Saint-Denis bascule à gauche : La France insoumise écrase le PS dès le 1er tour

Par Anachronisme 17/03/2026 à 17:12
Saint-Denis bascule à gauche : La France insoumise écrase le PS dès le 1er tour

Saint-Denis bascule à gauche : Bally Bagayoko (LFI) écrase le PS dès le 1er tour avec 50,77 % des voix. Une victoire historique qui confirme l’ascension de La France insoumise dans les villes populaires et interroge l’avenir de la gauche française face au macronisme.

Un séisme politique dans la cité dionysienne : Bally Bagayoko, figure historique de LFI, s’empare de la mairie dès le premier scrutin

La Seine-Saint-Denis, bastion historique de la gauche radicale, vient de vivre un tournant politique majeur. À Saint-Denis, ville-phare du département, Bally Bagayoko, candidat de La France insoumise, a remporté les élections municipales dès le premier tour avec une avance écrasante de 50,77 % des suffrages, reléguant le maire socialiste sortant, Mathieu Hanotin, à seulement 32,70 %. Une performance historique pour un mouvement qui, jusqu’ici, n’avait jamais conquis une ville de plus de 100 000 habitants.

Ce scrutin, marqué par une abstention record à 57 %, confirme l’émergence d’une nouvelle dynamique politique dans les territoires populaires, où les insoumis capitalisent sur un rejet des politiques libérales et une défiance croissante envers les partis traditionnels. La victoire de Bagayoko s’inscrit dans un contexte national où La France insoumise (LFI), sous l’impulsion de Jean-Luc Mélenchon, multiplie les avancées locales, tout en cristallisant les tensions avec l’exécutif.

Un ancrage local et une campagne sans concession

Dès l’annonce des résultats, la liesse s’est emparée des rues de Saint-Denis. Sur le parvis de l’hôtel de ville, Bally Bagayoko, 52 ans, ancien joueur de basket semi-professionnel et cadre à la RATP, a enchaîné les embrassades avec les habitants, anciens collègues, militants associatifs et même un prêtre venu visiter la basilique. « Bravo, monsieur le maire », lui glisse un commerçant en souriant, tandis qu’une militante de la Sécurité sociale, Dianga Traoré, confie : « Cette victoire, c’est la preuve que LFI n’est pas qu’un marchepied pour les ambitions personnelles. Nous avons une réelle légitimité dans ces quartiers. »

Son parcours, celui d’un enfant de l’immigration malienne élevé dans les Hauts-de-Seine avant de s’installer à Saint-Denis, incarne cette proximité revendiquée. Élu adjoint communiste aux sports puis à la jeunesse en 2001 aux côtés de Patrick Braouezec, il avait déjà tenté sa chance en 2020 sous les couleurs insoumises, terminant troisième avec 18 % des voix. Cette fois, il a choisi l’union avec le Parti communiste, une alliance « stratégique et cohérente », selon ses termes, pour éviter les divisions et maximiser l’impact de son programme.

« Nous avions les réserves de voix, l’ancrage local et une population mobilisée », explique-t-il, le regard tourné vers l’imposante mairie. « La campagne a été rude. Nous avons été accusés de tous les maux : du mépris de classe à des allégations infondées sur nos liens avec des milieux troubles. Mais ces attaques ont fini par retourner l’opinion en notre faveur. » Il fait référence aux accusations de Mathieu Hanotin, qui avait qualifié LFI de « parti s’accolant aux narcotrafiquants » pour séduire les jeunes. Des propos que Dianga Traoré juge « racistes et méprisants », rappelant que Hanotin avait déjà marqué les esprits en sillonnant les quartiers en gilet pare-balles et en fermant des locaux associatifs, notamment dans les Francs-Moisins.

Le maire sortant, contacté après sa défaite, n’a pas souhaité s’exprimer. Dans un communiqué sobre, il a « pris acte de la netteté des résultats » et félicité son adversaire, tout en défendant son bilan « en faveur de la sécurité et contre l’habitat indigne ». Un discours en demi-teinte, qui illustre la difficulté des socialistes à se réinventer face à la montée des insoumis.

Un rejet des politiques libérales et une gauche en recomposition

La victoire de Bagayoko est aussi le symptôme d’un rejet global des politiques menées par Emmanuel Macron et ses alliés. À Saint-Denis, comme dans de nombreuses villes populaires, les habitants subissent de plein fouet les conséquences des réformes libérales : hausse des loyers, précarisation des services publics et affaiblissement des politiques sociales. Mourad, un ancien directeur d’hôtel de 67 ans, résume le sentiment général : « Il va falloir s’occuper de la sécurité, oui, mais aussi réguler les prix des logements. Mon T4 en HLM coûte désormais 800 euros par mois, et le soir, les rues sont peu sûres. Qu’attend-on ? »

Cette élection s’inscrit dans un mouvement plus large de radicalisation de la gauche, porté par LFI et ses alliés. En 2020, Hanotin n’avait obtenu que 8 604 voix ; en 2026, Bagayoko en récolte 13 506 – un gain significatif, même si l’abstention massive (57 %) rappelle les défis de la mobilisation électorale. « On progresse, malgré tout », reconnaît un membre de son équipe, qui souligne que la stratégie de porte-à-porte a été déterminante. « Pendant des mois, nous avons escaladé les tours de 17 étages pour discuter avec les habitants. Bally était tellement sollicité qu’il a manqué une dizaine de bureaux de vote à 18h30. »

Pour Flavie, 20 ans, infirmière et première fois électrice, le choix de Bagayoko s’est imposé naturellement : « On m’a démarchée dans mon quartier, et son discours sur l’écologie, la justice sociale et l’emploi m’a convaincue. Saint-Denis mérite mieux que la politique des petits arrangements. » Samia, employée municipale de 56 ans, abonde : « C’est un père de quatre enfants, qui travaille et qui connaît le terrain. Il nous ressemble. »

Cette victoire symbolique pour LFI intervient alors que le mouvement se positionne comme l’alternative crédible à l’extrême droite, tout en incarnant une rupture avec le macronisme. « Ce scrutin montre que LFI n’est pas qu’un outil pour faire front contre le RN », insiste Bagayoko. « Nous portons un projet de transformation sociale, et les Dyonisiens l’ont compris. »

Des défis immédiats pour le nouveau maire

Dès son élection, Bally Bagayoko a rappelé que sa priorité serait de rassurer la population et le personnel communal. « Le baromètre social montre un personnel très stressé et attristé », confie-t-il, évoquant les restructurations menées par l’ancienne municipalité et les incertitudes liées aux réformes de l’État. « Nous devons d’abord régler ces questions humaines avant de mettre en œuvre notre politique. »

Parmi ses engagements phares : la défense du périscolaire, la préparation aux canicules et l’organisation de la rentrée scolaire. Autant de mesures concrètes pour répondre aux besoins criants des habitants, alors que la ville, fusionnée avec Pierrefitte, cherche à retrouver une dynamique positive.

Pourtant, malgré l’enthousiasme suscitée par cette victoire, les défis restent immenses. La sécurité, la régulation des loyers et la revitalisation des services publics figurent en tête de ses priorités. Bagayoko sait qu’il devra composer avec une municipalité divisée et une opposition déterminée à le contester. Mais pour l’heure, l’heure est à la fête : « On verra ça plus tard, je reste là pour l’instant », lance-t-il à son équipe avant de s’engouffrer dans un café du centre-ville, transformé en QG de campagne improvisé.

Alors que la gauche se recompose et que les socialistes peinent à se renouveler, cette élection pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère pour Saint-Denis – et plus largement pour la gauche française. Une ère où les quartiers populaires ne seraient plus seulement des terrains de conquête électorale, mais des espaces où les idées transformatrices pourraient enfin s’incarner.

Contexte national : LFI en embuscade pour 2027 ?

Cette victoire s’inscrit dans un paysage politique national où La France insoumise s’impose comme une force incontournable. Depuis 2022, le mouvement a multiplié les percées locales, remportant des villes comme Grenoble, Montpellier ou maintenant Saint-Denis, tout en cristallisant les tensions avec l’exécutif. Emmanuel Macron, dont la popularité reste atone, voit son quinquennat marqué par une crise de légitimité et une montée des alternances locales.

Le gouvernement Lecornu II, confronté à une crise des vocations politiques et à un rejet des réformes libérales, tente de maintenir un cap austère. Pourtant, les dernières élections municipales ont montré que les Français, notamment dans les territoires populaires, aspirent à des politiques sociales ambitieuses et à une rupture avec le libéralisme. Dans ce contexte, la stratégie de LFI, qui mise sur l’ancrage local et un discours anti-système, semble de plus en plus pertinente.

Pour ses détracteurs, le mouvement reste associé à des scissions internes et à des dérives verbales. Pour ses partisans, il incarne au contraire une espérance pour les classes populaires, face à un PS en déclin et à un RN en embuscade. La bataille de Saint-Denis pourrait bien préfigurer les enjeux de 2027 : une gauche divisée mais déterminée à reconquérir les territoires, face à un centre affaibli et une extrême droite en embuscade.

Alors que les observateurs politiques s’interrogent sur l’avenir du PS et sur la capacité de LFI à incarner une alternative crédible, une chose est sûre : Saint-Denis vient de devenir le nouveau laboratoire d’une gauche en mouvement.

Et si cette victoire n’était que le premier acte d’une recomposition plus large ?

À propos de l'auteur

Anachronisme

On nous vend une modernité qui n'est qu'un retour en arrière déguisé. Destruction des services publics, casse du Code du travail, démantèlement de la Sécurité sociale : tout ce que nos grands-parents ont construit est méthodiquement détruit au nom du "progrès". Je refuse cette arnaque. Mon travail consiste à rappeler d'où nous venons pour comprendre où on nous emmène. Et croyez-moi, la destination ne me plaît pas. Je continuerai à documenter ce hold-up démocratique tant que ce sera possible.

Votre réaction

Connectez-vous pour réagir à cet article

Publicité

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.

Votre avis

Commentaires (3)

Connectez-vous ou inscrivez-vous pour commenter cet article.

L

Logos

il y a 31 minutes

mdr les mecs du PS ils doivent faire la tête là... 50% pour LFI c'est une racléeeee !!! nooooon mais sérieux xptdrr ils sont où les socialos maintenant ? en train de pleurnicher dans leur coin ?

0
L

LogicLover

il y a 1 heure

Les chiffres sont sans appel : LFI dépasse les 50% dès le 1er tour. Ce qui est frappant, c'est la vitesse à laquelle elle grignote le terrain du PS. En 2020, aux municipales, le PS faisait encore 30% à Saint-Denis. Aujourd'hui, ils sont à moins de 15%. Une tendance qu'on observe dans plusieurs villes de la Seine-Saint-Denis.

0
Q

Quiberon

il y a 1 heure

Encore une ville populaire qui tourne le dos au PS historique... LFI est vraiment en train de phagocyter la gauche, ou c'est juste que Mélenchon fait rêver ?

2
Publicité