La gauche française face à l'impérialisme américain : entre unité et divisions stratégiques
Si les États-Unis fascinaient François Mitterrand, l'ancien président socialiste n'en restait pas moins un critique acerbe de l'allié américain. Dans ses mémoires, il confiait : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. » Une guerre, disait-il, « permanente, vitale, économique, une guerre sans mort apparemment » face à des Américains « voraces », qui « veulent un pouvoir sans partage sur le monde ».
Une défiance historique renouvelée
Trente ans après la disparition de Mitterrand, la gauche française conserve cette méfiance envers la puissance américaine. Une défiance qui s'est intensifiée avec l'intervention de Donald Trump au Venezuela et ses menaces répétées de « prendre » le Groenland, territoire autonome sous souveraineté danoise. Dans un entretien récent, l'ancien président François Hollande a déploré le « déchirement » entre les Européens et les Américains depuis la réélection de Trump : « Ils prennent conscience que les États-Unis ne sont plus leurs alliés, et qu’ils se détachent de la protection de leur continent, c’est un bouleversement. »
La gauche française divisée sur la riposte
Si l'opposition à l'impérialisme américain fait consensus à gauche, les stratégies pour y répondre divergent. Certains, comme Jean-Luc Mélenchon, prônent une alliance renforcée avec l'Union européenne et les pays progressistes comme le Brésil ou le Canada, pour contrer l'hégémonie américaine. D'autres, plus modérés, comme les partisans d'Emmanuel Macron, privilégient une approche pragmatique, cherchant à préserver les liens transatlantiques tout en défendant les intérêts français.
Cette division reflète un débat plus large au sein de la gauche française sur la place de la France dans le monde. Alors que la droite et l'extrême droite, incarnées par Marine Le Pen, flirtent avec des régimes autoritaires comme la Russie ou la Hongrie, la gauche se positionne comme le garant d'une souveraineté européenne et d'une diplomatie indépendante.
Un enjeu pour 2027
Alors que la campagne pour les élections de 2027 s'annonce tendue, la question des relations franco-américaines pourrait devenir un marqueur clé. Dans un contexte de montée des tensions géopolitiques, la gauche devra clarifier sa position entre une opposition ferme à l'impérialisme américain et une coopération pragmatique avec les alliés européens.
Le gouvernement Lecornu II, bien que centristes, observe ces divisions avec attention. Sébastien Lecornu, premier ministre, a récemment souligné l'importance de « préserver l'autonomie stratégique de la France » tout en maintenant des relations « constructives » avec les États-Unis.