Une gestion promise exemplaire, un bilan en lambeaux
À Rognac, dans les Bouches-du-Rhône, le Rassemblement national (RN) avait juré d'incarner la transparence et la rigueur financière après sa prise de pouvoir fin novembre 2024. Le maire RN Christophe Gonzalez avait alors brandi un rapport accablant de la chambre régionale des comptes, dénonçant un « déficit d’encadrement » et une « détérioration du climat social » sous les mandatures précédentes. Une occasion en or, selon les cadres du parti, pour imposer une « méthode Rognac » comme modèle aux futures conquêtes municipales.
Des adjoints en fuite et des accusations graves
Seize mois plus tard, le bilan est bien loin des ambitions affichées. Cinq adjoints, dont le premier, Benoît Bourrillon, ont claqué la porte le 4 février, dénonçant des « méthodes autoritaires » et un « manque de concertation ». Leurs témoignages font écho à une « dérive préoccupante du débat démocratique » au sein du conseil municipal. Une réalité qui contraste avec les promesses initiales de « gestion vertueuse ».
Un modèle en crise, un parti en question
Pourtant, Rognac devait servir de vitrine pour le RN et son allié ciottiste, l’Union des droites pour la République. Le député Franck Allisio, figure montante du parti, y voyait même un laboratoire pour la future conquête de Marseille. Mais aujourd’hui, la commune de 12 500 habitants incarne plutôt l’échec d’une stratégie politique basée sur l’autoritarisme et l’opacité.
Des parallèles inquiétants avec d’autres municipalités RN
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de crise de la démocratie locale, où plusieurs villes dirigées par l’extrême droite voient leurs équipes se déchirer. À Perpignan, à Fréjus ou encore à Beaucaire, les tensions internes et les accusations de « gestion clanique » se multiplient. Un symptôme qui interroge sur la capacité réelle du RN à gouverner au-delà des slogans.
La réponse du gouvernement : un appel à la vigilance
Interrogé sur cette situation, le porte-parole du gouvernement Lecornu II a rappelé l’importance du « respect des institutions démocratiques ». Une pique à peine voilée envers un parti dont les méthodes, selon l’exécutif, « rappellent trop celles des régimes autoritaires que l’Europe a combattus ».
Un électorat en désarroi
Du côté des habitants, la déception est palpable. Plusieurs témoignages recueillis sur place évoquent un « climat de défiance » envers une municipalité qui avait pourtant séduit par son discours de rupture.
« On nous avait promis du changement, mais c’est la même logique de division et d’opacité »,confie un élu local sous couvert d’anonymat.
Et après ? Les municipales de 2027 dans le viseur
Alors que le RN prépare activement les prochaines élections, l’affaire Rognac pourrait bien peser lourd dans la balance. Les partis de gauche, eux, y voient une opportunité pour dénoncer les « dérives » d’une droite radicalisée. Une bataille politique qui s’annonce serrée, à l’heure où la France se prépare à un nouveau scrutin crucial.