L'Amérique de Trump à l'ONU : entre provocations et aveu d'échec
Alors que s'ouvre ce mardi 22 septembre 2026 l'Assemblée générale des Nations unies à New York, l'attention se porte sur un discours attendu avec une intensité particulière. Donald Trump, président des États-Unis en pleine campagne électorale pour un second mandat, devrait une fois de plus transformer la tribune onusienne en un exercice de communication à destination de son électorat, au mépris des alliés traditionnels de Washington. Selon les analystes, cette allocution s'inscrit dans une stratégie délibérée de déstabilisation des institutions multilatérales, héritage de l'après-1945, et de promotion d'un bilatéralisme brut où les alliances ne seraient plus que des transactions opportunistes.
Romuald Sciora, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l'IRIS, souligne que jamais depuis plus d'un siècle les États-Unis n'ont été aussi isolés sur la scène internationale. Une situation qui contraste avec l'image d'une Amérique triomphante que le locataire de la Maison-Blanche cherche à projeter. « Trump 2.0 n’a rien à voir avec le premier mandat », explique l’essayiste, pointant le rôle croissant d’idéologues d’extrême droite – comme J.D. Vance ou Susie Wiles – au sein de son administration. Leur objectif affiché ? « Mettre à bas le système multilatéral post-45 » et imposer une vision où les alliances, comme l’OTAN, ne seraient plus que des outils au service d’intérêts immédiats.
Un discours taillé pour une base électorale en érosion
Pour les observateurs, le discours de Trump devant l’ONU ce mardi ne sera pas une analyse géopolitique, mais un numéro de campagne. Fragilisé sur le plan national – son taux de popularité plafonnant autour de 40 % –, le président américain tente de regagner la confiance de son électorat « MAGA », celui-là même qui l’a porté au pouvoir en 2016 et dont il a besoin pour les prochaines échéances électorales. Pourtant, cet électorat, composé notamment de sympathisants du 6 janvier 2021, s’est éloigné de lui, déçu par des promesses non tenues, comme celle de ne pas entraîner les États-Unis dans de nouveaux conflits à l’étranger.
« Trump ne passe son temps qu’à s’adresser à ses militants. Aujourd’hui, l’électorat MAGA s’est éloigné de ce président, et depuis plusieurs semaines, il tente de le dynamiser à nouveau. »
Dans ce contexte, le discours onusien servira de vitrine pour des victoires imaginaires. Comme en 2025, où il clamait avoir stoppé sept guerres – un chiffre largement contesté –, le président américain devrait mettre en avant des succès en Iran, où la menace nucléaire aurait disparu grâce à son action, ou encore des avancées en Ukraine, attribuées à ses « bons contacts » avec Vladimir Poutine. Pourtant, la réalité est tout autre : les tensions avec Téhéran persistent, et Kiev continue de subir les assauts russes sans que Washington n’ait pu imposer une solution durable.
L’Europe, cible privilégiée d’un président en quête de boucs émissaires
Si Trump cherche à galvaniser sa base, il compte aussi faire porter le chapeau à ses alliés pour justifier son isolement croissant. L’Europe, longtemps considérée comme un partenaire fiable, est désormais perçue comme un rival par une administration américaine de plus en plus isolationniste. La récente tentative de rapprochement entre le Canada et l’Union européenne, ainsi que les velléités d’autonomie stratégique affichées par plusieurs États membres, ont déclenché une réaction virulente à Washington.
Le président américain devrait donc, selon les analystes, adopter un ton particulièrement agressif envers les Européens, les accusant de profiter des États-Unis sans contribuer suffisamment à la défense collective. Une rhétorique qui rappelle les attaques répétées contre l’OTAN, perçue comme un « fardeau » par Trump, et qui s’inscrit dans une stratégie plus large de désengagement progressif des engagements internationaux des États-Unis.
Cette posture n’est pas sans risque. En effet, l’Europe, consciente de la nécessité de renforcer son autonomie stratégique, a déjà commencé à diversifier ses partenariats. L’Afrique subsaharienne, délaissée par Washington après le démantèlement de l’USAID, se tourne désormais vers Pékin et Moscou. Les pays du Golfe, eux aussi, cherchent des alternatives à une Amérique dont la fiabilité est de plus en plus remise en question. Même la Corée du Sud, longtemps protégée par le parapluie américain, a subi les fluctuations de la diplomatie trumpienne, notamment après les flatteries répétées envers Kim Jong-un.
Un multilatéralisme en crise, une Europe en première ligne
Face à cette stratégie de division, l’Union européenne tente de se repositionner comme un acteur majeur de la diplomatie mondiale. Emmanuel Macron, président français, a récemment salué une « discussion très constructive » avec son homologue américain, mais les tensions persistent. La France, aux côtés de l’Allemagne et d’autres États membres, continue de plaider pour un renforcement du multilatéralisme, malgré les attaques répétées de Washington.
Pourtant, l’ONU elle-même, institution honnie par Trump, pourrait devenir le théâtre d’un affrontement symbolique. Le président américain, connu pour ses moqueries envers l’organisation – comme ses références sarcastiques aux « escaliers toujours en panne » lors de ses précédents discours –, devrait une fois de plus railler l’institution, tout en cherchant à en détourner les règles au profit de ses intérêts nationaux. Une attitude qui risque d’aggraver encore l’image d’une Amérique de plus en plus perçue comme un partenaire imprévisible sur la scène internationale.
Vers une réorganisation forcée des alliances ?
Dans ce contexte, les partenaires traditionnels des États-Unis doivent désormais composer avec une réalité nouvelle : les États-Unis ne seront plus un partenaire stable. L’Europe, mais aussi le Japon, le Canada et les pays d’Amérique latine, sont contraints de repenser leurs stratégies de sécurité et de coopération. La multiplication des initiatives bilatérales, comme celle entre l’Union européenne et le Mercosur, ou encore les discussions en cours pour un rapprochement avec l’Inde, reflètent cette volonté de s’affranchir de la dépendance à Washington.
Pourtant, malgré les provocations de Trump, les observateurs soulignent que les États-Unis restent un acteur incontournable. Leur puissance militaire, économique et culturelle en fait un partenaire difficile à contourner. La question qui se pose désormais est de savoir combien de temps l’Europe et les autres alliés pourront tolérer cette attitude. Car si Trump parvient à se faire réélire en novembre, les quatre prochaines années pourraient bien marquer un tournant dans les relations transatlantiques, avec des conséquences durables pour l’ordre mondial.
En attendant, le discours de mardi à New York sera scruté avec attention. Non pas pour son contenu géopolitique, mais pour la manière dont il reflétera la stratégie d’un président en quête de légitimité, face à une opposition de plus en plus déterminée et à des alliés de moins en moins patients.
Les alliés de Washington face à l’intransigeance trumpienne
Si Donald Trump mise sur la division pour renforcer son électorat, ses partenaires historiques ne restent pas sans réaction. L’Europe, en particulier, a accéléré ses efforts pour réduire sa dépendance aux États-Unis, notamment dans les domaines de la défense et de l’énergie. La guerre en Ukraine, où Washington a joué un rôle clé dans le soutien à Kiev, a révélé les limites de la politique américaine : une aide généreuse, mais assortie de conditions politiques et stratégiques de plus en plus difficiles à accepter.
Les pays européens, conscients que l’administration Trump pourrait à l’avenir réduire – voire cesser – son soutien militaire et financier, ont lancé des initiatives pour renforcer leur autonomie. La création d’une force européenne permanente, les discussions sur un fonds commun de défense, ou encore les projets de coopération industrielle en matière d’armement, illustrent cette volonté de ne plus être à la merci des décisions unilatérales de Washington.
Pourtant, cette quête d’autonomie n’est pas sans défis. Les divisions internes au sein de l’Union européenne, notamment sur la question de la Hongrie – dont le Premier ministre Viktor Orbán, proche de Moscou, continue de bloquer certaines décisions –, compliquent la mise en œuvre d’une politique étrangère commune. De plus, les pays d’Europe centrale, historiquement dépendants de l’aide américaine, hésitent encore à franchir le pas d’une rupture totale avec Washington.
Dans ce contexte, le discours de Trump à l’ONU pourrait bien servir de catalyseur. En ciblant directement l’Europe, le président américain risque de unir temporairement les États membres autour d’une cause commune : la défense de leurs intérêts et de leur souveraineté. Une dynamique qui, si elle se confirme, pourrait marquer le début d’une nouvelle ère dans les relations transatlantiques, où l’Europe jouerait un rôle bien plus autonome sur la scène internationale.
L’ONU, victime collatérale de la politique trumpienne
L’Organisation des Nations unies, souvent décrite comme un « relicat du passé » par les partisans de Trump, est devenue un symbole des tensions internationales actuelles. L’administration américaine, qui a déjà réduit sa contribution financière à l’organisation, pourrait cette année encore menacer de suspendre ses paiements si ses demandes – notamment en matière de réforme – ne sont pas satisfaites.
Pourtant, malgré les critiques répétées de Washington, l’ONU reste un cadre essentiel pour la diplomatie multilatérale. Les crises en Ukraine, au Sahel, ou encore en Birmanie, nécessitent une coordination internationale que les États-Unis, dans leur posture isolationniste, semblent de moins en moins enclins à soutenir. La récente décision de plusieurs pays africains de se rapprocher de la Chine et de la Russie pour des partenariats économiques et sécuritaires en est une illustration frappante.
Face à cette situation, certains diplomates onusiens appellent à une mobilisation accrue des pays européens pour défendre le multilatéralisme. La France, en particulier, a toujours été un défenseur actif des Nations unies, et Emmanuel Macron a régulièrement plaidé pour un renforcement de son rôle. Pourtant, dans un contexte où les États-Unis, premier contributeur financier de l’organisation, menacent de se retirer, l’avenir de l’ONU reste incertain.Le discours de Trump ce mardi pourrait donc être bien plus qu’un simple exercice de communication : il pourrait marquer un tournant dans la relation entre les États-Unis et le système multilatéral international, avec des conséquences durables pour la stabilité mondiale.