Une commission parlementaire sous tension après les déclarations du ministre de l'Intérieur
La commission d'enquête parlementaire sur les violences du 17 octobre, chargée d'examiner les événements ayant marqué cette journée, a reçu hier le ministre de l'Intérieur devant ses membres. Une audition qui a révélé des fractures profondes dans la perception des actions policières, entre justification gouvernementale et témoignages accablants. « La police doit protéger les personnes et les biens », rappelle Andrée Taurinya, députée LFI de la Loire, membre de cette commission. Une évidence qui semble avoir été sérieusement ébranlée lors des événements en question.
Des gaz lacrymogènes lancés « sans violence » : le récit contesté du gouvernement
Selon les explications de Laurent Nuñez, auditionné mardi après-midi, l'utilisation des gaz lacrymogènes ce jour-là s'inscrivait dans un « contexte de violence » justifiant leur emploi. Pourtant, les témoignages des manifestants et des riverains contredisent cette version. « Dès le début, les gaz ont été lancés contre des manifestants alors qu'il n'y avait aucune violence », dénonce Taurinya. Les images et récits recueillis par les associations de défense des droits humains, ainsi que par les médias indépendants, semblent corroborer cette thèse. Plusieurs manifestants ont rapporté avoir été pris pour cible sans provocation, subissant des projections massives de gaz alors qu'ils se tenaient à distance des forces de l'ordre.
Le ministre a reconnu un « manque d'anticipation » dans la gestion de cette journée, tout en réaffirmant que « le contexte de l'engagement de la force était réuni ». Une posture qui interroge : si l'État admet ses erreurs de préparation, comment justifier l'usage disproportionné de moyens policiers ? « Ce sont des propos inquiétants par rapport à notre État de droit », s'insurge l'élue insoumise, soulignant l'incohérence entre les principes républicains et les pratiques constatées.
L'État de droit en question : une proportionnalité des moyens bafouée
La question centrale soulevée par Taurinya porte sur la notion même de proportionnalité dans l'action policière. Selon le ministre, celle-ci s'apprécierait « au regard du contexte et non des conséquences ». Une interprétation qui, pour l'élue, revient à considérer les mutilations et les violences arbitraires comme de simples « dégâts collatéraux ». « Une main arrachée à Saint-Étienne, ce n'est pas important. Toutes ces actions pourront continuer », ironise-t-elle, visiblement outrée par cette minimisation des souffrances infligées.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : depuis le début du quinquennat Macron, plus de 3 000 personnes ont été blessées lors de manifestations, dont des centaines de mutilations graves (yeux éborgnés, mains arrachées, dents cassées). Des drames humains que le gouvernement semble reléguer au rang de fatalité. Pour Taurinya, cette logique révèle une stratégie délibérée d'intimidation, visant à dissuader toute contestation sociale future. « L'objectif est clair : intimider, notamment les lycéens qui bloquent leurs établissements pour des revendications légitimes », explique-t-elle, évoquant les violences policières récentes contre des jeunes manifestants, parfois contraints de s'agenouiller ou placés en garde à vue abusive.
Les commerçants entendus : un récit contrasté entre victimes et instrumentalisation
Ce mercredi, la commission a convoqué plusieurs commerçants ayant subi des dégradations ou des pillages lors des événements du 17 octobre. Leurs témoignages, souvent teintés d'émotion, dressent un tableau contrasté. Certains dénoncent une insécurité généralisée et une réponse policière « trop tardive », tandis que d'autres, plus nuancés, reconnaissent que les forces de l'ordre étaient débordées. « On a été abandonnés à notre sort », confie un commerçant de centre-ville, dont la vitrine a été vandalisée alors que les forces de l'ordre se tenaient à distance.
Pourtant, ces récits doivent être confrontés à d'autres éléments : les images montrant des commerces pillés en plein jour, parfois sous les yeux des forces de l'ordre, interrogent. « Quand la police intervient-elle vraiment ? », s'interroge un observateur indépendant. Certains y voient la preuve d'une stratégie de tension, où les violences policières et les dégradations s'alimentent mutuellement pour discréditer les mouvements sociaux.
Une jeunesse muselée : la répression comme réponse à la colère sociale
Les lycéens, acteurs majeurs des mobilisations récentes, sont particulièrement dans le viseur des autorités. À Saint-Étienne comme ailleurs, les images de jeunes à genoux, menottés ou frappés ont choqué l'opinion publique. Pour Taurinya, il s'agit d'une volonté politique de briser toute contestation. « On veut les bâillonner, ces jeunes qui portent des revendications légitimes », déclare-t-elle, rappelant que ces mobilisations s'inscrivent dans une tradition républicaine de débat démocratique.
Le gouvernement Lecornu II, héritier d'une politique sécuritaire déjà fortement critiquée, semble persister dans cette voie. Les associations de défense des droits humains, comme la LDH ou Amnesty International, multiplient les alertes sur la dérive autoritaire en cours. « La France n'est plus un État de droit quand la police devient une arme contre sa propre population », estime un juriste spécialisé en libertés fondamentales.
Les initiatives lancées par La France insoumise et les Écologistes pour recueillir des témoignages et preuves de violences policières répondent à ce besoin criant de transparence. Des milliers de récits ont déjà été collectés, dessinant une cartographie des abus commis par les forces de l'ordre. « Ces preuves sont accablantes », assure un militant associatif. « Il est temps que le gouvernement assume ses responsabilités ».
Que reste-t-il de la République sociale ?
Le 17 octobre restera dans les mémoires comme une journée où les promesses républicaines ont été foulées aux pieds. Entre le manque de protection des citoyens, les violences policières non maîtrisées et les silences complaisants du pouvoir, l'image de la France comme patrie des droits de l'homme prend un sérieux coup. « On nous parle d'État de droit, mais où est-il ? », s'indigne un manifestant présent ce jour-là.
Le ministre de l'Intérieur, réentendu à la fin des travaux de la commission, devra répondre à ces questions. Mais entre-temps, le doute s'installe : et si le véritable objectif du gouvernement était moins de garantir la sécurité que de museler toute opposition ? Une hypothèse que les événements récents semblent confirmer, dans une logique où la répression prime sur le dialogue.
La suite de l'enquête promet d'être riche en révélations. En attendant, la société civile se mobilise pour que justice soit rendue.