L’influenceur qui bouscule les codes : Sam Zirah prépare sa campagne présidentielle alternative
Dans un paysage médiatique français de plus en plus polarisé et dominé par les logiques d’audience, un acteur inattendu s’apprête à jouer un rôle clé dans la campagne présidentielle de 2027. Sam Zirah, créateur de contenus aux 6,5 millions d’abonnés répartis sur YouTube et les réseaux sociaux, lance un format inédit baptisé Le Meilleur candidat. Ce projet, dont la première diffusion est prévue pour le 1er novembre, marque une nouvelle étape dans la transformation du débat politique par les influenceurs, loin des carcans traditionnels des médias institutionnels.
Avec une approche résolument populiste et décomplexée, Zirah propose un mélange audacieux entre intime et politique, une stratégie qui séduit une audience jeune et majoritairement féminine, âgée de 18 à 44 ans. Son crédo ? « L’intime est politique », une formule qui résume sa volonté de démystifier les figures politiques en les interrogeant sur leur vie personnelle, leurs convictions profondes, voire leurs contradictions, dans un cadre décontracté et interactif.
Un format qui défie les médias traditionnels
Contrairement aux interviews politiques classiques, souvent cantonnées à des sujets sécurisés et à des temps de parole stricts, Zirah mise sur la longueur des échanges et une relation de proximité avec ses invités. Son nouveau programme, diffusé sur YouTube, repose sur un principe simple : les candidats à la présidentielle tirent au sort 12 cartes thématiques – allant de leur histoire personnelle à leurs polémiques en passant par leurs convictions ou leur programme – avant de bénéficier d’une Golden Card pour un plaidoyer percutant. Une mécanique ludique, mais qui soulève des questions sur l’équilibre entre divertissement et information.
« Il faut arrêter de mettre les responsables politiques sur un piédestal, ce sont des personnes comme tout le monde qui sont payées par nos impôts, rappelle-t-il. Donc je ne vois pas pourquoi on devrait les traiter comme si c’était Céline Dion. » Une déclaration qui en dit long sur sa volonté de casser les codes de la respectabilité politique, un positionnement qui contraste avec le ton solennel des grands médias. Pourtant, cette approche n’est pas sans risques : elle pourrait détourner l’attention des enjeux programmatiques au profit d’une personnalisation excessive du débat.
« Il y a l’idée de la recherche de sympathie, de proximité, analyse Anne-Claire Ruel, enseignante en communication politique à l’université de la Sorbonne Paris Nord. Si ça permet de raconter l’enfance ou d’éclairer une vision du monde, ça peut être instructif. Mais ça peut aussi déplacer les critères de jugement, vers non pas son programme, mais sur le fait de passer un bon moment avec l’invité. » Une critique qui rappelle que le divertissement médiatique peut parfois édulcorer la rigueur politique, voire servir de tribune inconditionnelle aux candidats.
L’Arcom et les créateurs de contenus : vers un nouveau cadre réglementaire ?
Cette montée en puissance des influenceurs dans le débat politique n’est pas passée inaperçue. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a annoncé début octobre une concertation avec les principaux créateurs de contenus, dont l’audience dépasse plusieurs millions de personnes. Jusqu’à présent, ces formats échappaient en grande partie au contrôle de l’Arcom, qui veille pourtant au respect du pluralisme politique et de l’équité des temps de parole dans les médias traditionnels. Mais avec l’influence croissante de YouTube, Twitch ou TikTok, la question se pose : faut-il étendre ces règles au numérique ?
« Les réseaux sociaux, ce n’est pas le Far West, mais il faut les comprendre pour ne pas faire des règles illogiques, estime Zirah. Un créateur de contenus n’a aucun pouvoir sur l’algorithme, sur la façon dont son interview va être exposée. Une heure d’interview avec un responsable politique pourra faire 10 000 vues, quand une autre pourra atteindre 200 000. Le temps de parole ne pourra jamais être décompté sur les réseaux sociaux, car ça remettrait en cause la liberté d’expression. » Une position qu’il défend avec force, alors que l’Arcom réfléchit à des recommandations pour 2027, voire à des règles contraignantes.
Parmi les pistes envisagées : inviter l’ensemble des candidats une fois la liste officielle publiée, ou garantir une forme d’équité dans la couverture. Une mesure qui, si elle était appliquée, pourrait redonner une voix aux petits partis souvent ignorés par les grands médias. « C’est une équation presque impossible, résume Anne-Claire Ruel. Il faut garantir le pluralisme sans uniformiser les formats, mesurer l’exposition sans confondre visibilité et influence. »
Pour Zirah, cette réflexion arrive trop tard : « Beaucoup trop de médias institutionnels voient le digital comme un concurrent. Quand ces mêmes personnes déplorent le fait qu’il y ait de moins en moins de Français qui votent, que l’abstentionnisme est le premier parti de France, ou que les jeunes se désintéressent de la politique… Ils devraient plutôt se demander : comment faire pour que ces personnes s’intéressent à la politique et se sentent ancrées dans le paysage français ? » Une critique acerbe envers un establishment médiatique qu’il accuse de mépris de classe et de méconnaissance des nouvelles générations.
Un outil de communication pour les politiques… et un risque démocratique ?
Si les candidats sont de plus en plus nombreux à se presser dans les studios de Zirah, c’est parce que son audience représente une opportunité unique pour toucher des électeurs jeunes et souvent éloignés des urnes. Pascal Lardellier, professeur en communication politique à l’université de Bourgogne, souligne que « bien évidemment, ça permet à moindre coût de rajeunir son image, de paraître branché et de toucher, surtout, de potentiels électeurs plus jeunes. » Une stratégie gagnante pour les politiques, qui bénéficient d’une légitimité médiatique renouvelée auprès des réseaux sociaux.
Pourtant, cette alliance entre influenceurs et responsables politiques n’est pas dénuée de dangers. « Les politiques n’empruntent pas seulement un micro quand ils vont voir des créateurs de contenus, ils empruntent aussi un capital de familiarité et de confiance, complète Anne-Claire Ruel. Pour eux, c’est une possibilité d’approfondir sur un temps beaucoup plus long que de simples interviews, sans que cela ne garantisse un certificat de profondeur. Le risque, aussi, est que cela devienne une longue tribune lorsque rien ne vient mettre à l’épreuve le discours du candidat. » Une critique qui rejoint les craintes d’une communication hyper millimétrée, où les candidats contrôlent parfaitement leur image, mais où les sujets complexes sont évités.
Sam Zirah, lui, assume cette bienveillance sélective : « Je pratique la bienveillance et la contradiction, assure-t-il. Je prépare mes interviews pour anticiper au maximum les contre-arguments. Mais les politiques sont des pros de la communication, et ce n’est pas évident tout le temps, notamment quand on ne maîtrise pas complètement un sujet qui n’était pas prévu. Dans ces cas-là, je fais preuve de transparence et je compte sur mes abonnés pour m’éclairer dans les commentaires. » Une méthode qui, selon lui, permet de démocratiser l’accès à la parole politique, notamment pour les petits partis comme le Parti animaliste, souvent ignorés des grands médias.
« J’ai envie de rencontrer la candidate à la présidentielle 2027 du Parti animaliste, la télévision ne lui donne pas la parole. Moi, ça m’intéresse, lance-t-il. Les candidats en manque de notoriété ont tout intérêt à aller voir les influenceurs qui vont leur donner la parole et leur offrir une audience inespérée. » Une stratégie qui, si elle se généralise, pourrait rééquilibrer le débat politique en donnant une visibilité aux formations marginalisées.
Médias traditionnels et influenceurs : une complémentarité illusoire ?
Si Zirah se présente comme un intervieweur tout court, et non comme un journaliste politique, ses détracteurs lui reprochent son manque de rigueur et son absence de déontologie. Une accusation qu’il balaie d’un revers de main : « C’est du mépris de classe et du désintérêt. » Pour lui, les médias traditionnels, en refusant de s’adapter aux nouvelles formes de consommation de l’information, contribuent à la défiance envers les institutions.
Cette rivalité entre anciens et nouveaux médias est pourtant plus nuancée qu’il n’y paraît. « Médias traditionnels et créateurs de contenus sont complémentaires, même s’il y a évidemment une concurrence pour l’attention du public, reconnaît Anne-Claire Ruel. Quand un politique participe à une conversation de deux heures avec un influenceur, ça peut générer des dizaines d’extraits qui circulent ensuite sur les réseaux sociaux pendant des semaines. C’est un atout considérable dans la bataille de l’attention. » Une dynamique qui illustre la porosité croissante entre les sphères médiatiques, où une déclaration faite dans un podcast peut être reprise par une chaîne d’information, commentée à la radio, et rediffusée sur les réseaux sociaux en quelques heures.
Pourtant, cette complémentarité a ses limites. Les influenceurs, contrairement aux médias traditionnels, ne sont pas soumis aux mêmes règles déontologiques. « Ils se nourrissent les uns des autres, nuance Ruel, mais les créateurs de contenus ne garantissent pas une profondeur d’analyse. Leur force, c’est la viralité, pas la rigueur. » Une faiblesse que les politiques exploitent souvent, en privilégiant les formats courts et percutants aux débats approfondis.
Alors que la campagne présidentielle de 2027 s’annonce déjà sous haute tension, avec une gauche divisée et une extrême droite en embuscade, l’émergence de figures comme Sam Zirah pose une question cruciale : le débat politique peut-il encore se construire en dehors des cadres traditionnels ? Dans un contexte où l’abstention atteint des records et où les jeunes générations se détournent des médias classiques, les influenceurs représentent une alternative, mais aussi un risque pour la qualité du débat démocratique.
Une chose est sûre : avec Le Meilleur candidat, Zirah ne compte pas jouer les seconds rôles. « Ce que je propose est inclassable, se défend-il. Je suis hyper fier de proposer cette diversité de contenus, où le lundi, il peut y avoir du divertissement, le mardi de la politique, et le mercredi un talk-show avec mes chroniqueurs. » Une déclaration qui résume l’ambition d’un homme déterminé à redéfinir les règles du jeu médiatique, quitte à bousculer les conventions.
Les coulisses d’un phénomène
Installé dans un studio coloré du 9e arrondissement de Paris, Zirah prépare déjà ses premières interviews pour Le Meilleur candidat. Son public, majoritairement féminin et jeune, est une cible prisée par les politiques, mais aussi par les annonceurs. Une audience qui, selon les dernières données de Médiamétrie, 47% des auditeurs quotidiens de podcasts choisissent la version filmée de ces contenus, un chiffre qui illustre l’engouement croissant pour les formats visuels.
Son talk-show hebdomadaire, Au jour d’aujourd’hui, mêle téléréalité et actualité politique, un mélange des genres qui lui a valu une notoriété précoce. Mais c’est depuis 2024, avec ses interviews de personnalités politiques, qu’il a véritablement percé. Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, mais aussi des figures de l’opposition comme Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, ont tous répondu à son invitation. Une diversité qui reflète sa volonté de couvrir l’ensemble du spectre politique, même si certains observateurs s’interrogent sur la réelle neutralité de ses méthodes.
Car derrière l’image décontractée et le ton direct, Zirah reste un entrepreneur avisé. Son modèle économique repose sur une stratégie de contenu premium, où les marques sponsorisent ses émissions, et où les politiques paient indirectement leur accès à son audience. Une logique qui interroge : jusqu’où peut-on aller dans la personnalisation du débat politique sans tomber dans la complaisance ou le clientélisme ?
Une chose est certaine : avec l’Arcom sur le pied de guerre et les médias traditionnels en pleine crise d’identité, la campagne de 2027 s’annonce comme un laboratoire à ciel ouvert pour les nouveaux acteurs de l’information. Et Sam Zirah en sera l’un des principaux architectes.
Ce qu’il faut retenir
- Un format inédit : Le Meilleur candidat mise sur l’interactivité et l’intime pour réinventer les interviews politiques.
- Une audience jeune et captive : 6,5 millions d’abonnés, majoritairement des femmes de 18 à 44 ans, une cible prisée par les politiques.
- Un enjeu réglementaire : l’Arcom réfléchit à de nouvelles règles pour encadrer les podcasts politiques, mais la tâche s’annonce complexe.
- Un risque démocratique : entre divertissement et information, où se situe la frontière entre proximité et superficialité ?
- Une complémentarité contestée : médias traditionnels et influenceurs se disputent l’attention, mais leurs logiques divergent.
Reste à voir si cette révolution médiatique saura préserver l’essentiel : la qualité du débat démocratique.