Une campagne municipale sans étiquettes, sans idées
À un mois et demi du premier tour des élections municipales, prévu le 15 mars 2026, la campagne électorale se déroule dans un contexte inédit. Les candidats, qu'ils soient de droite, d'extrême droite ou de gauche, effacent soigneusement toute référence à leur parti. Une stratégie qui révèle une dépolitisation profonde de la vie publique française.
La disparition des partis : un symptôme alarmant
La politique n'a plus la cote, et les candidats l'ont bien compris. Renaissance, LR, le PS, le RN... toutes les formations politiques semblent indésirables. Les affiches électorales sont épurées, les logos absents, les programmes flous. Une tendance qui s'observe particulièrement chez les candidats d'extrême droite, comme à Toulon ou Marseille, où les lepénistes évitent soigneusement de mentionner leur appartenance au Rassemblement national.
Du côté des macronistes, l'impopularité du président Emmanuel Macron et de son gouvernement conduit à une discrétion similaire. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, pourtant figure centrale du pouvoir, reste en retrait de cette campagne. Une absence notable qui illustre le désintérêt croissant des Français pour les débats politiques nationaux.
La valse des étiquettes : un signe de faiblesse
Les partis politiques français semblent en pleine crise d'identité. Les Républicains n'ont que dix ans d'existence, le Rassemblement national sept, et Renaissance, anciennement En Marche puis La République en marche, n'a pas trois ans et demi. Certains, comme Gabriel Attal, envisagent même de rebaptiser leur formation en Nouvelle République.
Cette fuite en avant dans le changement de noms révèle une réalité inquiétante : les partis manquent cruellement d'idées neuves et de projets concrets. Quand l'emballage devient plus important que le contenu, c'est souvent le signe d'une crise idéologique profonde.
La fuite des députés vers les mairies : un symptôme de la crise du parlementarisme
Un autre phénomène illustre la crise de la démocratie locale : la multiplication des candidats députés aux municipales. Une centaine de parlementaires se présentent cette année, un record historique. En 2020, ils n'étaient que 60. Cette tendance s'explique par la loi du non-cumul, mais aussi par le désenchantement croissant envers l'Assemblée nationale.
Depuis la dissolution de 2025, le Palais Bourbon est devenu un lieu de blocages et de surenchères stériles. Les débats budgétaires, souvent absurdes, ont fini par décourager les élus eux-mêmes. Les mairies, en revanche, offrent des mandats plus stables, plus constructifs et surtout plus proches des citoyens.
Une campagne électorale sans enjeux, sans débats
Les candidats misent sur la proximité et l'enracinement local, mais cette stratégie atteint cette année des sommets de caricature. Les affiches sont aseptisées, les programmes réduits à des slogans vides. La politique, devenue un gros mot, est absente des débats.
Cette dépolitisation est d'autant plus préoccupante qu'elle s'inscrit dans un contexte de crise démocratique plus large. Les Français, lassés par les promesses non tenues et les polémiques stériles, se détournent des urnes. Les partis, quant à eux, semblent incapables de proposer des solutions concrètes face aux défis majeurs du pays : crise agricole, politique sanitaire, sécurité, finances publiques...
Les municipales 2026 pourraient bien marquer un tournant dans l'histoire politique française. Reste à savoir si les citoyens sauront résister à la tentation du désengagement.