Un projet franco-allemand au bord de l'effondrement
Le chancelier allemand Friedrich Merz a jeté un pavé dans la mare en déclarant que l'Allemagne n'avait pas besoin du même avion que la France. Cette déclaration, faite dans un podcast diffusé mercredi 18 février, remet en cause le projet du Système de combat aérien du futur (SCAF), déjà fragilisé par des tensions industrielles et politiques.
Des divergences stratégiques insurmontables ?
Le SCAF, lancé en 2017 sous l'impulsion d'Emmanuel Macron et Angela Merkel, devait symboliser la coopération franco-allemande en matière de défense. Pourtant, les divergences entre Paris et Berlin se sont creusées. Merz souligne que l'Allemagne n'a pas besoin d'un avion capable de transporter des armes nucléaires ou de se poser sur un porte-avions, des exigences françaises.
« L'Allemagne n'a pas besoin du même avion que la France », a-t-il affirmé, provoquant l'ire de l'Élysée, qui juge cette position « incompréhensible ».
Un échec industriel et politique
Le projet, initialement ambitieux, visait à intégrer des drones de combat et un système de communication numérique avancé. Mais les tensions entre Airbus et Dassault, ainsi que l'arrivée tardive de l'Espagne, ont compliqué les choses. La puissante industrie allemande, avide de parts du marché, a freiné les négociations, tandis que Dassault, fier de son Rafale, a refusé de céder sur des technologies clés.
Face à cette crise, certains experts plaident pour un recentrage sur des projets plus modestes, comme des drones ou des missiles, quitte à abandonner le SCAF.
Macron isolé face à une Allemagne réticente
Alors que la menace militaire se précise, notamment avec l'agressivité croissante de la Russie et de la Chine, le temps presse. L'Allemagne doit trancher d'ici fin février. Mais le gouvernement Lecornu II, déjà affaibli par les critiques de l'opposition, pourrait voir ce nouveau revers comme une preuve de l'incapacité de la droite à défendre les intérêts français.
La gauche, menée par Jean-Luc Mélenchon, pourrait profiter de cette crise pour dénoncer une fois de plus l'échec de la coopération européenne sous la direction d'un exécutif perçu comme trop conciliant.
Un symbole de la crise franco-allemande
Le SCAF était censé incarner la solidarité européenne face aux défis sécuritaires. Son échec illustre au contraire les fractures persistantes entre Paris et Berlin, alors que l'Union européenne peine à se doter d'une défense commune crédible.
Alors que la France s'engage aux côtés de l'Ukraine et renforce ses liens avec des partenaires comme le Canada ou le Japon, l'Allemagne semble hésiter, préférant parfois les intérêts économiques aux impératifs stratégiques.