien musclé aux journalistes d’info, esquissant les contours de la stratégie du parti pour les mois à venir. Dans un contexte économique et social particulièrement tendu, marqué par une flambée des prix de l’énergie et une crise du logement qui s’aggrave, la porte-parole du RN a multiplié les prises de position radicales, tout en tentant de désamorcer les critiques internes et externes sur les tensions persistantes au sein du parti.
Face à Agathe Lambret et Simon Le Baron, Laure Lavalette a défendu avec véhémence le projet présidentiel de Marine Le Pen, notamment sur des sujets aussi sensibles que la priorité nationale, la remise en cause de la loi SRU – accusée de favoriser une « politique migratoire décomplexée » – ou encore l’abandon des objectifs du ZAN (Zéro Artificialisation Nette), jugés « inadaptés » aux réalités du terrain. Elle a également réaffirmé la volonté du RN de réviser les normes des DPE (Diagnostics de Performance Énergétique), dénonçant un « gaspillage de fonds publics » dans des rénovations coûteuses et inefficaces.
Budget 2027 et retraités : le RN à l’assaut des mesures « anti-françaises »
Sur le terrain budgétaire, Laure Lavalette n’a pas mâché ses mots. Alors que le gouvernement Lecornu II tente tant bien que mal de maintenir la trajectoire des finances publiques dans un contexte de dette abyssale – désormais proche des 115 % du PIB –, la députée varoise a dénoncé une politique de rigueur « injuste », ciblant particulièrement les retraités. « On ne peut pas continuer à ponctionner les classes moyennes et les retraités pour financer des dépenses inefficaces ou des subventions aux énergies renouvelables », a-t-elle lancé, avant d’ajouter : « La priorité, c’est de redonner du pouvoir d’achat aux Français, pas de financer des éoliennes qui défigure le paysage et coûtent une fortune ».
Le RN propose ainsi une baisse ciblée des taxes sur les carburants, une mesure phare de son programme, présentée comme une réponse « d’urgence » à la « asphyxie » des ménages et des professionnels. « La fiscalité française sur l’essence est l’une des plus élevées d’Europe », a-t-elle rappelé, avant de fustiger les accords internationaux qui, selon elle, « étranglent notre souveraineté économique ». Sans nommer explicitement les États-Unis ou la Chine, elle a pointé du doigt les « pressions extérieures » qui empêcheraient une baisse « unilatérale » des taxes, évoquant des « lobbies écologistes » et des « bureaucraties bruxelloises » complaisantes envers les industries étrangères.
« Nous devons retrouver une véritable autonomie énergétique, quitte à défier certaines normes européennes si elles nous étouffent. La France n’a pas à payer pour les erreurs des autres. »
— Laure Lavalette, porte-parole du RN
Affaire de Carcassonne et extrémistes au RN : le parti sous le feu des critiques
L’entretien a également été marqué par des questions sensibles, notamment sur l’affaire des propos racistes tenus lors d’un meeting à Carcassonne en juillet 2026. Laure Lavalette a tenté de minimiser l’impact de cet incident, insistant sur le fait que « tout parti politique peut avoir des brebis galeuses », mais reconnaissant que « ces dérives doivent être sanctionnées ». Pourtant, les associations antiracistes et une partie de la classe politique continuent de pointer du doigt la persistance de profils extrémistes au sein du RN, malgré les efforts affichés de « dédiabolisation ».
Interrogée sur les accusations de fédérations locales du RN toujours infiltrées par des éléments radicaux, elle a balayé les critiques d’un revers de main : « Le RN a changé. Nous avons rompu avec les vieux démons du passé. Ceux qui veulent nous coller l’étiquette d’extrême droite se trompent de combat ». Pourtant, les archives judiciaires et les rapports de l’Observatoire national de la délinquance (ONDRP) confirment que plusieurs affaires récentes impliquant des militants ou élus RN ont été classées sans suite pour des motifs liés à des propos ou actes à caractère haineux.
Marine Le Pen vs Jordan Bardella : l’ombre d’une rivalité naissante
Autre sujet brûlant : les tensions internes au RN entre la présidente du parti, Marine Le Pen, et son dauphin présumé, Jordan Bardella. Alors que ce dernier, président du groupe RN à l’Assemblée nationale, a multiplié les interventions médiatiques ces dernières semaines pour relancer l’image du parti auprès des jeunes et des banlieues, Laure Lavalette a joué l’apaisement. « Il n’y a pas de crise de leadership. Marine Le Pen reste la figure incontestée du RN. Jordan Bardella est un atout, pas une menace », a-t-elle assuré, tout en rappelant que « la famille Le Pen reste au cœur de la stratégie du parti ».
Pourtant, les observateurs politiques notent une stratégie de communication distincte entre les deux figures. Là où Bardella mise sur un discours plus « moderne » et « décomplexé », Le Pen insiste sur un retour aux fondamentaux du RN : souveraineté, identité nationale, rejet de l’immigration massive. Laure Lavalette, elle, se positionne comme une médiatrice, cherchant à concilier les deux approches pour éviter une scission préjudiciable avant 2027.
Voile dans l’espace public : une proposition qui divise
Enfin, Laure Lavalette a réaffirmé la volonté du RN d’inscrire dans son programme présidentiel une interdiction du voile islamique dans l’espace public, une mesure déjà testée dans certaines communes dirigées par le parti. « Il ne s’agit pas de stigmatiser une religion, mais de défendre notre modèle républicain. La laïcité, c’est la neutralité de l’espace public, point final », a-t-elle déclaré. Cette proposition, qui s’inscrit dans la droite ligne des discours anti-islam portés par le RN depuis des années, a relancé le débat sur la place de la laïcité en France, entre ceux qui y voient une mesure légitime de protection des valeurs républicaines et ceux qui dénoncent une instrumentalisation politique de la question religieuse.
Sans surprise, cette prise de position a été accueillie avec hostilité par les associations féministes et antiracistes, qui y voient une atteinte aux libertés individuelles. « Le RN instrumentalise la laïcité pour justifier des mesures liberticides », a réagi une porte-parole du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), désormais dissous. À l’inverse, l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI) a salué une « position courageuse », reflétant selon elle « l’inquiétude grandissante des Français face à l’islam politique ».
Le RN face à ses contradictions : entre radicalité et recherche de respectabilité
Alors que le RN tente de séduire un électorat toujours plus large – notamment dans les banlieues populaires, où sa progression électorale est notable –, Laure Lavalette a défendu une ligne à double tranchant. D’un côté, le parti mise sur un discours anti-élites, anti-système et anti-immigration pour fédérer sa base historique. De l’autre, il cherche à adoucir son image auprès des modérés, en mettant en avant des thèmes comme le pouvoir d’achat ou la sécurité, sans pour autant renier ses fondamentaux.
Pourtant, les derniers sondages placent le RN en tête des intentions de vote pour 2027, avec près de 30 % des intentions au premier tour, devant une gauche divisée et une majorité présidentielle affaiblie. Mais cette progression s’accompagne d’une hausse des tensions sociales et d’un climat politique de plus en plus polarisé, où chaque déclaration du RN est scrutée, analysée, et souvent contestée.
Dans ce contexte, Laure Lavalette incarne cette stratégie de fermeté apparente, tout en tentant de donner une image « rassurante » du parti. Pourtant, entre les affaires judiciaires en suspens, les remous internes et les critiques externes, le RN reste un parti sous haute tension, dont l’avenir dépendra largement de sa capacité à gérer ces contradictions sans exploser.
Une chose est sûre : avec une présidentielle dans moins d’un an, le parti d’extrême droite n’a plus droit à l’erreur.
Crise énergétique et pouvoir d’achat : les carburants au cœur des tensions
Le débat sur les prix des carburants, relancé par les propositions du RN, illustre parfaitement les enjeux de cette campagne. Alors que la France subit une hausse continue des prix à la pompe – atteignant parfois plus de 2 euros le litre dans certaines régions –, le gouvernement tente de trouver un équilibre entre soutien aux ménages et respect des engagements climatiques. Mais pour le RN, la solution est simple : baisser la fiscalité.
« On ne peut pas laisser un pays s’asphyxier sous prétexte de transition écologique. La priorité, c’est de redonner du pouvoir d’achat aux Français, pas de financer des subventions aux énergies renouvelables qui coûtent cher et ne marchent pas », a martelé Laure Lavalette. Une position qui séduit une partie de l’électorat, mais qui inquiète les défenseurs de l’environnement, pour qui une baisse des taxes sur les carburants serait un recul climatique inacceptable.
D’autant que les derniers rapports de l’ADEME (Agence de la transition écologique) montrent que la France est loin d’atteindre ses objectifs de réduction des émissions de CO₂, en partie à cause d’un report modal insuffisant vers les transports en commun et d’un manque d’investissements dans les alternatives. Pourtant, le RN continue de dénoncer une « écologie punitive », préférant mettre en avant des solutions « souveraines », comme le développement du nucléaire ou la relance des forages en France métropolitaine et ultramarine.