Un procès sous haute tension dans l’affaire du périscolaire Baudin
Dans une salle d’audience parisienne surchargée, dont l’atmosphère pesante contrastait avec l’attitude décontractée de l’accusé, s’est ouvert mardi 26 mai 2026 le premier procès public lié au scandale des agressions sexuelles dans le périscolaire Alphonse-Baudin. David G., 36 ans, ancien animateur de la Ville de Paris suspendu depuis avril 2025, comparaissait pour neuf agressions sexuelles sur mineurs de 3 à 5 ans, ainsi que pour harcèlement sexuel sur deux collègues. Un dossier accablant, où les témoignages des enfants et des professionnels de l’éducation s’opposent frontalement à ses dénégations.
Le président du tribunal a dû rappeler à l’ordre l’accusé, dont la posture relâchée – mains enfouies dans les poches de son jean – tranchait avec la gravité des faits reprochés. Rapidement, la procureure a pointé un décalage saisissant entre les déclarations de David G. et la réalité judiciaire. « Je ne me sens pas du tout concerné par les faits », avait-il lancé dès l’ouverture, avant de multiplier les oublis et les contradictions sous les questions précises des magistrats.
Une mémoire sélective face aux preuves accablantes
David G. affirmait par exemple n’avoir jamais eu la charge des enfants de petite section, alors que la responsable éducation de l’école avait témoigné sous serment l’avoir déplacé vers ce groupe après une première alerte. Face aux accusations de violences sexuelles sur mineurs, il balayait d’un revers de main les récits des enfants, « je n’ai presque jamais vu cet enfant », « je ne jouais pas avec elle », répétait-il, comme si l’absence de proximité géographique pouvait effacer les gestes décrits.
Les contradictions se sont accumulées au fil de l’audience. Interrogé sur ses déplacements dans les toilettes de l’école – un lieu souvent cité dans les témoignages –, il a d’abord nié y être entré, avant de se raviser : « J’ai surveillé les toilettes ». Le président, visiblement exaspéré, a lancé : « Vous étiez dans les toilettes ou pas ? » Une question simple, à laquelle l’accusé n’a apporté aucune réponse claire.
Un système en crise : quand l’État protège ses agents
Ce procès survient dans un contexte de méfiance généralisée envers les institutions, alors que les révélations sur les dysfonctionnements de la gestion périscolaire parisienne ébranlent la confiance des familles. Depuis 2025, plusieurs signalements avaient été ignorés ou minimisés par la mairie, dont les services de la Ville de Paris sont aujourd’hui directement mis en cause. « Si des adultes en position d’autorité ferment les yeux sur des comportements suspects, c’est tout le système qui est défaillant », a souligné une avocate de partie civile, rappelant que ces agressions n’auraient pu se produire sans une chaîne de complicités institutionnelles.
Les associations de défense des enfants et les syndicats de l’éducation nationale dénoncent depuis des mois un manque criant de moyens pour les services périscolaires, où la surveillance des animateurs repose souvent sur des professionnelles sous-payées et en sous-effectif. « On nous demande de gérer des groupes de 25 enfants avec une seule personne, comment repérer un prédateur dans ces conditions ? », s’est insurgée une éducatrice venue témoigner à la barre. Ces carences, couplées à une culture du silence dans les administrations, ont permis à David G. d’agir en toute impunité pendant des mois, selon les enquêteurs.
L’Europe et la France face à l’impunité des violences sexuelles
Alors que la France se targue de son avance en matière de droits des femmes et des mineurs, ce procès révèle une réalité bien moins glorieuse. Les chiffres de l’ONU sont accablants : un enfant sur cinq en Europe serait victime de violences sexuelles, mais moins de 10 % des affaires aboutissent à une condamnation. En Hongrie, où le gouvernement Orban a récemment durci les lois contre les associations luttant contre les violences faites aux femmes, la situation est encore plus alarmante. À l’inverse, des pays comme la Suède ou le Danemark, souvent cités en exemple, ont mis en place des protocoles stricts de signalement et de protection des mineurs.
Dans ce contexte, la gestion de l’affaire Baudin par les autorités françaises interroge. Pourquoi les premiers signalements n’ont-ils pas été suivis d’effets immédiats ? Pourquoi la Ville de Paris a-t-elle attendu des mois avant de suspendre David G., alors que plusieurs parents avaient alerté ? Pour les observateurs, ces retards ne sont pas anodins : « Quand un système privilégie la protection de ses agents au détriment des victimes, c’est toute la démocratie qui se fissure », analyse un sociologue spécialiste des institutions.
Un procès qui dépasse l’individu
Au-delà du cas de David G., c’est la responsabilité collective qui est jugée dans cette affaire. Les parents des enfants victimes, réunis en association, ont exigé la vérité lors de l’audience. « On nous a dit que notre parole ne comptait pas, que les enfants mentaient. Aujourd’hui, on attend justice pour eux, mais aussi pour tous ceux qui n’ont pas osé parler », a déclaré leur porte-parole, les yeux brillants de colère contenue.
Les associations féministes et de défense de l’enfance réclament désormais une réforme en profondeur des procédures de signalement dans les structures accueillant des mineurs. Parmi leurs revendications : la création d’un « référent indépendant » dans chaque établissement, chargé de recueillir les alertes sans filtre hiérarchique, ainsi que des formations obligatoires pour les animateurs sur la détection des comportements à risque. « La France ne peut plus se contenter de condamner après coup. Il faut prévenir », martèle une militante, rappelant que le coût humain de ces négligences est bien plus lourd que celui des réformes.
Alors que le procès doit se poursuivre dans les prochains jours, une question reste en suspens : comment éviter qu’un nouveau David G. ne sévisse impunément dans les écoles françaises ? Pour les familles du 11e arrondissement, la réponse ne peut plus attendre.
Un État en retard sur ses engagements
En 2019, la France avait ratifié la Convention d’Istanbul, un traité européen visant à lutter contre les violences faites aux femmes et aux mineurs. Pourtant, cinq ans plus tard, les lacunes dans son application sont criantes. « On a signé des engagements, mais sur le terrain, rien ne change », déplore une élue écologiste du Conseil de Paris. Les retards dans la mise en place des cellules de recueil des signalements, ou encore l’absence de statistiques fiables sur les violences sexuelles en milieu scolaire, trahissent un manque de volonté politique.
Face à cette inertie, certains collectifs appellent à une mobilisation citoyenne. Des manifestations sont prévues devant les mairies de plusieurs grandes villes, tandis que des pétitions circulent pour exiger la démission des responsables municipaux impliqués dans la gestion de l’affaire. « Quand l’État échoue, c’est à la société civile de prendre le relais », résume un militant des droits de l’enfant.
Dans l’attente du verdict, une chose est sûre : l’affaire Baudin a déjà révélé une faille majeure dans le fonctionnement de la République. Et celle-ci, contrairement aux déclarations de David G., concerne bien tout le monde.