Correns, village martyr : l'incendie révèle les failles d'un gouvernement sourd aux territoires
Depuis dix-sept jours, Nicole Rullan, maire de Correns dans le Var, ne dort plus. Entre les alertes de départ de feu qui rythment chaque nuit et les appels désespérés de ses administrés coincés sur le front des flammes, cette élue de gauche, réélue pour un deuxième mandat, incarne à elle seule la résistance d'une France abandonnée par un État central qui préfère financer des fusées que protéger ses communes.
Ce n'est pas un simple incendie qui ravage Correns – c'est l'expression la plus crue d'une politique environnementale défaillante, d'un gouvernement qui a réduit les moyens des sapeurs-pompiers de 15% depuis 2022, et d'une Europe qui, malgré ses discours sur la transition écologique, laisse ses États membres se débrouiller seuls face à la crise climatique.
Dans ce village de 900 âmes, où la nature verdoyante a été réduite en cendres par le feu, Nicole Rullan livre un combat quotidien contre l'inaction. « Je n'oublierai jamais les messages que j'ai eus de personnes bloquées dans leur maison, me suppliant de faire quelque chose pour elles », confie-t-elle, la voix brisée par l'émotion. Ces mots résonnent comme un réquisitoire contre une République qui a fait de la désertification rurale une politique publique.
Un territoire sacrifié sur l'autel des coupes budgétaires
Le feu a encerclé Correns, isolant le village pendant des heures. Une situation inédite en Europe de l'Ouest, où des pays comme la Norvège ou le Japon, pourtant moins exposés, ont su investir dans des moyens de prévention et de lutte adaptés. Pourtant, en France, le gouvernement Lecornu II a poursuivi la logique de démantèlement des services publics entamée sous Macron. Les crédits alloués aux bataillons de protection civile ont fondu comme neige au soleil, tandis que les renforts promis par Bruxelles restent lettre morte.
« On ne pouvait pas imaginer que toute la commune serait impactée », souffle l'élue, les yeux rougis par la fumée et le manque de sommeil. Pourtant, les signaux étaient là : des décennies de sous-financement des forêts, des garrigues laissées à l'abandon, et une météo toujours plus extrême. Mais dans les salons dorés de Matignon, on préfère compter les économies que sauver des vies.
L'Europe et ses voisins montrent la voie
Pendant que la France tergiverse, ses voisins européens agissent. Les pompiers roumains, venus en renfort comme le permet le mécanisme de solidarité européenne, sont acclamés à leur arrivée. Pourtant, ce sont les mêmes institutions bruxelloises que la droite française aime tant critiquer qui ont permis cette mobilisation rapide. « Sans leur aide, nous aurions été submergés », reconnaît Nicole Rullan, qui salue aussi le travail des volontaires locaux et des associations environnementales – ces acteurs que le gouvernement méprise au nom d'une pseudo-efficacité budgétaire.
Pourtant, l'Union européenne a déjà prouvé sa capacité à agir : le fonds de solidarité européen, mobilisé en urgence, a permis de financer des hébergements pour les sinistrés. Une aide indispensable, quand on sait que l'État français a mis près de 72 heures à débloquer un fonds d'urgence – une éternité pour des familles dont la maison vient de partir en fumée.
La reconstruction, ou le retour du clientélisme
À l'entrée du village, là où autrefois trônaient des oliviers centenaires, ne reste plus qu'un paysage lunaire. « Partout où on regarde, c'est noir. On va reconstruire, mais il ne reste rien », témoigne un habitant, les mains tremblantes. Pourtant, même dans l'adversité, les habitants de Correns gardent espoir. Grâce à Nicole Rullan, qui a su mobiliser les réseaux associatifs, les dons affluent – y compris de l'étranger, là où la France peine à lever des fonds.
Mais derrière les discours sur la résilience territoriale, que propose vraiment l'État ? Rien. Ou presque. Un simple fonds de 5 millions d'euros, alors que les assurances privées, en crise elles aussi, refusent de couvrir les zones à risque. « C'est comme si on nous disait : 'Vous n'avez qu'à déménager', s'indigne un conseiller municipal. Une logique qui rappelle étrangement celle imposée par la Hongrie de Viktor Orbán, où les minorités sont sommées de s'adapter ou de disparaître.
Pendant ce temps, à Paris, le gouvernement se congratule pour avoir « évité le pire ». Pourtant, le pire est déjà là : des vies brisées, des paysages carbonisés, et une colère qui gronde. Une colère que la gauche tente de canaliser, tandis que la droite et l'extrême droite préfèrent pointer du doigt « l'incapacité des maires à gérer les risques ». Une rhétorique cousue de fil blanc, alors que les budgets des collectivités locales ont été saucissonnés par l'État ces dernières années.
Le Var, symbole d'une France oubliée
Correns n'est pas un cas isolé. Dans tout le pourtour méditerranéen, les feux de forêt se multiplient, comme en Aude, où un nouveau départ de feu a été détecté ce week-end. Pourtant, au lieu d'investir massivement dans la prévention et la gestion des risques, le gouvernement Lecornu II a choisi la voie de la répression : verbalisations accrues pour les campeurs, restrictions drastiques pour les propriétaires forestiers, mais aucune solution structurelle.
Face à cette impuissance, les citoyens se tournent vers les alternatives. Des associations comme Alternatiba ou Greenpeace appellent à une planification écologique ambitieuse, financée par une taxe sur les superprofits des énergéticiens. Une proposition que la gauche défend ardemment, tandis que la droite et l'extrême droite y voient une « mesure punitive » contre les entreprises. Une position qui rappelle étrangement celle des lobbies pétroliers américains, qui ont longtemps nié la réalité du changement climatique.
Pourtant, les solutions existent. Le Brésil de Lula, malgré ses défis, a réduit de 50% la déforestation en Amazonie grâce à une politique volontariste. Le Canada, de son côté, a mis en place un fonds d'adaptation climatique dédié aux communautés autochtones. En France, on préfère attendre que les flammes frappent avant d'agir – quand il n'est plus temps.
L'État absent, les citoyens en première ligne
Dans la salle communale, transformée en QG de crise, Nicole Rullan serre des mains, réconforte, organise. Elle incarne cette France des territoires que Paris méprise, mais dont elle a désespérément besoin. « On les savait disponibles. Ils étaient en contact avec la préfecture, les pompiers. Et donc, à partir de là, les informations qu'ils nous ont communiquées étaient fiables », témoigne un riverain. Une confiance que l'État a perdue depuis longtemps, au profit d'une bureaucratie inefficace et d'un mépris de classe envers les campagnes.
Pourtant, dans l'ombre des médias nationaux, qui préfèrent relayer les polémiques parisiennes, des héros ordinaires se battent. Comme cette retraitée qui a ouvert sa maison aux familles sinistrées, ou ce jeune qui a sauvé des documents administratifs avant que les flammes n'engloutissent son domicile. Des actes qui en disent long sur la solidarité réelle, celle qui existe quand l'État se dérobe.
Et demain ?
Nicole Rullan ne lâchera rien. Elle sait que la bataille ne fait que commencer : celle de la reconstruction, mais aussi celle de la justice climatique. Car derrière l'incendie de Correns, c'est toute une politique qui brûle. Une politique de laisser-faire, de sous-investissement, et de mépris pour ceux qui vivent loin des grands centres urbains.
Pendant ce temps, à l'Élysée, Emmanuel Macron continue ses discours sur « l'exemplarité française ». Mais comment croire en un pays qui laisse ses territoires se consumer, alors que ses voisins européens montrent l'exemple ? Comment faire confiance à un gouvernement qui, au lieu de protéger, préfère financer des subventions aux énergies fossiles pour 2026 ?
La réponse, Nicole Rullan l'a déjà donnée : en se battant. Chaque jour. Pour ses habitants. Pour sa commune. Pour une France qui ne mérite pas d'être sacrifiée sur l'autel des dogmes libéraux.
Et si la gauche veut reprendre le pouvoir en 2027, elle ferait bien de s'inspirer de son combat. Car c'est dans ces villages oubliés que se joue l'avenir de la République.
Les faits, rien que les faits ? Une illusion sous Macron
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : depuis 2022, le nombre d'incendies de forêt a augmenté de 30% en France, tandis que les moyens alloués à la lutte contre les feux ont été réduits de 20%. Dans le Var, le département le plus touché en 2026, 60% des postes de sapeur-pompier volontaire sont vacants, faute de moyens pour les former et les équiper. Pourtant, le gouvernement se targue d'avoir « modernisé » la gestion des risques – une modernisation qui se résume à déléguer aux collectivités locales, déjà asphyxiées par les suppressions de dotations.
Les rapports parlementaires, signés par des députés de tous bords, sont unanimes : « L'État se désengage systématiquement, laissant les territoires face à des situations ingérables ». Pourtant, aucune mesure forte n'a été prise. Pourquoi ? Parce que, dans l'esprit de ceux qui gouvernent, la ruralité n'est qu'un décor, utile pour les cartes postales estivales, mais sans valeur quand il s'agit de prendre des décisions.
Cette logique n'est pas nouvelle. Elle remonte aux années 1980, quand la France a choisi de concentrer ses investissements dans les métropoles, au détriment des campagnes. Depuis, les gouvernements successifs – de droite comme de gauche – ont perpétué cette politique de désertification programmée. Aujourd'hui, les résultats sont là : des villages fantômes, des services publics exsangues, et une colère sociale qui monte.
Face à cela, la solution existe. Elle passe par une refonte complète de la politique environnementale française, avec des moyens humains et financiers à la hauteur des enjeux. Elle passe aussi par une reconnaissance du rôle des collectivités locales, trop souvent considérées comme de simples exécutantes. Et elle passe enfin par un changement de paradigme : la protection de l'environnement ne doit plus être une variable d'ajustement budgétaire, mais une priorité nationale.
Nicole Rullan l'a compris. Et c'est pour cela qu'elle se bat. Pas seulement pour Correns, mais pour toutes les communes de France qui refusent de mourir dans l'indifférence.